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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 11:04



Mais comment saisir Milena, dans la confusion de ces quelques mois que vous avez passé ensemble ?

Te la donner à voir au plus proche de celle qu’elle a été ?

Est-possible, d’abord ?

Il faudra bien.

Je crois que Milena ne t’a jamais livré que des parcelles d’elle-même, que tu saisissais… Ton esprit les rassemblant sans jamais y trouver de cohérence.

L’as-tu vraiment connue ?

Ou t’es tu égaré, désorienté, dans un désert de suppositions ?

Comment à présent être juste avec elle ?

Ne pas te laisser emporter par un trop plein de sentiments.

Pourtant…

Il eut suffit d’un rien, dis-tu, pour qu’elle soit amoureuse…

Peut-être l’était-elle… à sa manière !

Tu sais bien comme moi, que Milena ne dit rien, jamais !

Tu sentais tout ça…

Tu la voyais lutter contre son ressenti, s’en aller, revenir, te lancer au visage mille raisonnements… avant que tes lèvres compriment les siennes pour la faire taire.

Le silence, les caresses…

Elle s’éclipsait…

Plus tu courrais, plus elle s’éloignait…

Tu prenais tes distances, la voilà qui revenait !

Alors, la décrire ?

Je ne suis sûr de rien…

Dis-moi… de manière désordonnée…

Mais surtout pense à toi !

Tu sais…

Si tu passes à côté de la vraie Milena, tant pis… là n’est pas ton dessein !

Essaye… d’effleurer la tienne.

 

Un trait de caractère récurrent, chez Milena. Son irrésistible besoin de fuir la réalité… pour se réfugier, petit oiseau blessé, dans le monde sensible… celui des arts, des idées....

Elle semble tellement fragile…

Il ne faut pas lui parler trop fort… la brusquer, ni la pousser dans ses retranchements… pour la simple raison que… tout est si brutal pour Milena !

Pour rien !

Pour quelque chose qui t’est indifférent… Une phrase d’une de ses amies lors d’une fête quelconque…

Voilà ! Milena se met à pleurer, soudain !

 Quand elle vient chez toi, rarement avant la nuit, elle a l’air agitée, en proie à toutes ces contrariétés si redoutables qu’elle a du affronter, combattre toute la journée.

Assise, sur ton canapé, tremblant presque, elle t’en fait part.

Son récit te parait si disproportionné,  tu t’amuses de ces petits soucis, tu lui parles doucement, la réconforte et peu à peu tu arrives à la calmer.

Petite fleur de peau… elle s’adoucit.

Prend ses repères, se laisse glisser dans le fauteuil…

Elle se prépare un thé… elle se sent en sécurité ici… sauf, bien, sûr dans ta salle de bain…

C’est drôle.

Pourtant il suffit d’un film… un peu trop violent, pour venir perturber ce fragile équilibre…

Là revoilà qui a les larmes aux yeux et qui se réfugie presque sous ton pull. 

Elle sait que ce n’est pas réel, pourtant.

Enfin…

Toi tu aimes la Milena romanesque, délicate, l’enfant…

Mais tu entrevois chez elle quelque chose qui t’agace à présent.

Milena ne prend jamais sur elle, n’essaye jamais d’affronter ce qui lui fait si peur, le monde des adultes!

Petite enfant gâtée, surprotégée par ses parents, intellectuelle bobo, bourgeoise et Protestante, elle n’a jamais vécu pour vivre !

Elle n’a toujours vécu que pour se chercher, en ne faisant que ce qui lui plait.

Tu te rends compte qu’à presque 25 ans elle ne connaît du monde que ce que les livres, la télévision et peut-être son entourage lui en ont compté.

Dans tes bras, elle somnole…

Elle n’a pas de  but précis à poursuivre… personne ne l’oblige à rien.

Elle ne sait pas ce qu’elle veut, elle se cherche fiévreusement, touche à tout sans réel plaisir, se rêve artiste sans vraiment savoir dans quel domaine.

Elle se torture.

Son seul ancrage dans la société ?

Ce statut d’étudiante qu’elle traîne sans vraiment s’y retrouver…

Alors, c’est facile, elle pense horriblement, toujours, si bien qu’elle est exsangue de toute action concrète.

C’est comme ça…

Avant d’agir elle cherche la tranquillité de l’esprit…

Elle croit, naïve que le jour où elle sera sûre d’elle, elle agira.

Avec Milena, un pique-nique sur l’herbe, une escapade à la montagne, un dîner en ville sont des moments si complexes à organiser…

Pour qu’ils se réalisent tu dois déployer une myriade de stratagèmes.

Mais n’est-ce pas précisément cela qui, leur donnent un charme si particulier ?

Peut-être ai-je tort ?

Peut-être que Milena est à l’opposé de cette silhouette…

Peut-être que tout simplement elle ne t’aime pas.

Et puis…

Jamais tu ne la sens s’abandonner au plaisir simple d’être avec toi…

D’être là… au bon endroit au bon moment.

Elle a toujours cette propension malheureuse à changer d’humeur à chaque instant, auto analyser en permanence ses sensations, cherchant en vain à conceptualiser l’émotion qu’elle éprouve.

Milena ne se laisse aller…

Tu lui dis !

La rassure, la console, la surprend, la caresse…

Te voilà infiniment tendre…

Tu voudrais la sauver !

La saisir… Car… elle est le miroir, ton miroir et celui de… Ton mal de vivre !

Du moins, c’est ce que tu crois.
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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 12:45



Au commencement elle n’est rien.

Elle ne peut être autre chose qu’une silhouette.

C’est ce que vous vivrez ensemble, à ce moment précis de ta vie, sa capacité à fuir aussi, à rester floue, qui fera naître... Les sentiments.

La trouvais-tu jolie, avant ?

Tu ne te souviens pas, ni de l’avoir désirée vraiment.

Elle était là.

Deux ans…

Peut-être plus…

Ca fait longtemps que tu connais Milena…

Mais tu ne fais pas attention à elle. Trop fluette… elle est de ces filles qui font tapisserie dans une conversation…

Milena boit peu… n’a pas tellement d’avis sur rien, car ça ne l’intéresse pas d’en avoir un au fond.

Petite souris, elle se cache.

S’habille à la va vite, ne dit rien qu’elle ne pense vraiment… se tait souvent.

Même sa voix au téléphone tu ne l’as pas reconnue ; d’ailleurs, tu n’avais jamais pris la peine d’enregistrer son numéro.  

Elle t’a téléphoné, prétextant qu’elle passait près de chez toi, comme ça, par hasard.

Elle t’a téléphoné ce soir et maintenant elle gratte à ta porte…

Comme une petite chatte égarée, à pas menus, elle traverse le couloir…

Ca tête bouge comme celle d’un pigeon sur la place publique, elle s’amuse de ta plante verte posée dans un arrosoir un peu kitch… elle tourne et vire à travers ton appartement, sans se soucier du bordel… Et puis, pareille à une touriste dans un musée, elle prend la pose devant un portrait de Van Gogh, qu’enfant, tu avais dessiné.

Elle semble étonnée.

Un peu perdue…

Furète de partout ! Je crois qu’elle cherche, à travers ces objets, à mieux te connaître.

Voilà qu’elle se dirige vers ta bibliothèque.

Milena pense comme toi, sans doute… Les livres renferment  mieux que n’importe quel C.V, la personnalité d’un être ! 

Toi, tu ne te méfies pas.

Tu la laisses fouiner.

Tu suis des yeux, tendrement, cette étrangère qui pénètre ton intimité.

Tu ne sais rien de Milena.

Pour l’instant tu t’amuses… de la voir si sensible à des objets qui t’appartiennent, de la sentir timide et désorientée… et, bien sûr, un peu sur la défensive.

Voilà que maintenant ses petites manies, sa manière de te regarder, de rouler une cigarette, de boire son verre par petites gorgées, ce manque de confiance en elle, évident, ce besoin d’être rassurée, tout ça te revient…

Assise dans ta cuisine, déjà elle ne semble pas à sa place !

Tu ne sais rien de tout cela…

Tu la trouves juste touchante ! 

Tu joues avec elle.

Elle est une poupée de porcelaine… tu n’as rien à craindre, d’elle.

Tu t’engouffres dans le présent !

C’est simple de se laisse aller…

Tu l’as trouves jolie… tu aimes la tonalité de sa voix…

Même quand elle dit n’importe quoi, tu te laisses charmer.  

Elle n’est même plus Milena mais une entité…

Elle est, pour toi, la représentation de la femme rêvée...

Tu la connais si peu… tout est permis !

Tu te sens bien, et déjà...

Déjà !

Ce n’est plus toi qui parle.

Mais… ton imagination !

Ton imagination la remodèle à sa guise, l’invente différente !

Part d’ombres… Rêves… îles au trésor, corps dissimulé sous ce pull en laine de garçon...

Te revoilà et il est trop tard…

L’idée peu à peu fera son chemin…

Tu auras beau la rejeter, relativiser la situation… L’idée naitra… tu ne pourras l’assassiner…

L’idée !

Qu’avec Milena tu pourrais tout recommencer !

L’idée…

A nouveau…

C’est aussi simple que cela !

Ta vie tout à coup devient supportable…

Milena s’en va !

Tu sens déjà monter en toi quelque chose d’étrange.

Une sensation familière…

Voilà quelqu’un à qui penser avant de t’endormir…
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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 12:00



Milena…

Enfin, la voilà.

Milena.

Elle te semble encore aujourd’hui une chose vague, oui, une chose.

Ou plutôt une sensation.

Diffuse à ton entendement, mais pas une femme.

Milena tu l’as toujours modelée au fusain de ton imagination, sans vraiment la saisir.

Milena.

Tu la tiens là, en équilibre.

Et tu sens bien que tu peux basculer, soudain !

D’un côté ou de l’autre…

Il suffit d’un rien pour que tu aimes… que tu maudisses, comme il suffit d’un rien pour que tu sois sobre ou ivre.

Pourquoi Milena ?

Elle n’était rien pour toi avant de devenir pleinement Milena, avant de semer en toi ce qui avait un besoin farouche de vivre.

Je sais…

C’est parfois simplement la possibilité qu’il soit… qui le fait naître... Lui, l’amour, et puis aussi des circonstances… l’état du cœur et de l’esprit.

Rien d’autre ?

Tu refuses d’y croire. 

Et tous ces trucs  stupides ? 

Ces détails…

Son prénom d’abord, voilà peut-être ce qui fit basculer les choses.

Milena, belles sonorités qui s’élancent, chancellent, et s’enlacent…

Milena…

Tu n’avais jamais entendu ce prénom…

L’as-tu aimée un jour ou n’as tu aimé toujours que son absence ?

Ses yeux fuyant, son cœur cadenassé ?

As-tu aimé simplement l’idée d’être amoureux ?

Le vide de ta vie d’alors…

As-tu aimé qu’elle soit un temps inaccessible…

Milena n’est plus là.

L’a-t-elle été vraiment ? 

C’est toi, je crois.

Tu ne digères rien !  

Parle !

Les mots, eux, t’appartiennent.

Milena n’est plus là, d’accord !

Sa fuite n’a rien d’humiliant…

Tu n’as pas à te remettre en question. Fuir celui que tu es. Te rêver différent… Plus beau, plus grand, plus fort !

Tu n’as pas à réinventer les dialogues.

Les mots prononcés l’ont été, ils résonnent encore !

Très bien.

Qu’importe qu’ils aient été bons ou mauvais, tu y as mis à l’époque de l’intention, giflant du mieux que tu as pu son silence…

Elle a balbutié quelques excuses, rien n’y a fait.

Milena n’est plus là.

Au fond, elle ne t’a pas quitté, dis le toi bien souvent !

Elle ne t’a pas quitté !

Non !

Elle… s’est dirigée vers une vie qu’elle croit à même de la rendre heureuse. Milena veut de la stabilité.

Regarde toi !

Tu cours vers une vie rêvée !

Tu t’arrêtes, te retourne, fais un pas en arrière, avant de repartir de plus belle, plus loin, ailleurs…

Tu voudrais t’oublier, enfin.

Tu te protèges d’elle ! Autant qu’il le faut.

Allons…

Quoi que tu fasses,  tu ne combleras pas cette fêlure qui existe entre vous.

Cette fêlure qui parfois dans le flot d’ombres qui désormais entoure vos deux vies, laisse transparaître aux heures désœuvrées un rayon de lumière.

Un rayon de lumière…

Mais ça s’atténuera avec le temps !

Cela n’a rien d’inquiétant…

Ni de romanesque, d’ailleurs…

C’est si banal.

C’est comme ça… c’est tout.

Pourtant…

N’attend aucune aide de Milena !

Rien.

Fais le chemin tout seul, à reculons !

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Published by Arthur Vertou - dans Projections (roman)
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 08:21


Différent…

De l’adolescent timide… Du jeune homme ténébreux…

Tu ne saurais le dire précisément.

Tu n’as jamais eu de révélations, d’évènements majeurs qui tout à coup ont chamboulé ton être en profondeur.

L’alcool…

Tu as toujours eu un rapport conflictuel avec la boisson.

De là à te dire alcoolique...

Comment as-tu arrêté de boire, pourquoi ?

 Tu n’en es pas sûr.

Bien sûr, le temps…

Entre le constat, la décision et puis sa mise en application, les mois se sont écoulés.

Il ne suffit pas de s’exclamer :

_ J’arrête.

Il faut vivre avec.

Tout réorganiser.

Pendant longtemps…

Ton corps reçoit une charge émotionnelle trop importante, tu picoles.

Tu picoles à te mettre minable à n’importe quelle heure de la journée, tout seul. Lui, sur l’instant  cadenasse tes émotions, les balaye mais sur la durée il attise ton mal de vivre.

Mais ce n’est pas tellement Lui, c’est toi ! C’est ton esprit perdu qui inflige à ton corps le même châtiment.

C’est bien cela, un châtiment.

Tu es paumé, tu te crois mauvais et tu le pointes du doigt, Lui, comme la cause de tous tes revers.

Il est le seul fautif, tu ne réfléchis pas plus loin…

Voilà le sillon.

A force, ton cerveau associe tes échecs sentimentaux et professionnels à la prise d’alcool. Il te dégoûte, il est ta morphine… Voilà bien longtemps que tout effet euphorisant a disparu, que toute portée conviviale n’existe plus.

Tu bois.

Non pas que tu aimes ça mais pour que cesse la douleur.

Tu ne supportes pas d’avoir mal.

Tu ne t’en sors pas.

La douleur revient… la douleur… plus forte, plus dure, chargée à présent d’un mal physique.

Tu trembles à l’idée de surmonter l’épreuve.

Tu t’enfermes.

Tu vis d’ascension et de chute.

Journées d’ivresse…

Rien n’a plus d’importance.

Tu sens monter en toi les pires traits de ton caractère.

Tu n’as envie de rien, ne crois en rien, tu te flagelles nerveusement.

Encore une gorgée et tu culpabilises.

Tes parents, tes amis…

Désœuvré, angoissé, tu entasses les bouteilles dans ta chambres qui se transforme en aquarium tant tu es dégoûté à l’idée d’ouvrir les volets.

Tu mens.

Seul, tu projettes inlassablement ta vie future, tu cherches des réponses à ce mal qui te ronge.

Ni tu te laves, ni tu t’habilles, tu vas de ta chambre à l’épicerie la plus proche.

Tout devient flou et tu te crois sans avenir.

Tu te sens faible, tu n’as pas mangé de la journée, tu trembles.

Une question t’obsède : devras-tu te saouler à chaque fois qu’un évènement vient court-circuiter ton existence ?

Pas d’avenir possible.

Tout a disparu.

Il a tué en toi tout désir de bonheur, de vie simple, de projets.

Il s’en prend maintenant à ta personnalité.

L’estime que tu as de toi-même, tes qualités, ton état d’esprit, il est là et il a tout englouti.

Tu lèves le coude, tu te méprises. Chaque gorgée te dégoûte, mais tu ne veux pas revenir à toi, pas encore, pas tout de suite, demain…

Tu sais qu’il te faudra du temps, tu sais les jours d’insomnie qui suivront, la sueur, les fringales, tu es au bord du trou.

Sombrer complètement, plus profondément que jamais pour te relever.

Tu ne vois pas les risques.

Et tu hésites à revenir, au monde, à la vie.

Ta chance ?

Tu n’as jamais commis d’actes irréparables.

Tu continues…

Tu ne te protèges pas, tu ne te connais pas, ne t’apprivoise pas.

Tu voudrais être fort et tu luttes contre tes émotions.

Tu chevauches tes illusions en t’engouffrant dans des brèches qui peu à peu se referment sur toi avant de t’engloutir.

Tu sais pourtant les prémices de sa venue.

Une émotion intellectuelle trop dense, une espérance démesurée, un déploiement inconsidéré d’énergie…

Tout cela annonce des journées d’ivresse.

Tu ne connais pas d’équilibre, tu ressembles à un alpiniste qui veut grimper tellement vite une falaise qu’il ne prend pas la peine de s’assurer et qui enfin arrivé au milieu, à bout de force, se laisse tomber. Il panse ses plaies, il met du temps à se soigner et énervé d’avoir chuté, de devoir tout recommencer, il décider d’escalader encore plus rapidement pour rattraper le temps perdu.

Ta vie va son va et tu cours après une ombre, une fois à sa hauteur elle s’esquive, pour ne laisser en toi que vide, désillusion, fatigue.

Et lui.

Lui qui ne demande pas qu’on se batte pour lui, qui t’offre simplement l’anesthésie.

Ne t’étant pas détruit, le corps tremblant, la barbe ronflante, tu écumes ta chambre jonchée de cadavres de bières, de mégots de cigarettes, de morceaux de pizza.

Tu enroules tes draps sales…

Tu reviens à la vie.

Encore une fois.

Tu as voulu mourir.

Non pas ne plus exister définitivement, mais ne plus être quelques temps.

Etre ailleurs, sortir de toi…

Dormir éveillé, faire taire les voix, dire merde au monde et renier tes obligations, être libre dans ta dépendance.

A chaque fois, tu te détruis un peu plus sans te supprimer.

 

Tu reviens de ces journées avec Lui comme un immigrant sur sa terre natale.

Voilà la journée de mise en quarantaine.

Film débile, cigarettes, café, les tremblements, la douche, les gaz, l’estomac qui aboie, le foie qui transpire… tu n’as pas faim. Tu ranges, tu fais disparaître les preuves, ton cerveau  se rallume et la culpabilité t’assène ses plus froides morsures. Tu les supportes.   

Le film… Pour être ailleurs, encore mais sans se détruire, tu tentes en vain de concentrer ton attention.  Tu énumères les gens que tu as dû blesser, tu veux appeler Milena pour te sauver.

A fleur de peau, hypersensible, tu sens les larmes monter, tu les comprimes.

Un bain…

Tu laves ce corps qui ne comprend toujours pas pourquoi tu l’as violenté.

Tu débroussailles ton visage et regarde longtemps dans la glace les cernes sous tes yeux.

Tu prolonges la nuit… tourne et vire…

Tu ne peux sans lui t’endormir.

Les sueurs, la fringale…

Tu vas dans le frigo pour dévorer un vieux bout de pizza.

La radio…

Tu ne supportes pas le silence.

Et ça bringuebale dans ton esprit.

Tout ça…

Ta vie.

Tu te revois tenant à peine debout ou allongé ivre sur ton lit, ça te fais mal, tu ne vois pas de solution pour t’en sortir, tu ne te reconnais plus.

Il est très tôt et tu te réveilles…

Gorge pâteuse, yeux suant des larmes, et cette odeur de transpiration…

Tu veux te rendormir, dormir, ne plus penser, dormir…

 

Les jours qui suivent…

Chaque action te parait tellement difficile...

Il faut tout réapprendre.

Tu reprends ton boulot.

Tu effaces les traces, et tu tentes de faire la paix avec toi-même.

Voilà longtemps que tu ne dis plus :

_ Plus jamais.

Quelques jours…

Tu vois à nouveau clairement ton avenir, tu tresses de nouveaux projets pour te pardonner, tu écris fiévreusement, tu cours aux quatre coins de la ville.

Tu ne comprends pas !

C’est Lui le seul fautif !

Tu rencontres des gens…

Tu es troublé d’être à nouveau face à la vie.

Tu mesures le temps perdu à boire.

Tes amis, les personnes que tu interviewe, tout ça te redonne du courage et putain qu’est-ce que tu regrettes.

Tu te convaincs à nouveau que ta vie est là.

Dans les rencontres quotidiennes, dans ta construction personnelle, les étapes à franchir.

Tu trouves de quoi t’excuser.

S’il n’y avait pas eu ce coup de fil de Milena, cette déception au sujet d’une publication, s’il n’avait pas eu… C’est sûr tu n’aurais pas bu !

 

Les semaines s’enchaînent, tu redécouvres tout.

Les charmes du quotidien, tu reviens.

Le goût des aliments, tu reviens…

Les soirées passées devant la télé, tu reviens…

Le cinéma, les femmes qui te sourient dans la rue, tu reviens…

Tu es un nouveau-né.

Autour de toi les autres ont poursuivi leur vie, ils n’ont rien remarqué de tes écarts ou si peu, ils t’ont déjà tous pardonné, tous… sauf toi.

Tu redémarres une nouvelle existence, sans lui, tu te remets à croire.

Toujours dans ces ascensions et ces chutes tu cherches un équilibre.

Impulsif dans tes choix, dans ta façon de boire à outrance jusqu’à te mettre minable… Entre deux cuites tu te démènes, sillonne la ville sur ton vélo, envoie des dizaines de manuscrits.

Et tu comprends.

Tu comprends peu à peu que ce n’est pas Lui, mais bien toi, ta manière de réagir, de fonctionner, de t’engager, qui ne va pas.

Tu as peur, c’est facile de tout lui mettre sur le dos.

Selon toi il te suffirait de ne plus boire pour que tout rentre dans l’ordre.

Tu poursuis cette illusion, cette quête d’une rupture soudaine avec l’alcool.

Tu crois qu’une publication, une femme, un boulot stable, que sais-je encore viendront te sauver.

Tu crois encore aux miracles.

Pourtant.

Tu ne vois que c’est par petits coups de pinceau que ta vie prend la forme d’une toile.

Revenons au début.

Tu veux t’en défaire mais il est une tique que tu arraches sans enlever la tête.

Il faut que tu repenses tout en toi, que tu panses les plaies, que tu fasses le deuil du passé et qu’enfin bordel, tu acceptes de souffrir.

Sans tourner le dos…

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Published by Arthur Vertou - dans Projections (roman)
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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 15:54
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Published by Yiannis Lhermet - dans AUDIO
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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 08:25


Le lendemain, tu te retrouves à nouveau seul.

Journées veuves.

Désir d’écrire, de se sortir de là, écrire pour se sauver.

Les yeux d’ivresse.

Sans ça tu as peur de poser la moindre ligne sur le papier.

Peur de ce que tu pourrais dire, découvrir.

Tu peins de mauvais tableaux, les seuls présentables à tes yeux.

Le silence.

Les heures désœuvrées  à cliquer devant ton ordinateur.

Musique… jeux en ligne… tout ce qui peut t’éloigner d’une réflexion.

Tu te lèves.

Visage fiévreux, cheveux emmêlés.

Au réveil, la première gorgée est atroce, elle remue les restes de la veille, te donne un haut le cœur, tu rotes… tu es sur le point de vomir…

Elle s’engouffre dans ta carcasse, tu la sens couler le long de ton corps vers ton foie.

Tu souris.

Tu comprimes ta gorge…

Tu souris à nouveau.

Tu n’aimes pas l’alcool. Tu n’en bois d’ordinaire ni à table, ni en soirée, seulement quand tu as mal, quand tu veux tout balayer, quand cette sensation de vide vacille autour de ta vie et vient vomir à ton esprit une trop réaliste absurdité.

Tu es là.

Tu te demandes encore comment tu es arrivé à te remettre à picoler.

Aucune issue, aucun moyen de t’en sortir…

D’accommoder tes rêves au présent…

Onze heures !

Journée morte !

Tu te balances sur ta chaise en consumant un bout de mégot de la veille. Il va falloir racheter des clopes, et puis, bien sûr, quelques canettes.

Trop tard pour le café ou l’aspirine, tu ne veux pas aller mieux qu’hier...

Simplement oublier.

Fatalisme pur ! L’alcool ingurgité te donne un élan de vigueur qui durera quelques heures encore… Tu jettes quelques pensées sur ton ordinateur.

Même la poésie aujourd’hui a un goût de cendre.

Tout t’emmerde !

Les journées défilent…

Tu as passé parfois dix jours cloitré chez toi. Dix jours de brume, à te détruire sans y parvenir et sans vraiment attirer l’attention.

Tu remontes, tout seul.

Pourquoi l’alcool ?

Par hasard… Sans doute est-il le premier remède qu’on t’a présenté.

Une timidité exacerbée, des études sans réel plaisir et ton cœur égorgé par quelque amour boiteux. Tu as toujours cru qu’on viendrait te sauver. Qu’il suffirait d’un geste, d’un évènement heureux pour arrêter tout ça…

L’alcool est ton miroir. Tu puises en lui comme en toi une semence qui t’excite et te dégoûte à la fois.

Il t’est insupportable.

Te faire du mal, t’infliger des punitions pour tes échecs, te faire souffrir autant qu’il est possible, voilà ce que tu cherches.

Tu ne t’aimes pas.

Il faut que tu te fasses payer la moindre de tes faiblesses.

Tout  t’échappe, tu ne supportes pas ce qui t’échappe, tu le noies dans l’alcool.

L’alcool… Pour ne rien affronter !

L’alcool… Pour se sentir déboussolé, pour balayer tout ce qui pèse.

L’alcool !

Pour une fille, pour jouer de la guitare en public, être à l’aise avec les autres, pour une fille, pour faire semblant, pour le sexe, pour justifier tes erreurs, pour te sentir écrivain, ne plus penser trop fort, pour ne plus croire, pour dire merde,  croire à nouveau, pour un poème, pour un roman, pour passer le temps, pour voyager, écrire, mais pour sentir… surtout !

L’alcool encore ! pour l’illusion, le vide, pour ne pas aller au boulot, ne pas regarder en arrière, ne pas regarder en avant, ne pas regarder trop loin, trop près, décentrer ton regard.

Et puis… pour Milena, contre Milena, avec Milena, sans Milena, pour ne pas la laisser partir, la rattraper, la faire revenir, la retenir, la laisser s’en aller, pour la convaincre, l’aimer, lui cracher à la gueule, l’insulter, la convaincre de te quitter, de te détruire.

L’alcool enfin… sans timidité, sans rien, sans Milena, sans rien…

L’alcool pur et seul.

Le seul qui reste debout à la fin du massacre, le seul vainqueur à qui tu dois faire allégeance.

L’alcool.

Ce fut ainsi !

Et tu sais bien que c’est loin d’être fini.

Parle moi encore...

Je suis là.

Je l’étais aussi, quand tu te  levais, le cerveau bouillonnant, le cœur en bandoulière plein des remords de la veille. Ce mal au crane horrible… ce gouffre vers lequel tu me tirais, j’y suis tombé aussi, tu sais.

Plus d’avenir.

Rien pour se battre, une destinée injuste pour seule rancœur et un pied de nez au destin : ta vie.

Dans tes rares moments de clairvoyance tu arrives encore à te secouer. Je te prends par la main, t’emmener ailleurs, quelque part. Tu connais la route… Tu me suis, tu marches presque devant moi parfois, mais tu retombes inexorablement.

Je comprends.

Tu veux aller trop vite, rattraper le temps perdu, courir comme si tu avais quelque chose à te faire pardonner.

Je te pousse, tu rechignes à avancer, trop de montées… tu stoppes net ! Décapsulant une cannette.

Voilà.

Tu rebrousses chemin…

Suis-je si dur à suivre ?

C’est n’est pas ça !

Tu es trop fier pour marcher avec moi !

Tu as honte, comme un enfant qui a peur d’être vu au cinéma avec sa mère.

Honte de ce que je fais pour continuer d’avancer.

Tu préfères, toi, rêver de gloire dans ton coin.

Reconnaissance dis-tu ?  C’est ce que tu cherches…

Sans rien faire pour la gagner !

Tu joues tout sur ton talent, tu en as, je ne dis pas le contraire, mais pour le reste, tout le reste, tu es si mauvais !

A quoi te sers d’écrire à en crever et de planquer tout ça dans tes tiroirs ?

Petit ego.

Tu es si sûr de ton style.

Tu craches sur ce qui se fait de moderne.

Tu craches sur tous ces types qui font un mauvais premier roman, sur tous ces types qui déclament sur un ton peu assuré de la poésie dans les bars.

Le petit te rebute.

La seule chose qui te convienne c’est le Mercure de France, Gallimard, et pourquoi pas  l’Olympia !

Je ne suis pas méchant, tiens toi tranquille, j’essaye simplement d’être réaliste.

Tu n’acceptes aucune critique, dirais Milena.

Tu ne vois rien du monde, encore.

Tu ne veux surtout rien voir.

Tout ce qui ne te touche pas directement t’est futile.

Et puis merde !

L’alcool n’est rien d’autre que ton miroir aux alouettes…

Tu en fais le bouc émissaire de tes renoncements, de toutes tes faiblesses, de tous ces  trous au ventre creusés au fil des années et que tu n’arrives pas à combler…

Pour la simple raison que tu les fuis en te saoulant.

Bidon percé !

L’alcool n’est que la corde.

Reviens !

Comme on revient d’un rêve sordide au réveil.

Débroussaille !

Bien des réponses resteront  en suspend…

Qu’importe !

Peu à peu, nous les éclaircirons.

Mais il faut que tu te pardonnes tout ça, d’abord !

Chut…

Ne dis plus rien.

Ecoute… ta sensibilité parler.

Je sais que souvent tu t’y enroules et que ça te fait peur, qu’elle fait battre ton cœur tellement fort que tu ne te maîtrises plus.

Tu te sens faible, seul, perdu !

Mais laisse la parler.

Essaye de la comprendre.

Je dirais presque de la dresser !

Aime ta sensibilité, organise ta vie autour d’elle !

Après, tu verras…

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 18:51



 

Le ciel déverse sur Grenoble

Des rayons d’arrière-pensées,

Il faut qu’on paye c’est fatal

Les dérapages d’autrefois.

La note est sacrement salée, une caresse

Facturée deux ans de silence,

D’ivresse, d’insultes et d’arrogance.

 

Les serments saignent dans l’allée,

Les souvenirs en farandole,

Défigurent l’ancienne idole,

Et insufflent à mes os

De fugaces frissons.

 

Les cadres des tableaux de ville

Sont immobiles.

Les longs immeubles dalmatiens, les lignes d’autobus, les pavillons paisibles

Où le citadin sans histoire,

Terrorisé,

Renifle ses humeurs derrière des fenêtres insonorisées et des portes cadenassées.

 

Rien ne change, ce n’est pas vrai.

 

Seul le futur indélébile,

Sèche la souche volubile

D’un passé trop présent.

 

Nous recommencerons à vivre,

Au soir de son enterrement,

Nous relirons ce livre,

Nous dirons fièrement,

L’amour est mort,

                             Je suis vivant.

Nous le suiciderons un soir de plus,

L’espoir naîtra de comas idylliques,

L’espoir, compagnon éphémère,

Confident des enfants, ennemi des vieillards.

L’espoir informe et babillard, mauvais génie

Changeant de forme et de chemise ;

L’espoir, seule chose qui reste

A ceux qui n’ont plus rien,

L’espoir des fous, l’espoir des chiens.

 

Les rues, organes génitaux

De la ville,

Ronflent et titubent, s’embrassent ridicules,

Esclaves du tic-tac

De la pendule palpitante.

Ici, on apprend dès son plus jeune âge,

A détourner les yeux.

Les amoureux ont fait un pacte

Aussi solide que l’acier,

Mais leurs corps comme un automate

Se donnent en spectacle

Sans se rassasier.

 

Dans le jardin de ville,

Place Victor Hugo,

Les modes sont restées de marbre,

Les hommes à l’inverse des arbres

Se parent en hiver,

Se dévêtissent au printemps.

 

A vingt ans le coeur crâne effrontément,

Quatre ans plus tard,

Loqueteux,

Il pleure à gros bouillons

D’avoir perdu son temps.

 

Ce n’est pas vrai, rien ne change,

Rien ne change, ce n’est pas vrai.

 

Un seul être s’oublie et tout est repeuplé.

 

J’ai bientôt 25 ans,

J’ai vécu comme un délinquant.

A quand,

Ces longs printemps

Que chaque année on me promet ?

 

Comment combler

Le souvenir vaquant de celle qui

S’est laissée tant aimer ?

Si je vous parle encore d’L*,

Dites-moi de foutre le camp !

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Published by Yiannis Lhermet Vincent Delhomme (Visuel) - dans Autodafé
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 11:29




Il reviendra sans doute…

C’est sûr…

Le temps où tu as voulu te détruire.

Je m’y attends,  je m’y prépare… avec quelques trucs que j’ai appris, des trucs, enfin… ce n’est pas grand-chose.

L’alcool.

Pourquoi pas le suicide ?

Tu es trop fier.

Non ?

Tu croyais au destin.

Ton destin. 

Qui devait venir te saisir dans ton capharnaüm.

Ton destin chaque jour à la bourre.

Tu te serais suicidé peut-être, sans cette naïveté.

Te voilà.

Tu utilises l’alcool comme le moyen louable de ne plus penser.

L’alcool…

A part dénicher de quoi se bourrer la gueule et éventuellement quelques complices pour le faire sans trop de culpabilité, rien n’a d’importance.

Non, rien n’a d’importance…

Envolés,  désirs de femmes, factures, obligations envers les autres, envers toi-même…

Et patati et patatras !

Il t’est arrivé d’en trouver des filles.

Aussi perdues que toi… 

Tu leur plais, tu les intrigues, elles te poursuivent…

Elles croient voir en toi un être profond.

Soirées d’ivresses poétiques où les yeux vides vous débattez d’un monde qui va tellement de travers qu’il vous faut bien ça pour ne pas tomber à la renverse.

Tu ne peux les aimer.

Elles sont une présence.

Elles te ressemblent.

Et te renvoient l’image de celui que tu veux fuir.

Je te l’accorde, vous êtes parfois touchants, enlacés l’un contre l’autre dans des draps sales, la chambres décorée de canettes de bières et de portraits peints à la main… par celles qui se disent artistes, comme toi.

Elles ont du talent, là n’est pas la question.

L’alcool, les discussions, vous vous satisfaisez d’un rien, le sexe même n’a pas tellement d’importance.

Une présence, pour ne pas être seul, pour être ailleurs.

Le monde s’éclipse.

Mais ça  ne suffit pas.

Ca ne suffit pas les baisers distillés sur vos lèvres ivres.

Tout à coup se sont les éclats de colère, les insultes, les larmes aux yeux, les coups de tonnerre, les corps qui tremblent, et votre incompréhension mutuelle.

Vous avez trop mal pour aimer, pour vous intéresser à la souffrance de l’autre, la comprendre.

Ni elles, ni toi, ne pouvez vous convaincre d’une enfance malheureuse, ni d’avoir des problèmes d’argent…

Le mal de vivre !

L’impossibilité de vous tailler une place à la hauteur de vos espérances.

C’est aussi simple que cela.

Une fois ivre, tu ne maîtrises plus rien.

Ni tes mots, ni tes actes.

Tu as conscience de tout ça mais sciemment tu t’y enfonces, tu bois au moment où tu es le plus fragile, tout seul, comme si tu ne supportais pas cet état.

Tu égrènes ta vie qui avance comme une montagne russe.

Tu bois et tout s’efface, tout à coup !  Tu ne respectes plus aucune convention sociale, tu n’as plus rien d’humain.

Il me semble que tout ce que tu as comprimé, tenté en vain de semer, toutes ces choses non résolues que tu as fui, ressortent sous l’effet de l’alcool.

C’est une irruption volcanique du mal qui t’habite et que tu ne peux comprimer plus longtemps, il faut que ça sorte au risque de te détruire.

Ivre tu es aux antipodes de ta sensibilité naturelle, affranchi de tout sentiment, un chien enragé qui brise ses chaînes, dangereux pour les autres et pour lui-même.

Rien n’est dû au hasard.

Je crois simplement que ces sessions de bitures redondantes expriment quelque chose de plus profond, elles vivent car tout ce qui te tracasse, te dérange, toutes ces émotions que tu enfouis bien profondément, que tu assassines, tu ne les regardes jamais en face.

Ton problème n’est pas tellement de boire ou d’arrêter, mais d’une fois pour toute faire la paix avec toi-même.

Accepter ce qui t’a fait du mal, en parler et ne plus avoir peur d’être fragile.

Combien de fois as-tu failli mourir.

Sur ton vélo, dans la rue, dans un bar…

Tu perds le contrôle.

Tu blesses ceux qui t’aiment pour qu’ils voient en toi le pire et ne détournent pas les yeux.

Toi tu ne t’aimes pas et tu ne comprends pas qu’on puisse s’attacher à toi, encore moins que l’on veuille te sauver.

Il est là.

Tu te demandes souvent où en serais-tu de ta vie sans l’alcool et tu culpabilises. Tu es sûr que tu aurais mieux réussi.

Tu lui reproches tous tes échecs, ça te rassure.

Parfois tu te demandes si comme le clame Bukowski, on peut être alcoolique et bien dans sa tête, si l’on peut vivre avec lui sans subir les affres de la culpabilité, cohabiter avec lui et y trouver un terrain favorable pour une vie sociale épanouie ?

Sans doute est-ce possible mais c’est une question de temps avant que le corps réagisse d’une manière hargneuse et gangrène l’esprit, dès lors c’est la chute.

Tu en es arrivé là et sans ce rapport malsain, tu n’aurais pas réagi.

Ce rapport exhaustif qui n’est que le reflet du rapport conflictuel que tu entretiens avec la vie en général.

Que ce soit au niveau de tes dépendances, tu fumes et tête de la caféine sans mesure, tu aimes sans concessions, tu te plonges dans l’écriture sans lever les yeux et bosse jusqu’à que ton corps n’en puisse plus.

Excessif en toutes choses, voilà ce qui te ronge.

Tu ne peux boire, aimer, rêver, manger, fumer, vivre faire des projets, apprendre, désapprendre, lire raisonnablement.

Dès que tu te lances dans quelque chose, il faut que tu cavales, tes désirs sont des fringales qui une fois inassouvies te donnent la nausée tant tu les a mâchées et remâchées…

 

Pendant quelques temps tu essayes de travestir ton alcoolisme, de le rendre compatible avec ta vie sociale.

Lors des soirées avec tes amis au lieu de commencer à boire à l’apéritif et de te rafraîchir la gorge tout au long de la soirée, tu te retiens.

Tu commences seulement à picoler après le repas, vers 22 heures.

Tu fermes les yeux…

La première gorgée est comme une décharge électrique ranimant un noyé, tes membres engourdis par la fatigue se réveillent, voilà l’adrénaline…

Ton corps s’épanche agréablement, tu cesses de te raidir et te laisse couler dans le fauteuil, tu ne ressens plus de nervosité, de dilemme intérieur et il te semble que tu profites enfin, pleinement, de ta soirée.

Tu tentes de boire normalement. Tu te contrôle, ne prenant à chaque fois que de petites lampées, diluées dans un laps de temps raisonné…

Tu te fixes une certaine heure pour te resservir un verre.

Tu décentres le plus possible ton esprit de l’alcool, en t’intéressant à la conversation, en mimant l’attitude des autres, pour qui, vraisemblablement, l’ivresse n’est pas une finalité en soi, mais un moyen inoffensif, maîtrisé, d’en atteindre un autre : le plaisir, une sensation de bien être, de relâchement, de décompression.

Tu te jures une énième fois que ce soir là ce sera différent…

Il faut que se soit différent, pour que ne pèse plus sur tes épaules cette épée de Damoclès qui t’empoisonne en permanence.

Il faut que ce soit différent pour que tu te sentes normal.

En même temps que tu vides ton verre, tu augmentes les doses, les gorgées…

Un désir d’action te pénètre en même temps que tu te saoules.

Tu ne te contentes plus de cette réalité sociale, tu as envie de bouger, ailleurs, là où tu penses qu’il pourra t’arriver quelque chose.

Ici, la discussion t’agace, tu te renfrognes et bois encore plus.

Tu es ivre et ça ne changera pas le cours des choses.

Tu n’as plus rien à dire, sinon à balancer des jeux de mots débiles pour amuser la galerie où à faire des allusions sexuelles…

Tu veux à tout prit du mouvement, tu lances l’idée d’aller dans un bar, personne n’est motivé.

Il te semble dès lors que seul l’alcool peut enclencher une évasion...

Mais voilà qu’il n’y en a plus !

Cette idée t’est insupportable, il faut que tu ailles en chercher, personne ne t’accompagne, ils ont tous à faire le lendemain.

Tu pars à la recherche d’une bouteille.

Et de quelques femmes fantôme de la nuit avec qui la partager.

Tu ne fais rien et ta vie sociale se résume à ça, à ces soirées qui doivent te sauver de la solitude.

Un de tes amis se porte volontaire pour t’accompagner dans une errance nocturne.

La ville.

La quête d’une épicerie ouverte pour prolonger l’espoir…

Une place.

Celle où Milena disparaîtra un jour…

Le Bar peuplé de types louches et d’amours lâches, des filles ivres qui dansent autour des tables, la solitude, le mur !

La réalité décevante, la facilité, l’oubli, le combat perdu d’avance…

Retour à la case départ.

Le canapé de l’appart, à côté de la table où ronronnent les cadavres…

Il n’y avait plus personne ici quand vous êtes revenus avec l’alcool.

Une discussion littéraire, la bouteille qui tourne, les moments de vies qui s’égrènent, les confidences, les projets…

Toujours les projets !

Tu rêves de quoi ?

Tu rêves, c’est tout.

Encore une heure, puisque le lendemain tu auras horriblement mal au crâne, puisque demain sera une journée veuve et que pour rêver il faudra boire encore !

 

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 15:10

 

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Published by Vince.de - dans Collectif
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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 10:15




Deux mille huit sonne comme un renoncement…

Tu goberas demain et ma joie et ma peine

Quand nos destins fatals s’en iront doucement

S’éclipsant l’un de l’autre en une étreinte blême.

 

La tristesse s’attire et l’union de deux êtres,

Parfois n’est qu’un mensonge quoi qu’ils en laissent paraître...

Un effet de miroir où chacun débroussaille

Dans un vague reflet le passé qui l’assaille

 

Oui ce n’est que cela le soi-disant amour :

Trouver un peu de soi dans celles qui nous entourent !

 

Mais je n’ai jamais bien compris, moi, ce besoin d’ivresse,

De ne plus être soi, de s’oublier en somme,

De lentement se fondre sous une caresse,

De renoncer souvent à ce qui fait de nous des hommes.

 

Les élans les plus purs sont de pâles squelettes

Que la vie redondante assomme à l’aveuglette

Et ceux qui ont aimé ont l’œil fier et fragile

Les mains fanées, le corps cassé, le cœur humide.

 

Ils oscillent entre l’amour et l’amertume.

De leur être s’élève une offense insensée,

Tu les verras pleurer pour rien, un simple rhume

Ou chanter à voix basse des airs surannés.

 

Quelles infirmités les poussent à fouiller

Leur passé poussiéreux, à vivre d’espérances ?   

Ils se disent humiliés et la lèvre mouillée

Ils vont, viennent et se saoulent de leurs errances.

 

Mais moi je ne suis pas de ceux qui renoncent facilement

Tu goberas demain, et ma joie et ma peine

Quand nos destins fatals s’en iront promptement

Se fondre l’un à l’autre en une étreinte blême.

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Published by Yiannis Lhermet - dans A ceux qui n'ont rien dit
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