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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 18:00


  Ce samedi, il neige. Quand Estelle ouvre ses volets, le cœur battant, de petits flocons blancs dansent dans l’air. Elle tend le bras et un à un ils se déposent sur sa main avant de disparaître…

   Elle sourit...pense à cette après-midi...que va-t-elle pouvoir mettre ? Soudain elle commence à angoisser et comme une furie, se dirige vers son armoire.

   Tout en tortillant ses cheveux, elle réfléchit à haute voix :

   - Mon jeans bleu ou mon pantalon noir ? Ma jupe à fleurs ? ça fait un peu gamine…Ou alors ma robe rouge ? Maman ! où t’as foutu ma robe…au lavage ? Maman !

   Si je mets mon pantalon noir, je peux pas mettre mon petit haut marron…le blanc ? Mais on verra mon soutien-gorge…après tout il faut ce qu’il faut…Et si j’empruntais le débardeur de Myriam ?

   - Allô, Myriam…Oui, c’est moi ! non…quoi tu veux le mettre ? Non…D’accord. Je vais bien trouver quelque chose…t’en fais pas, ouais, allez, salut.

   Quelle pétasse ! J’en étais sûre.

   - Maman ! Il faut absolument que tu repasses ma robe rouge.

   - Bon, allez... sous-vêtements noirs...femme fatale ou blancs...jeune fille pure ? Que préférera-t-il, Jérôme ? Et puis viendra-t-il au moins…Faut que j’appelle Clarisse.

   - Oui c’est moi, t’as des nouvelles de Jérôme ? Quoi ? il est pas sûr…alors, ça sert à quoi que je me casse le cul à me fringuer pour lui…Non ! je stresse pas…d’accord tu m’envoies un texto quand t’as de ses nouvelles.

   - Maman, elle est prête ma robe ?

   Estelle s’étend sur son lit, rêveuse. Elle songe à cette après-midi. Elle tresse dans son esprit une stratégie.

   Il faut que je sois sexy comme jamais. Que je joue avec lui, mais pas trop, comment déjà ? Ah ! oui, disponible et détachée. Puis il faut que je le flatte, les garçons aiment bien ça, il faut qu’il se sente en confiance.

   Elle s’invente des dialogues :

   - J’aime bien ta chemise... tu sais je t’ai vu jouer au foot et t’es drôlement fort. Quoi ? Oui, je veux bien une bière…tu es gentil, merci.   Elle s’imagine dansant avec lui, lui chuchotant à l’oreille :

   - J’adore cette chanson…

   Posant sa tête contre son cou, laissant sa main vagabonder sur ses hanches et peut-être même sur ses fesses. Puis remontant ses mains dans ses cheveux, sentant son parfum d’homme…

   - Quel goût a sa bouche ? Sait-il embrasser...est-il tendre au moins ?

   Tout à coup elle se lève, enlève son pyjama, prend ses seins dans ses mains.

   - Décidément ils sont trop petits…

   Puis elle tourne le dos à la glace, ses fesses sont parfaites, elles, pas un gramme de graisse, sa main descend sur son ventre plat, elle le gonfle, le prend dans ses doigts…Elle est satisfaite. Elle est presque prête.

   Longuement, devant sa glace, elle se maquille, juste ce qu’il faut, un peu de noir au coin des yeux, un peu de rouge sur les lèvres. Autour de son cou elle passe un petit médaillon d’argent, c’est un porte-bonheur. Estelle veut être sexy tout en restant nature.

Au repas elle n’avale rien, elle s’engueule avec sa mère :

   - Tu veux que j’ai l’air d’une gosse ! Mais tu m’avais promis dix heures. J’aurais l’air de quoi, moi, si tu viens me chercher à huit heures ? Et tu fais sonner mon portable, je veux pas qu’on te voie.

   A seize heures, Estelle est chez Clarisse. Hélas, Jérôme n’est pas là, il ne viendra pas.

   Quand sa copine le lui annonce, Estelle prend un air détaché, et dit :

   - Et alors, Jérôme c’est pas le centre du monde !

 

   Les actions des êtres sont semblables à des flocons de neige qui ne laissent pas de traces sur le sol. Combien de rêves, d’espoirs projetons-nous sur ceux qui nous entourent, sans qu’ils s’en aperçoivent.

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Published by Yiannis Lhermet - dans Silhouettes
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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 18:00



 IMG_5123.JPG

  

    
Lisa aime écouter son grand-père parler. Elle attend ce moment où, après le repas, il se lève de table et va s’asseoir dans son fauteuil en rotin près du poêle.

   Une fois installé confortablement, il sort délicatement son paquet de tabac et se roule une cigarette.

   - Pourquoi t’achètes pas des vraies, papy ? demande Lisa.

 Elle connaît la réponse, mais ça l’amuse de l’entendre dire :

   - Moi, j’ai toujours travaillé de mes mains, alors tu comprends…

   Les histoires du grand-père, Lisa aussi les connaît par cœur, mais elle ne se lasse jamais de les écouter. Ce qu’elle aime surtout c’est, comme une enfant, la manière qu’il a de les raconter. Bien sûr, il en rajoute... et après…

   La première volute de fumée se disperse dans l’air. Le grand-père s’enfonce un peu plus dans son fauteuil, il commence :

   - C’était un dimanche…Ma mère vendait des légumes au marché. Moi, j’étais allé chercher des bonbons, mais comme elle avait peur de me voir partir seul, sa sœur, la tante Agathe, m’accompagnait. Bref…Sur le chemin du retour, qu’est-ce que j’aperçois tout à coup par terre ? Tu ne le croiras pas…une pièce de cent sous toute dorée. Oh ! tu sais, Lisa, à l’époque cent sous c’était pas rien…je sais pas, moi…ça devait faire deux cent mille, enfin deux cents nouveaux francs…

   - Trente euros quoi !

   - Oui, quelque chose comme ça, je ne sais plus. Bref…Je la ramasse, on continue à marcher et quelques instants plus tard, en face de moi, je vois arriver une dame d’un certain âge, bien mise tu vois,  demi-courbée et qui ne quitte pas le sol des yeux avec des mouvements de tête dans tous les sens, comme un pigeon.  Bref…Ta tante, sainte parmi les saintes, l’interpelle en lui disant :

   - Bonjour Madame, vous avez perdu quelque chose ?

   Et l’autre répond :

   - Oui, en achetant mon bifteck, j’ai perdu une pièce de cent sous près de la petite halle.

   Moi, tu comprends, je me faisais tout petit. Et à ce moment, ma tante me tire le bras et s’écrie :

   - Comme vous avez de la chance, mon neveu qui est là vient juste de la trouver.

   Et là, ni une ni deux, elle veut me prend la pièce des mains. Moi je serre le poing, alors, elle me fait les gros yeux et je lâche prise.

   - Je vois le tableau d’ici, dit Lisa enjouée.

   - Attends…Cette garce met sa main pleine de bagues dans mes cheveux et me dit :

   - Tu es mignon mon petit ! Puis elle s’en va, l’air de rien, sans même me donner un sou. Mais c’est pas fini. Le plus drôle c’est que ma tante s’est fait enguirlander comme du poisson pourri par mon père qui connaissait cette bonne femme, qui la semaine d’avant lui avait fait des histoires. Elle nous avait acheté un veau qui avait eu la mauvaise idée de crever le mois d’après et elle voulait que mon père la rembourse. Bref…tu sais combien il coûtait ce veau ?

   - Cent sous je parie, s’écrie Lisa.

   La dernière fois que le grand-père avait raconté cette anecdote, c’était cinquante sous et le veau était une poule mais cela n’empêche pas la jeune fille de rire pour autant et d’enchaîner :

   - Et la fois du mariage de l’oncle !

   - C’était juste après la guerre. Y avait encore des amerloques un peu partout et ces gaillards là, ils raffolaient des champignons. Ils recevaient leur paye le samedi matin. Le vendredi, il avait fait un temps de chien. Toute la journée, il était tombé des cordes, je te raconte pas. Bref…Le samedi, une éclaircie… Avec ton oncle, on se lève aux aurores, à sept heures on est dans les bois avec le tracteur. Là, des cèpes en pagaille, partout, t’as jamais vu ça. Bref…on te fait une récolte du tonnerre, on engrange, on engrange, on met tout ça dans la benne et on va au village.

   C’était dix heures, le mariage de l’oncle était à onze. Tu nous aurais vu débarquer ! Moi au volant, lui debout sur la benne, on te fait une de ces entrées triomphales comme si on était sur un char d’assaut ! Les gens commencent à affluer autour de nous, ils n’en reviennent pas de voir une telle récolte. Bref…ni une ni deux, on met tout ça dans des cagettes et on liquide le stock. Mais là, on s’aperçoit que c’est déjà onze heures, on n’a pas le temps de se décrotter et on débarque à l’église en tracteur. L’oncle il s’est pris une sacrée avoinée par ta tante ce jour là !

   - Vous deviez être beaux tous les deux ! Qu’est-ce que j’aurais pas donné pour vous voir…

   - Oh…tu sais, y a une photo, mais je ne sais pas où elle traîne, ma pauvre, depuis le temps.

   -Raconte-moi un truc que tu ne m’as jamais raconté…une histoire triste pour une fois…Je sais pas, moi…

   - Tu sais bien que je n’en connais que des heureuses, comme dans les contes.

   - Il doit bien y en avoir une dont tu n’es pas fier.

   - Il y en a une mais…

   - Allez Papy !

   - D’accord…d’accord, ça vient. Dans le village où j’habitais, je ne sais pas, dans les années soixante, il y avait une jeune fille de ton âge, une paysanne, la fille du vieux Morel. Bref…

   Un dimanche, avant d’aller à l’église, elle lavait son linge dans la rivière à côté de la ferme. Tu comprends, à la campagne à l’époque, on n’avait pas tous ces trucs modernes. Bref…Le vent soufflait fort, si bien qu’une rafale emporta son chapeau. Elle courut pour le rattraper, l’eau était glacée, le chapeau entraîné par le vent et le courant s’en alla se perdre on ne sait où.              Attends, je crois qu’elle s’appelait Madeleine ou…Giselle. Bref…la gamine était très croyante et n’aurait pas pour tout l’or du monde manqué une messe.

   Alors, elle arrive à onze heures sur la place de l’église, bien mise, avec son sac à main, sa robe du dimanche, ses souliers bien cirés mais sans chapeau. Tu comprends ? Sans chapeau !

   A l’époque c’était une sorte de sacrilège pour une femme de venir en ville sans chapeau et à l’église en plus ! Bref…en la voyant arriver, tout le monde la regarde d’un mauvais œil, personne ne la salue, la gamine baisse la tête, entre dans l’église, cherche une place, à chaque fois on lui répond :

   - Cette place est prise…j’attends quelqu’un.

Enfin, tu vois, des trucs de ce genre…

   Finalement, la pauvre enfant s’en alla chez elle en pleurant. Elle raconta sa mésaventure à son père. Tu sais, le vieux il n’était pas tendre, en entendant l’histoire il la gifla aussi sec. Il refusa de lui acheter un nouveau chapeau, je ne sais même pas s’il avait les sous pour, d’ailleurs.

   Le grand-père s’arrête un instant, roule une cigarette. Lisa ne dit rien, il souffle une grosse bouffée de fumée puis reprend :

  - Le malheur de cette gamine, c’est qu’elle ne pouvait pas rester enfermée éternellement chez elle. Il fallait qu’elle fasse les courses, qu’elle aille chercher le courrier du vieux… Bref, en ville on ne la saluait plus. Dans les magasins on acceptait l’argent mais ni bonjour ni merci, les femmes la toisaient, les gamins lui faisaient des grimaces, certains allaient même jusqu’à lui jeter des pierres…Le seul qui aurait pu lui venir en aide c’était le curé. Mais c’était de lui qu’était venue cette fronde contre, comme il disait, cette brebis galeuse….

   C’était l’année où ta grand-mère et moi avons aménagé ici. La gamine, je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Si elle n’est pas morte de honte, elle a sûrement dû finir vieille fille…Enfin… c’était l’époque tu comprends ? Tout ça pour un chapeau…un chapeau !

   Lisa reste devant le grand-père sans dire un mot pendant quelques instants, puis elle se lève, va chercher un verre d’eau, tend un médicament au grand-père et dit tout doucement :

 

 - Avant c’était un chapeau… aujourd’hui c’est un voile.

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Published by Arthur Vertrou - dans Silhouettes
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 09:26



Va-t’en baver

Vers eux poète

Tes orduriers

Epanchements,

Ton ciel est fait

Petite tête

De roturiers

Enchantements.


Les lunes volent

Aux quatre vents

De tes inspirations

merdiques

Mes nuits s’immolent

Crades, crevant

Ta poésie

Soporifique.


L’azur bleu rose

Dedans tes proses,

Tes longs printemps

Troublés d’amour :

Coussins moelleux

Gerbés de roses

Tissées, suintant

A contre jour.


Dans tes romances

Edulcorées

Fientent les astres

Désarçonnés

Par tes semences

Assaisonnées

De tes désastres

Déraisonnés

Arôme antique

Et pittoresque,

L’étoile sombre

Et l’oiseau-lyre,

Antipathiques,

Chevaleresques

Masquent les ombres

De tes délires.


Dans la noirceur

De tes gamelles

Dansent Clitandre

et Salomé

Sous les rousseurs

Du carrousel

Ils s’aiment tant

Ces salops mais


L’amour est si

Entortillé

Aussi exquis

Qu’un doux poison

Dans tes récits

Ecervelés

Pour une ex qui

Noie le poisson.


Va-t’en baver

Véreux poète

Tes orduriers

Epanchements,

Ton ciel est fait

Petite tête

De roturiers

Enchantements.

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Published by Yiannis Lhermet - dans Autodafé
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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 18:01

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Il ne ressent plus rien…il n’écrit plus.

   Voilà longtemps qu’il a fouillé de fond en comble ses catacombes : sablonneux limons où grouillent, sinueux les êtres de son passé. Sobre comme un enfant et clairvoyant parfois, il a dissocié de sa vie les anges des démons.

   Mais voilà plus d’un an qu’il s’évertue à presser en vain le citron des souvenirs, à croiser dans ses labyrinthes d’anciennes fiancées à tête de citrouille : pâles Cendrillon et fées Carabosse.

   Mais voilà plus d’un an qu’il s’évertue à cabosser l’amour qui noircit comme la ferraille…Les êtres du passé qui peu à peu en lui grandissent le créent bien différent de celui qu’il était.

   Pendant des mois, atteint d’une extase fiévreuse, il a fait sortir de lui des métastases lumineuses. Il a combattu l’oubli et le repos. Déterrant la hache de guerre, il a ressuscité les ombres, les cadavres que le temps voulait enterrer. Et, de sa mémoire, s’est relevée toute une cohorte de morts-vivants.

   Tout occupé à son labeur, il a marché insomniaque parmi la foule des vivants. Mais il préférait ses fantômes, ces êtres complexes qu’il avait créés, à ses contemporains diaphanes.

   Il n’a vu les femmes qu’en rêve…lors de nuits d’ivresse tumultueuse. Elles grouillaient autour de lui pareilles à des insectes, sans grâce ni féminité, étalant sur leur sein leur maigre beauté, se proclamant artistes, zozotant de vagues poèmes ou au contraire sonnant le marathon du corps.

   Pendant un temps, il a cherché dans l’innocence sa résurrection. Seules la vue de chétives adolescentes, par intermittence, faisaient renaître le chantier saccagé de son enfance. Il aimait le parfum léger de leur peau nue comme une page blanche, leurs jambes encore douces, leur taille fine et, en elles, ce que les autres prenaient pour de la bêtise avait pour lui le charme d’un nouveau poème.

   Courant à perdre haleine, il a cru être parfois celui qu’il était, mais son destin lui échappait trop souvent et consciemment il a voulu se combattre.

   Il a bu ses sarcasmes, il a vomi ses propres désillusions et ces soirs-là il a croisé la mort qui d’un air hagard faisait devant lui de méprisables contorsions.

  

   Il ne ressent plus rien et il attend pour se sauver de rencontrer les êtres qui pourront à nouveau et le détruire et le créer.

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Published by Yiannis Lhermet - dans Silhouettes
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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 18:03

France-Suisse_1905-copie-1.jpg


Ils ont entre douze et seize ans et comme de petits soldats, ils portent tous le même survêtement blanc, avec sur le côté trois traits grenat. Avant l’entraînement, dans les vestiaires, ils causent avec émotion du match de la veille ; ils l’ont tous vu à la télé : c’était Marseille PSG. Les jeunes supporters de l’OM sont heureux et fringants, ils arborent fièrement comme un trophée le maillot des champions. Ceux de Paris sont blêmes à en devenir méchants ; un seul a l’audace de porter les couleurs de la capitale. Sur ces maillots chamarrés s’étale un nom qui n’est pas le leur : trois Zidane, deux Ronaldo, un Trézéget…Ils ont tous une idole et rêvent de lui ressembler.

   Soudain une voix rauque résonne, le silence se fait :

   _Allez lez gars suffit les conneries…

   C’est celle d’un gros moustachu qu’ils appellent respectueusement le coach Henri.

   L’entraînement commence et c’est en ruminant, qu’au pas de course, comme à l’armée, ils font leurs trois tours de terrain.

   Ensuite vient le quart d’heure de jonglage, l’exercice de slalom, les accélérations, les centres, les actions…

   Pendant ce temps, au bord du terrain, chaudement habillé, le coach Henri s’époumone :

_N’oubliez pas les gars... on est un groupe, il faut être là pour son copain, ensemble on est plus fort…Allez jusqu’au bout de vous-mêmes pour l’équipe.

   Certains n’en peuvent plus mais poursuivent l’effort, de peur de le décevoir, ou de paraître faible aux yeux des autres.

   Quand arrive Amandine, c’est l’euphorie, les adolescents se mettent en évidence. L’un crie, l’autre joue les petits chefs, certains tapent très fort dans le ballon et les plus téméraires, au risque de se faire gueuler dessus, quittent un instant le terrain, viennent près d’elle et la saluent.

   La séance se finit par un match, les tacles pleuvent, on ne se fait plus de cadeau…

   Enfin ils s’assoient par terre en rond pour écouter, religieusement, l’office du coach Henri.

   Leur cœur bat la chamade quand Henri égrène les noms de ceux qui dimanche prochain feront partie de l’équipe.

   Bizarrement, tous payent la même licence mais ceux qui ont de beaux maillots, dont la mère parle avec Henri et dont le père organise le loto font toujours partie du lot, quant aux autres…

  

   Un écrivain disait :

   _Le foot, c’est l’école de la vie…

   _Oui, c’est l’école de la vie et déjà les plus faibles et les pauvres y apprennent à regarder de loin, avec envie, avec respect les autres s’amuser.

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Published by A.V - dans Silhouettes
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 18:00


   Une dame d’un certain âge, fanée par les années, courait à perdre haleine en cette journée de printemps frileuse, propice aux amoureux.

   Soudain, elle fit halte devant l’échoppe du fleuriste. En hâte, elle rajusta son chignon et s’avança vers le mignon petit garçon qui gardait la boutique. La dame avait l’air essoufflé

et semblait ne pas trop savoir ce qu’elle désirait. L’enfant, calme, la regardait tout en confectionnant de ses doigts délicats un bouquet de fleurs chamarré.

   D’une voix évasive et suppliante elle dit au garçon qu’elle voulait accompagner de fleurs un billet doux pour son ami. L’enfant lui sourit tendrement et lui répondit presque en chuchotant :

   _Vous savez, madame, les fleurs possèdent leur propre langage et ce langage parle au cœur de façon plus profonde que tous les billets doux. Voilà dix roses pour l’amour,  neuf lilas pour l’amitié, huit boutons d’or pour votre joie et sept bleuets pour la timidité. Voilà six lavandes pour un brin de tendresse, cinq rhododendrons pour l’élégance, quatre belles-de-nuit pour la discrétion, trois perce-neige pour l’épreuve, deux jonquilles pour la mélancolie, enfin, un souci s’il vous fait du chagrin.

   La dame remercia l’enfant en lui posant un dahlia au creux de son gilet puis s’en alla.

   En cette journée de printemps ensoleillée, propice aux amoureux, une dame d’un certain âge, heureuse, flânait cheveux au vent, sur le chemin, un bouquet à la main.

  

   Et sous le ciel bleu oranger, les passants qui la connaissaient en la voyant passer se disaient qu’elle ressemblait à une fleur de lys tant son visage avait changé.

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Published by Yiannis Lhermet - dans Silhouettes
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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 18:24
IMG 5165


   Chaque jour que le bon dieu donne, l’enfant, avant de s’endormir, s’adonne à sa prière. Il salue la vierge Marie et notre père dans les cieux, il souhaite à sa famille mille et un bonheurs, puis il s’endort sous un ciel d’or, paisible.

   C’est sa grand-mère qui lui a appris ces prières qu’il sait par cœur et quand il est bien malheureux ou qu’il désire vraiment une chose, il s’en remet à Dieu.

   Avec grand-mère, le dimanche, il se rend à l’église. Comme il n’a pas droit à l’hostie, il se console en posant des piécettes dans la petite corbeille en osier. Parfois, par terre, l’enfant en remarque une qu’une vieille a laissé tomber. Alors, juste avant le souper, il se propose pour le pain, il retourne à l’église et, fouillant sous les bancs, il trouve un peu d’argent avec lequel il s’offre des bonbons.

   Mais, ce soir, l’enfant est tout agité : dans l’église il a vu  une petite fille en robe bleue et il ne saurait s’expliquer le sentiment qui l’a saisi quand, pour ramasser une pièce; il a frôlé ses doigts frileux.

  

   En cette brûlante nuit de septembre, couché dans la pénombre de sa chambre, pour la première fois, l’enfant a oublié de prier Dieu.

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Published by Yiannis Lhermet et Valère (Photo) - dans Silhouettes
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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 18:14




L’un a le nez sans cesse collé au carreau et les cheveux roux en bataille. Il est trop costaud pour son âge, il cause peu, d’une voix grave : les autres le surnomment le taureau.

   L’autre a le nez sans cesse collé au tableau, les cheveux blonds comme une fille. Il est trop fluet pour son âge, il parle peu, d’une voix douce : les autres l’appellent l’anguille.

   Dès que la cloche sonne, le taureau se rue dans la cour. Il court à perdre haleine, tape dans le ballon, attaque les plus grands, puis il dévore son goûter à pleines dents.

   Pendant ce temps, l’anguille range délicatement ses livres. Il déambule dans la cour, perdu dans ses pensées. Il s’assoit à l’écart, loin des plus grands, qui parfois viennent lui dérober son goûter.

   Une fois dans la classe, l’anguille est remuant. Il ouvre grand ses yeux, s’agite sur sa chaise et il lève le doigt en permanence pour que le maître l’interroge.

   Pendant ce temps, le taureau, immobile, ferme ses paupières de temps en temps. Il se couche sur son bureau et lève les bras au ciel quand le maître lui fait quelques reproches.

   Pourtant, un jour, ces deux enfants que rien ne rapprochait, que seule la solitude unissait sont devenu amis. Comment ? Un jour, le taureau a sauvé le goûter de l’anguille. Le lendemain l’anguille a aidé le taureau à situer l’Afrique sur la carte...

 

   L’Afrique... qui n’est pas si loin de la France.

 

 

 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 19:09

 

Le BateleurTarot 15 sur 2203
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 09:54
21soleil d'hiver

Le soleil de janvier est apaisant…

Assis bien confortablement à la terrasse du café, jouant avec ses clés, il se dit que là, à cet instant, il n’a personne à envier.

Il est en paix avec lui-même.

Il ne voudrait pas être ailleurs.

Il laisse quelques rayons buissonniers bichonner son visage. Il ne pense à rien, sinon à son roman du moment : Aurélien. Cette histoire impossible peu à peu le prend par la main et l’entraîne vers ses amours anciens.

Il n’a jamais su aimer, songe-t-il sans peine et il se dit, philosophe - Ainsi va ma vie, et mes amours ont fait beaucoup de bruit …pour rien, mais avec elle c’est différent.

Il accepte son passé ; l’endroit est propice…les passants défilent…

Son passé lui semble une chanson qui change d’air selon la saison…

Soudain, son œil est accroché par la vie qui bourdonne autour de lui : un enfant capricieux, un couple  d’amoureux, une femme qu’il aurait pu aimer sans doute s’il avait eu quelques années de plus, deux petites vieilles, alertes, aux mains ridées qui jouent avec leur sac à main…

L’odeur du tabac brun lui emplit les narines, son esprit vagabonde ailleurs…

Des sensations confuses inondent sa mémoire…

Ce ne sont pas des souvenirs précis mais de simples instants, des morceaux de sa vie.

Il se revoit assis à sa fenêtre, il y a de ça une dizaine d’années.

Il regarde cet étranger goûtant le même tabac brun, beaucoup de ses illusions se sont envolées, d’autres les ont remplacées :

- Peut-on vivre sans illusions ?

Le monde le rappelle à nouveau…c’est le serveur :

- Autre chose Monsieur ?

- Non merci, l’addition !

La rue, l’heure d’aller rejoindre un ami avant de rentrer chez lui…

Il pense à elle. Elle doit être ravie de passer la soirée tranquille, sans lui,

sans les filles !

Que va-t-elle faire ?

La rue…

On se croirait à une exposition. Sans bouger, il voit défiler des Silhouettes, tableaux singuliers. Ce sont des êtres qui se dirigent vers leur vie…

Tantôt flânant, tantôt pressés.

Ils ont en commun l’air d’être occupés par quelque chose d’important.

Lui, se sent léger, il n’est occupé à rien.

Un instant…

Voilà que le soleil tire sa révérence.

 

Autour de lui les clients du café ronchonnent, il sort de sa torpeur, il tremble un peu, enfile sa veste, se lève, cherche dans sa poche ses clés et s’en va vers sa vie.

 

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