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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 14:24

empreintes

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Published by Yiannis Lhermet - dans Autodafé
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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 13:25

Ce matin là, quand il entrouvrit ses paupières encore lourdes de sommeil, c'est elle qu'il découvrit, sous l'édredon doré, encore somnolente.

Dans ce demi sommeil sa nuque souple, couchée sous une mèche de cheveux, lui sembla une chose si douce, si précieuse qu'il déposa sur elle un doigt délicat, puis deux, rien qu'avec le dos de la main.

   Légèrement, méticuleusement, égratignant ses épaules moelleuses il suivit le sillon de son dos, tentant d'approcher son bassin, en vain et, caressant ses hanches, son petit doigt s'égara, poursuivant à tâtons, orphelin du nombril, de petits bourgeons de beauté fragiles.

Alors ! Ses mains ne suffisant plus, bien sûr, ce furent ses lèvres polissonnes qui se mirent à butiner ses reins  comme un essaim d'abeilles, couronnant l'égoïste dessein du réveil.

   Elle, le coeur encore dans la lune, les membres engourdis, s'étira et, comme s’il allait s'enfuir, vitement vint se blottir tout contre lui.

Ses jambes se recroquevillèrent, ils pelotonnèrent leurs chevilles, tandis que sous la plante de leurs pieds dansaient des fourmis par milliers.

   Paresseusement, ils laissaient s'écouler les minutes.

Une, puis deux, puis trois…

Il fermait les paupières. Il se laissait enlacer, il la laissait s'impatienter

Et, soudain ; bien sûr,  elle lui chuchota à l'oreille, comme si quelqu'un pouvait les entendre, d'une voix légère, boudeuse et tendre:

   - J'ai envie, pas toi?

   Ces mots là furent des notes de musique.

Sa main repartit à l'aventure, ébauchant les premiers accords de leur mélodie future.

   Confiante, d'abord elle se laissa aller, puis capricieuse, pour se venger, elle fit mine de lui résister. Mais déjà sur sa joue il sentait un... puis deux... puis trois petits soupirs, suivis de baisers minuscules qui couraient, couraient comme des araignées le long de son cou.

   Ses seins devinrent tout à coup deux petites perles peureuses, roses, nacrées, sucrées, tremblantes au contact des lèvres; ses mains, dix tentacules inoffensives qui lui mordaient l'échine sans se rassasier puis qui remontent en cadence, comme les doigts d'une pianiste, le long de ses épaules pâles pour achever leur course folle en se cachant dans ses cheveux.

Leurs visages s'éloignèrent, il se reflétait dans ses yeux...

 

Et un beau soir quand  il referma les paumières…

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Published by Yiannis Lhermet et photo d'Hélène Katz - dans Silhouettes
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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 14:23

 

 

 

 

Tout ça c’est des rêves en cascade,

Elle ne m’en voudra pas si j’ironise.

 

Devant nous,

Une foule absente de fièvre

Mièvre, apathique

Une foule qui marche ou crève

A la baguette des discours médiatiques.

 

Demain, il faudra trotter droit

Pour que la farandole se soulève.

 

Pourtant…

 

Où sont passé nos anciennes idoles,

Nos parterres d’étoiles,

Nos idylles ?

 

Voilà le rêve, encore,

La critique acide,

Mais à quoi bon se relever ?

 

Demain,

Il faudra emmerder la vie.

La vie et ses brouillons !

Vivre sans laisse, sans liesse,

Dans le bouillon

Là où s’enlacent

La vie qui se suicide,

Le cœur qui tremble

Et le fleuve qui fuit !

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Published by Yiannis Lhermet
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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 14:22

 

 

 

Blanc, calme plat

Aucune idée cortège

Rien sur elle

Rien sur moi

Pas même un drap.

 

Banalités absentes

Rien au ras des pâquerettes

Mots silences

Rimes rares

Vide

 

Pudeur 

Je n’ai plus l’arrogance d’écrire

De dévoiler

De tenter de décrire

De momifier

Ce qu’elle n’est sûrement pas ou ce qu’elle est.

 

Elle

Elle ne dit rien

Les mots froissent le trait

Salissent la sueur

Et à quoi bon, au fond se répéter

 

Elle ne veut rien du sens

Ni que j’emploi des verbes amoureux

Les mots, tant pis pour eux 

Le langage corne l’idée

Le corps s’est exprimé 

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Published by Yiannis Lhermet
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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 14:19

Manège Paul Munhoven                                                                               Photo Paul Munhoven

 

 

Entre eux, les mots n’existent plus. 

Les mots sont devenus impuissants à décrire la situation dans laquelle ils se trouvent désormais.

Lui, demande à nouveau à boire ; elle, allume une cigarette. Ils voudraient fuir ce silence, avec des mots, n’importe lesquels, ceux des autres, si communs, comme à la télé, mais fuir. Ce qu’il y avait à dire, ils l’ont dit… mal, c’est vrai, mais que dire de plus ?

Voilà qu’ils se sont tus. A présent, il faut à tout prix décentrer le décor, la discussion d’eux-mêmes, faire comme si de rien n’était, ne plus penser.

C’est étrange. L’homme ne perd pas une miette de l’agitation qui les entoure, eux, si discrets, ponctuant à voix basse chacune de leurs phrases, tandis que, tout autour, les consommateurs semblent comme aspirés dans un tourbillon d’excitation, d’excentricité, d’alcool et de musique…

La soirée commence à peine. Voilà que maintenant tout les sépare. Un gouffre de non-dits s’est installé… Il ne faut pas se quitter là-dessus… Mimer un avenir commun, essayer d’instaurer une complicité factice, une dernière fois, une dernière fois....

Pourtant… Il n’y a rien à quoi ils puissent se raccrocher ici : ni la musique, ni l’alcool, ni la foule des fêtards… Rien !

Elle regarde par la vitre les passants emmitouflés dans leurs manteaux ; lui, assis de côté, suit d’un air faussement intéressé les informations sur le poste de télé. Il attend le moment propice pour fuir, mal à l’aise, redoutant cet instant… Sans doute l’a-t-il toujours redouté. Il n’a jamais su quoi dire dans ce genre de circonstances, ni comment s’y prendre…

Faut-il lui donner un dernier baiser ?

C’est elle qui brise le silence.

Enfin elle a trouvé ! Elle a trouvé ce sujet de discussion qui les rapprocherait à nouveau, qui créerait une intimité.

D’une voix ingénue elle dit :

-          Tiens, regarde. Il neige !

L’homme se retourne et aperçoit des milliers de flocons, comme de petits grains de beauté sur le visage de la nuit, envahir le ciel. Il s’engouffre dans ce détail : la neige… Tout le monde aime la neige ! c’est beau la neige ! c’est des souvenirs d’enfant, la neige ! La neige ! C’est l’occasion de faire renaître les mots à nouveau, sans risque… La neige, c’est ne plus parler d’eux, c’est regarder et se taire, partager quelque chose, un même sentiment d’émerveillement… Une dernière fois ! La neige…

C’est leur dernière chance.

Il la laisse poursuivre, il sent qu’elle a besoin de parler, de parler d’elle, de se dévoiler, peut-être pour lui montrer celle qu’il perd en la quittant :

-          Tu sais, quand j’étais petite…

Et elle parle de son enfance, de ces matins où elle s’éveillait et que dehors tous les immeubles étaient recouverts d’un bonnet blanc, des après-midi de luge avec son père, des soirées passées au coin du feu à faire sécher ses mitaines et ses petites chaussettes de laine.

Mais, plus elle parle, plus les mots, les souvenirs, malgré lui, l’agacent. Il la regarde, elle, si quelconque, et il n’en est que plus irrité.

Il songe… Pourquoi faut-il toujours que les gens, inlassablement, ne vivent que de clichés ! Toujours les mêmes anecdotes sur tout et en particulier sur la neige. La neige c’est beau… Mais n’est-ce pas pour la seule raison qu’elle est rare… Et, qu’a-t-on fait de la neige ? On l’a socialisée dans des stations de ski ! Même la neige qui n’était qu’un simple plaisir des yeux est devenue utile, pétrole blanc, produit de consommation… Apprivoisée ! Moi, j’en ai bouffé de la neige. Les voitures bloquées ! Les heures à attendre le bus… les retards à l’école… les vêtements humides, les chaussures pleines de flotte pendant les leçons. Pire ! les pannes de courant, les nuits passées dans la grange après l’effondrement du toit… Et ces dimanches à déneiger le chemin de terre devant la ferme. La neige ! Une attraction urbaine !

Malgré ça, il la laisse poursuivre… Pourquoi lui cracher tout ça maintenant ? Ça n’a plus d’importance… Ce n’est pas de sa faute à elle. Et puis, elle dégage quelque chose d’attendrissant. Au fond, on dirait que ses souvenirs ressemblent étrangement à des cartes postales d’une autre époque. Elle s’attache à décrire minutieusement, avec ses mots maladroits, un petit carrousel sous la neige, la première fois qu’elle a vu tomber des flocons et qu’elle s’était écriée :

-          Maman, pleut fleurs…

Au fond, ce qu’elle aime, c’est la voir tomber, sentir sur sa main moite disparaître un flocon minuscule, venu d’on ne sait où, d’en haut, de loin, et elle trouve ça triste que ces millions de pétales blancs fassent une course folle pour s’en venir mourir sur l’asphalte ou dans les cheveux des passants. L’homme, à son tour, a envie de dire quelque chose de rassurant, de raisonné, quelque chose d’un peu poétique, sans doute pour exorciser son passé de paysan… Toujours, depuis la Fac, il a fui ses origines, se servant du langage comme d’un faire valoir :

-          Tu sais, je crois que les actes que nous accomplissons dans nos vies sont semblables à ces flocons de neige, on a l’impression qu’ils disparaissent, parce qu’ils ne sont plus visibles, mais en réalité, la somme de tous ces actes, à notre insu, laisse dans nos vies, comme les pas dans la neige, une empreinte.

La femme ne comprend pas, elle ne cherche pas à comprendre… Pourquoi philosopher toujours ? C’est triste. L’homme se montre différent pour lui plaire, ne se doutant pas qu’au fond ce qu’elle aime chez lui ce sont ses origines modestes.

Elle replonge dans ses pensées.

La neige. C’est vrai que c’est un peu enfantin comme spectacle, mais que peut-elle y faire, elle, si ce spectacle, à l’instar de la grande musique pour certains, la touche jusqu’à l’émouvoir. « Qu’importe la cause de nos émotions, songe-telle, seule l’émotion compte ». Elle veut le lui dire, elle n’en fait rien. Lui, continue à jouer avec son briquet… La neige n’a pas suffi à relancer la discussion, trop de choses ont été dites ou pas assez… On dirait que les mots que tous deux ont sur le coeur, pareils à ces flocons sur le sol, s’en viennent mourir aux bords de leurs lèvres.

Pourtant, l’homme recommence à parler comme un livre :

-          En vérité, je crois que la neige porte en elle, comme un objet qui nous est cher, une multitude de souvenirs. Ces souvenirs, se manifestent soudain, montent en nous, apportant dans leurs bagages toute une ribambelle d’émotions à la fois nostalgiques et rassurantes. Si le spectacle nous émeut, c’est que nous avons déjà vu la représentation. Voir tomber la neige, c’est écouter une ancienne chanson venue du fin fond de l’enfance frapper à l’improviste à la porte des souvenirs. Et c’est cela qui fait son épaisseur. Un homme n’ayant jamais vu tomber la neige sera sans doute étonné, mais il ne partagera pas avec elle un passé commun. La neige, pour ceux qui l’on déjà croisée, est une étrangère qui égrène, de ça de là, un air qui leur est familier puisque joué sur la portée de leur histoire personnelle.

La femme écoute chacune de ses paroles avec douceur. Mais le silence, impérieusement, reprend ses droits. Si la neige a permis quelques instants une illusoire discussion, elle n’était pas de taille face aux sentiments épars qui les rongent de l’intérieur, si bien que tous deux ne peuvent qu’écouter, déconcertés, l’orchestre de leur cœur.

Ils sont là, immobiles, les lèvres cadenassées, n’osant donner à cette scène l’ultime réplique.

Et ils ne se doutent encore de rien…

Peu importe leur vie future, leur destin et leur avenir, peu importe que l’homme courre à perdre haleine vers une autre histoire, que la femme sanglote des heures dans sa chambre… Peu importe qu’ils se remettent ensemble, ce qu’ils bâtiront par la suite et tout le reste…

Désormais, le moindre petit flocon de neige portera l’empreinte du souvenir confus de cette soirée de décembre où ils se sont quittés.

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Published by Yiannis Lhermet
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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 14:18

3916Chapeau tendu

  

 

   Lisa aime écouter son grand-père parler. Elle attend ce moment où, après le repas, il se lève de table et va s’asseoir dans son fauteuil en rotin près du poêle.

   Une fois installé confortablement, il sort délicatement son paquet de tabac et méticuleusement roule une cigarette.

-          Pourquoi t’achètes pas des vraies, papy ? demande Lisa. Elle connaît la réponse mais ça l’amuse de lui entendre dire :

-          Moi, j’ai toujours travaillé de mes mains, alors tu comprends…

   Les histoires du grand-père, Lisa aussi les connaît par cœur, mais elle ne se lasse jamais de les écouter. Ce qu’elle aime surtout c’est la manière qu’il a de les raconter. Bien sûr, il en rajoute… et puis après…

   Le premier effluve de fumée se disperse dans l’air, l’homme s’enfonce un peu plus dans son fauteuil, il commence :

-          C’était un dimanche…Ma mère vendait des légumes au marché. Moi, j’étais allé chercher des bonbons, mais comme elle avait peur de me voir partir seul, sa sœur, la tante Agathe m’accompagnait. Bref…Sur le chemin du retour, qu’est ce que j’aperçois tout à coup parterre ? Tu le croiras pas…une pièce de cent sous, toute doré. Oh tu sais, Lisa, à l’époque, cent sous c’était pas rien…je ne sais pas, moi…ça devait faire deux cent mille, enfin deux cent nouveaux francs…

-          Trente euros quoi !

-          Oui, quelque chose comme ça. Bref… Je la ramasse, on continue à marcher et, quelques instants plus tard, en face de moi, je vois arriver une dame d’un certain âge, bien mise tu vois, à demie courbée et qui ne quitte pas le sol des yeux avec des mouvements de tête dans tous les sens, comme un pigeon.  Bref… Ta tante, sainte parmi les saintes, l’interpelle en lui disant :

-          Bonjour madame, vous avez perdu quelque chose ?

   Et l’autre répond :

-          Oui, en achetant mon bifteck, j’ai fais tomber une pièce de cent sous près de la petite halle.

-           Moi, tu comprends, je me faisais tout petit. Et à ce moment, ma tante me tire le bras et s’écrie :

-          Comme vous avez de la chance, mon neveu qui est là vient juste de la trouver. Et là, ni une ni deux, elle me prend la pièce des mains, moi je serre ma main, elle me fait les gros yeux et je lâche prise.

-          Je vois le tableau d’ici, dit Lisa enjouée.

-          Attend… Cette garce met sa main pleine de bagues dans mes cheveux et me dit :

-          Tu es mignon mon petit !

-          Puis elle s’en va, sans rien, sans même me donner le sou. Mais c’est pas fini. Le plus drôle c’est que ma tante s’est faite enguirlandée comme du poisson pourri par mon père qui connaissait cette bonne femme… La semaine d’avant, elle lui avait fait des histoires. Elle nous avait acheté un veau qui était crevé et elle voulait que mon père la rembourser. Bref…tu sais combien il coûtait ce veau ?

   Lisa s’écrie :

-          Cent sous, je parie.

   La dernière fois que le grand-père avait raconté cette anecdote, c’était cinquante sous et le veau était une poule mais cela n’empêcha pas la jeune fille de rire pour autant et d’enchaîner :

-          Et la fois du mariage de l’oncle !

-          C’était juste après la guerre. Y avait encore des amerlocs un peu partout et ces gaillards là, ils raffolaient des champignons. Ils recevaient leur paye le samedi matin. Le vendredi, il avait fait un temps de chien, toute la journée il avait plu comme vache qui pisse, je te raconte pas. Bref… Le samedi, une éclairci. Avec ton oncle on se lève aux aurores, à sept heures on est dans les bois avec le tracteur. Là, des cèpes en pagaille, partout, t’as jamais vu ça. Bref… On te fait une récolte du tonnerre, on engrange, on engrange, on fout tout ça dans la beine et on va au village. C’était dix heures, le mariage de l’oncle était à onze. Tu nous aurez vu débarquer, moi, au volent, lui, debout sur la beine, on te fait une de ces entrées triomphales comme si on était sur un char d’assaut. Les gens commencent à affluer autour de nous, ils n’en reviennent pas de voir une telle récolte. Bref… Ni une ni deux on met tout ça dans des cagettes et on liquide le stock. Mais là, on s’aperçoit que c’est déjà onze heures, on a pas le temps de se décrotter et on débarque à l’église en tracteur. L’oncle, il s’est prit une sacrée branlée par ta tante ce jour là.

-          Vous deviez être beau tous les deux ! Qu’est ce que j’aurais donné pour vous voir…

-          Oh… tu, sais y à une photo mais je ne sais pas où elle traîne ma pauvre, depuis le temps.

-          Raconte moi un truc que tu ne m’as jamais raconté… Une histoire triste pour une fois…Je sais pas, moi…

-          Tu sais bien que je ne connais que des fins heureuses...

-          Il doit bien y en avoir une dont tu n’es pas fier.

-          Il y en a une mais…

-          Allez Papy !

-          D’accord… d’accord, ça vient. Dans le village où j’habitais, je ne sais pas, dans les années soixante il y avait une jeune fille de ton âge, une paysanne, la fille du vieux Morel. Bref… Un dimanche, avant d’aller à l’église, elle lavait son linge dans la rivière à côté de la ferme. Tu comprends, à la campagne à l’époque, on avait pas tous ces trucs modernes. Bref… Le vent soufflait fort, si bien qu’une rafale emporta son chapeau. Elle courut pour le rattraper… L’eau était glacée… Le chapeau, entraîné par le vent et le courant s’en alla se perdre on ne sait où. Attend ! Je crois qu’elle s’appelait, Madeleine ou…Giselle. Bref… La gamine était très croyante et n’aurait pas pour tout l’or du monde manqué une messe. Alors, la gamine arrive à onze heure sur la place de l’église, bien mise, son sac à la main, sa robe du dimanche, ses souliers bien cirés mais sans chapeau. Tu comprends, sans chapeau… A l’époque, c’était une sorte de sacrilège pour une femme de venir en ville sans chapeau et à l’église en plus ! Bref… en la voyant arriver, tout le monde la regarda d’un œil mauvais… Personne ne la salua, la gamine baissa la tête, entra dans l’église, chercha une place, à chaque fois on lui répondait :

-          Cette place et prise… J’attends quelqu’un, enfin, tu vois, des trucs de ce genre…

-          Finalement la pauvre enfant s’en alla chez elle en pleurnichant. Elle raconta sa mésaventure à son père, tu sais, le vieux il n’était pas tendre, en entendant l’histoire il la gifla aussi sec. Il refusa de lui acheter un nouveau chapeau, je ne sais même pas s’il avait les sous pour le faire.

   Le grand-père s’arrête un instant, roule une cigarette, Lisa ne dit rien, il souffle une grosse bouffée de fumée puis reprend :

-          La malheur de cette gamine c’est qu’elle ne pouvait pas rester enfermée éternellement chez elle, il fallait quelle face les courses, qu’elle aille chercher le courrier du vieux… Bref, en ville on ne la saluait plus. Dans les magasins, on acceptait l’argent mais, ni « bonjour », ni « merci »… Les femmes la toisaient, les gamins lui faisaient des grimaces, certains allaient même jusqu’à lui jeter des pierres… Le seul qui aurait put lui venir en aide c’était le curé mais on racontait dans le village que c’était de lui qu’était venu cette fronde…

   C’était l’année où ta grand-mère et moi on a aménagé ici. La gamine, je sais pas ce qu’elle est devenue…  Si elle n’est pas morte de honte, elle a sûrement du finir vieille fille, enfin, c’était l’époque tu comprends ? Tout ça pour un chapeau… Un chapeau.

   Pendant quelques instants, Lisa reste contemple le visage du grand-père sans dire un mot. Puis, elle se lève va chercher un verre d’eau, tend un médicament au grand-père et dit tout doucement :

-          Un chapeau… Aujourd’hui, c’est un voile.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 14:04

aurelien soleil d'hiver

 

Le soleil de Janvier est apaisant… Assis bien confortablement à la terrasse du café, il se dit que là, sur l’instant, il n’a personne à envier.

   Il est en paix avec lui-même. Il ne voudrait pas être ailleurs, il laisse quelques rayons buissonniers bichonner son visage. Il ne pense à rien, sinon à son roman du moment : Aurélien. Cette histoire impossible peu à peu le prend par la main et l’entraîne vers ses amours anciens. Il n’a jamais su aimer songe-t-il sans peine et se dit :

-          Ainsi va ma vie, et mes amours ont faits beaucoup de bruit… pour rien.

   Il accepte son passé, l’endroit est propice… Les passants défilent… Son passé lui semble une chanson qui change d’air selon la saison…

   Soudain, son œil est accroché par la vie qui bourdonne autour de lui : un enfant capricieux, un couple  d’amoureux, de petites vieilles alertes aux mains ridées qui jouent avec leurs sacs à main, une femme qu’il aurait put aimer sans doute s’il avait eu quelques années de plus.

   L’odeur du tabac brun lui remplit les narines, son esprit vagabonde ailleurs… des sensations confuses inondent sa mémoire… ce ne sont pas des souvenirs précis mais de simples instants, des morceaux de vie. Il se revoit assis à sa fenêtre, l’année dernière. Il regarde cet étranger goûtant le même tabac brun, quelques-unes de ses illusions se sont envolées, d’autres les ont remplacées. Peut-on vivre sans illusions ?

   Le monde le rappelle à nouveau… c’est le serveur :

-          Autre chose monsieur ?

-          Non… merci… l’addition !

   La rue. On se croirait à une exposition, sans bouger, il voit défiler des tableaux singuliers. Ce sont des êtres qui se dirigent vers leur vie… Tantôt flânant, tantôt pressés. Ils ont en commun l’air d’être occupés par quelque chose d’important.

   Lui, il n’est occupé à rien. Un instant… Voilà que le soleil tire sa révérence, autour de lui les clients du café grognent, il sort de sa torpeur, il tremble un peu, se rhabille, se lève et s’en va.

  

   La vie est pareille à une de ces journées ensoleillée d’hiver. Dans son tumulte, il arrive de goûter de brefs instants de sérénité.

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 14:20

afrique

 

L’un a le nez sans cesse collé au carreau et les cheveux roux en bataille. Il est trop costaud pour son âge, il cause peu, d’une voix grave : les autres le surnomment le taureau.

   L’autre a le nez sans cesse collé au tableau, les cheveux blonds en boucles d’or. Il est trop fluet pour son âge, il parle peu, d’une voix douce : les autres l’appellent l’anguille.

   Dès que la cloche sonne, le taureau se rue dans la cour. Il court à perdre haleine, tape dans le ballon, attaque les plus grands, puis il dévore son goûter à pleines dents.

   Pendant ce temps, l’anguille range délicatement ses livres. Il déambule dans la cour, perdu dans ses pensées. Il s’assoit à l’écart, loin des plus grands, qui parfois viennent lui dérober son goûter.

   Une fois dans la classe, l’anguille est remuante. Il ouvre grand ses yeux, s’agite sur sa chaise et il lève le doigt en permanence pour que le maître l’interroge.

   Pendant ce temps, le taureau, immobile, ferme ses paupières de temps en temps. Il se couche sur son bureau… lève les bras au ciel quand le maître lui fait quelques reproches.

   Pourtant, un jour, ces deux enfants que rien ne rapprochait, que seule la solitude unissait sont devenu amis. Comment ? Un jour, le taureau a sauvé le goûter de l’anguille. Le lendemain, l’anguille a aidé le taureau à situer l’Afrique sur la carte...

   L’Afrique... qui n’est pas si loin de la France.

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 14:16

laurentchimento 5620624 la partie dechecs

                                                    Laurent Chimento, «  La partie d’échecs »

 

Il est tôt ce matin, le soleil flâne encore sur l’oreiller…A pas de loup, l’enfant se rend à l’atelier.

   Tout est calme et un petit chat sort brusquement de dessous l’établi, l’enfant retient un cri, s’arrête un court instant, jette un coup d’œil furtif sur les meubles luisants qui somnolent dans la pénombre, puis se dirige lentement vers la remise. Il retrousse ses manches, soulève un fauteuil empaillé… Au loin, un chien aboie, les cloches carillonnent : on est dimanche. L’enfant sort délicatement de sa cachette une fine planchette, quelques petits rondins de bois.

   Puis, il regarde encore autour de lui, de peur de se faire surprendre. Il gravit l’escabeau, chipe sur la tablette deux pots de peinture noir et blanc, une règle et un mince pinceau.

   Il s’assit sur le sol recouvert de sciure. Sur la planchette, il trace de longues lignes horizontales, verticales qui s’entrecroisent et forment de petites cases ; il enduit de peinture les rondins de bois : un blanc, un noir, un blanc, un noir…Il est consciencieux, appliqué.

   Mais il n’a plus beaucoup de temps, plus que deux jours avant l’anniversaire de grand-père.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 18:56

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Tueurs en série - Les criminels de l’extrême vous plonge au cœur du crime en vous proposant de revivre les actes tristement célèbres de quinze tueurs en série. Issus des quatre coins du monde, ces assassins ont traversé les âges… L’histoire n’a retenu d’eux qu’une seule chose : leur sinistre penchant pour le meurtre en série. La première partie du livre dresse une étude complète des serial killers. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Comment opèrent-ils ? Mais aussi, comment sont-ils traqués par les "profilers" ? Et pourquoi fascinent-ils autant le grand public ? Cette étude préliminaire vous permettra d’entrer dans l’univers des tueurs en lecteur chevronné. Dans la seconde partie, vous escorterez jusqu’à l’échafaud Landru, le Barbe Bleu de Gambais, et vous plongerez aussi au cœur de la Hongrie de la Renaissance avec Élisabeth Báthory, la comtesse sanglante, avant de découvrir l’Angleterre du 19ème siècle avec l’insaisissable Jack l’Eventreur. Puis, vous pénétrerez au pays des plus célèbres tueurs, les Etats-Unis, où ont sévi Aileen Wuornos, la demoiselle de la mort, Ted Bundy, le tueur de femmes et Charles Manson, le gourou. Le style bref et incisif de l’ouvrage remet en scène avec justesse les crimes du sorcier Ahmad Suradji (Indonésie), du sadique de Romont Michel Peiry (Suisse) ou encore du tueur à l’échiquier Alexandre Pitchouchkine (Russie).

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