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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 08:21


Différent…

De l’adolescent timide… Du jeune homme ténébreux…

Tu ne saurais le dire précisément.

Tu n’as jamais eu de révélations, d’évènements majeurs qui tout à coup ont chamboulé ton être en profondeur.

L’alcool…

Tu as toujours eu un rapport conflictuel avec la boisson.

De là à te dire alcoolique...

Comment as-tu arrêté de boire, pourquoi ?

 Tu n’en es pas sûr.

Bien sûr, le temps…

Entre le constat, la décision et puis sa mise en application, les mois se sont écoulés.

Il ne suffit pas de s’exclamer :

_ J’arrête.

Il faut vivre avec.

Tout réorganiser.

Pendant longtemps…

Ton corps reçoit une charge émotionnelle trop importante, tu picoles.

Tu picoles à te mettre minable à n’importe quelle heure de la journée, tout seul. Lui, sur l’instant  cadenasse tes émotions, les balaye mais sur la durée il attise ton mal de vivre.

Mais ce n’est pas tellement Lui, c’est toi ! C’est ton esprit perdu qui inflige à ton corps le même châtiment.

C’est bien cela, un châtiment.

Tu es paumé, tu te crois mauvais et tu le pointes du doigt, Lui, comme la cause de tous tes revers.

Il est le seul fautif, tu ne réfléchis pas plus loin…

Voilà le sillon.

A force, ton cerveau associe tes échecs sentimentaux et professionnels à la prise d’alcool. Il te dégoûte, il est ta morphine… Voilà bien longtemps que tout effet euphorisant a disparu, que toute portée conviviale n’existe plus.

Tu bois.

Non pas que tu aimes ça mais pour que cesse la douleur.

Tu ne supportes pas d’avoir mal.

Tu ne t’en sors pas.

La douleur revient… la douleur… plus forte, plus dure, chargée à présent d’un mal physique.

Tu trembles à l’idée de surmonter l’épreuve.

Tu t’enfermes.

Tu vis d’ascension et de chute.

Journées d’ivresse…

Rien n’a plus d’importance.

Tu sens monter en toi les pires traits de ton caractère.

Tu n’as envie de rien, ne crois en rien, tu te flagelles nerveusement.

Encore une gorgée et tu culpabilises.

Tes parents, tes amis…

Désœuvré, angoissé, tu entasses les bouteilles dans ta chambres qui se transforme en aquarium tant tu es dégoûté à l’idée d’ouvrir les volets.

Tu mens.

Seul, tu projettes inlassablement ta vie future, tu cherches des réponses à ce mal qui te ronge.

Ni tu te laves, ni tu t’habilles, tu vas de ta chambre à l’épicerie la plus proche.

Tout devient flou et tu te crois sans avenir.

Tu te sens faible, tu n’as pas mangé de la journée, tu trembles.

Une question t’obsède : devras-tu te saouler à chaque fois qu’un évènement vient court-circuiter ton existence ?

Pas d’avenir possible.

Tout a disparu.

Il a tué en toi tout désir de bonheur, de vie simple, de projets.

Il s’en prend maintenant à ta personnalité.

L’estime que tu as de toi-même, tes qualités, ton état d’esprit, il est là et il a tout englouti.

Tu lèves le coude, tu te méprises. Chaque gorgée te dégoûte, mais tu ne veux pas revenir à toi, pas encore, pas tout de suite, demain…

Tu sais qu’il te faudra du temps, tu sais les jours d’insomnie qui suivront, la sueur, les fringales, tu es au bord du trou.

Sombrer complètement, plus profondément que jamais pour te relever.

Tu ne vois pas les risques.

Et tu hésites à revenir, au monde, à la vie.

Ta chance ?

Tu n’as jamais commis d’actes irréparables.

Tu continues…

Tu ne te protèges pas, tu ne te connais pas, ne t’apprivoise pas.

Tu voudrais être fort et tu luttes contre tes émotions.

Tu chevauches tes illusions en t’engouffrant dans des brèches qui peu à peu se referment sur toi avant de t’engloutir.

Tu sais pourtant les prémices de sa venue.

Une émotion intellectuelle trop dense, une espérance démesurée, un déploiement inconsidéré d’énergie…

Tout cela annonce des journées d’ivresse.

Tu ne connais pas d’équilibre, tu ressembles à un alpiniste qui veut grimper tellement vite une falaise qu’il ne prend pas la peine de s’assurer et qui enfin arrivé au milieu, à bout de force, se laisse tomber. Il panse ses plaies, il met du temps à se soigner et énervé d’avoir chuté, de devoir tout recommencer, il décider d’escalader encore plus rapidement pour rattraper le temps perdu.

Ta vie va son va et tu cours après une ombre, une fois à sa hauteur elle s’esquive, pour ne laisser en toi que vide, désillusion, fatigue.

Et lui.

Lui qui ne demande pas qu’on se batte pour lui, qui t’offre simplement l’anesthésie.

Ne t’étant pas détruit, le corps tremblant, la barbe ronflante, tu écumes ta chambre jonchée de cadavres de bières, de mégots de cigarettes, de morceaux de pizza.

Tu enroules tes draps sales…

Tu reviens à la vie.

Encore une fois.

Tu as voulu mourir.

Non pas ne plus exister définitivement, mais ne plus être quelques temps.

Etre ailleurs, sortir de toi…

Dormir éveillé, faire taire les voix, dire merde au monde et renier tes obligations, être libre dans ta dépendance.

A chaque fois, tu te détruis un peu plus sans te supprimer.

 

Tu reviens de ces journées avec Lui comme un immigrant sur sa terre natale.

Voilà la journée de mise en quarantaine.

Film débile, cigarettes, café, les tremblements, la douche, les gaz, l’estomac qui aboie, le foie qui transpire… tu n’as pas faim. Tu ranges, tu fais disparaître les preuves, ton cerveau  se rallume et la culpabilité t’assène ses plus froides morsures. Tu les supportes.   

Le film… Pour être ailleurs, encore mais sans se détruire, tu tentes en vain de concentrer ton attention.  Tu énumères les gens que tu as dû blesser, tu veux appeler Milena pour te sauver.

A fleur de peau, hypersensible, tu sens les larmes monter, tu les comprimes.

Un bain…

Tu laves ce corps qui ne comprend toujours pas pourquoi tu l’as violenté.

Tu débroussailles ton visage et regarde longtemps dans la glace les cernes sous tes yeux.

Tu prolonges la nuit… tourne et vire…

Tu ne peux sans lui t’endormir.

Les sueurs, la fringale…

Tu vas dans le frigo pour dévorer un vieux bout de pizza.

La radio…

Tu ne supportes pas le silence.

Et ça bringuebale dans ton esprit.

Tout ça…

Ta vie.

Tu te revois tenant à peine debout ou allongé ivre sur ton lit, ça te fais mal, tu ne vois pas de solution pour t’en sortir, tu ne te reconnais plus.

Il est très tôt et tu te réveilles…

Gorge pâteuse, yeux suant des larmes, et cette odeur de transpiration…

Tu veux te rendormir, dormir, ne plus penser, dormir…

 

Les jours qui suivent…

Chaque action te parait tellement difficile...

Il faut tout réapprendre.

Tu reprends ton boulot.

Tu effaces les traces, et tu tentes de faire la paix avec toi-même.

Voilà longtemps que tu ne dis plus :

_ Plus jamais.

Quelques jours…

Tu vois à nouveau clairement ton avenir, tu tresses de nouveaux projets pour te pardonner, tu écris fiévreusement, tu cours aux quatre coins de la ville.

Tu ne comprends pas !

C’est Lui le seul fautif !

Tu rencontres des gens…

Tu es troublé d’être à nouveau face à la vie.

Tu mesures le temps perdu à boire.

Tes amis, les personnes que tu interviewe, tout ça te redonne du courage et putain qu’est-ce que tu regrettes.

Tu te convaincs à nouveau que ta vie est là.

Dans les rencontres quotidiennes, dans ta construction personnelle, les étapes à franchir.

Tu trouves de quoi t’excuser.

S’il n’y avait pas eu ce coup de fil de Milena, cette déception au sujet d’une publication, s’il n’avait pas eu… C’est sûr tu n’aurais pas bu !

 

Les semaines s’enchaînent, tu redécouvres tout.

Les charmes du quotidien, tu reviens.

Le goût des aliments, tu reviens…

Les soirées passées devant la télé, tu reviens…

Le cinéma, les femmes qui te sourient dans la rue, tu reviens…

Tu es un nouveau-né.

Autour de toi les autres ont poursuivi leur vie, ils n’ont rien remarqué de tes écarts ou si peu, ils t’ont déjà tous pardonné, tous… sauf toi.

Tu redémarres une nouvelle existence, sans lui, tu te remets à croire.

Toujours dans ces ascensions et ces chutes tu cherches un équilibre.

Impulsif dans tes choix, dans ta façon de boire à outrance jusqu’à te mettre minable… Entre deux cuites tu te démènes, sillonne la ville sur ton vélo, envoie des dizaines de manuscrits.

Et tu comprends.

Tu comprends peu à peu que ce n’est pas Lui, mais bien toi, ta manière de réagir, de fonctionner, de t’engager, qui ne va pas.

Tu as peur, c’est facile de tout lui mettre sur le dos.

Selon toi il te suffirait de ne plus boire pour que tout rentre dans l’ordre.

Tu poursuis cette illusion, cette quête d’une rupture soudaine avec l’alcool.

Tu crois qu’une publication, une femme, un boulot stable, que sais-je encore viendront te sauver.

Tu crois encore aux miracles.

Pourtant.

Tu ne vois que c’est par petits coups de pinceau que ta vie prend la forme d’une toile.

Revenons au début.

Tu veux t’en défaire mais il est une tique que tu arraches sans enlever la tête.

Il faut que tu repenses tout en toi, que tu panses les plaies, que tu fasses le deuil du passé et qu’enfin bordel, tu acceptes de souffrir.

Sans tourner le dos…

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Published by Arthur Vertou - dans Projections (roman)
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