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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 11:29




Il reviendra sans doute…

C’est sûr…

Le temps où tu as voulu te détruire.

Je m’y attends,  je m’y prépare… avec quelques trucs que j’ai appris, des trucs, enfin… ce n’est pas grand-chose.

L’alcool.

Pourquoi pas le suicide ?

Tu es trop fier.

Non ?

Tu croyais au destin.

Ton destin. 

Qui devait venir te saisir dans ton capharnaüm.

Ton destin chaque jour à la bourre.

Tu te serais suicidé peut-être, sans cette naïveté.

Te voilà.

Tu utilises l’alcool comme le moyen louable de ne plus penser.

L’alcool…

A part dénicher de quoi se bourrer la gueule et éventuellement quelques complices pour le faire sans trop de culpabilité, rien n’a d’importance.

Non, rien n’a d’importance…

Envolés,  désirs de femmes, factures, obligations envers les autres, envers toi-même…

Et patati et patatras !

Il t’est arrivé d’en trouver des filles.

Aussi perdues que toi… 

Tu leur plais, tu les intrigues, elles te poursuivent…

Elles croient voir en toi un être profond.

Soirées d’ivresses poétiques où les yeux vides vous débattez d’un monde qui va tellement de travers qu’il vous faut bien ça pour ne pas tomber à la renverse.

Tu ne peux les aimer.

Elles sont une présence.

Elles te ressemblent.

Et te renvoient l’image de celui que tu veux fuir.

Je te l’accorde, vous êtes parfois touchants, enlacés l’un contre l’autre dans des draps sales, la chambres décorée de canettes de bières et de portraits peints à la main… par celles qui se disent artistes, comme toi.

Elles ont du talent, là n’est pas la question.

L’alcool, les discussions, vous vous satisfaisez d’un rien, le sexe même n’a pas tellement d’importance.

Une présence, pour ne pas être seul, pour être ailleurs.

Le monde s’éclipse.

Mais ça  ne suffit pas.

Ca ne suffit pas les baisers distillés sur vos lèvres ivres.

Tout à coup se sont les éclats de colère, les insultes, les larmes aux yeux, les coups de tonnerre, les corps qui tremblent, et votre incompréhension mutuelle.

Vous avez trop mal pour aimer, pour vous intéresser à la souffrance de l’autre, la comprendre.

Ni elles, ni toi, ne pouvez vous convaincre d’une enfance malheureuse, ni d’avoir des problèmes d’argent…

Le mal de vivre !

L’impossibilité de vous tailler une place à la hauteur de vos espérances.

C’est aussi simple que cela.

Une fois ivre, tu ne maîtrises plus rien.

Ni tes mots, ni tes actes.

Tu as conscience de tout ça mais sciemment tu t’y enfonces, tu bois au moment où tu es le plus fragile, tout seul, comme si tu ne supportais pas cet état.

Tu égrènes ta vie qui avance comme une montagne russe.

Tu bois et tout s’efface, tout à coup !  Tu ne respectes plus aucune convention sociale, tu n’as plus rien d’humain.

Il me semble que tout ce que tu as comprimé, tenté en vain de semer, toutes ces choses non résolues que tu as fui, ressortent sous l’effet de l’alcool.

C’est une irruption volcanique du mal qui t’habite et que tu ne peux comprimer plus longtemps, il faut que ça sorte au risque de te détruire.

Ivre tu es aux antipodes de ta sensibilité naturelle, affranchi de tout sentiment, un chien enragé qui brise ses chaînes, dangereux pour les autres et pour lui-même.

Rien n’est dû au hasard.

Je crois simplement que ces sessions de bitures redondantes expriment quelque chose de plus profond, elles vivent car tout ce qui te tracasse, te dérange, toutes ces émotions que tu enfouis bien profondément, que tu assassines, tu ne les regardes jamais en face.

Ton problème n’est pas tellement de boire ou d’arrêter, mais d’une fois pour toute faire la paix avec toi-même.

Accepter ce qui t’a fait du mal, en parler et ne plus avoir peur d’être fragile.

Combien de fois as-tu failli mourir.

Sur ton vélo, dans la rue, dans un bar…

Tu perds le contrôle.

Tu blesses ceux qui t’aiment pour qu’ils voient en toi le pire et ne détournent pas les yeux.

Toi tu ne t’aimes pas et tu ne comprends pas qu’on puisse s’attacher à toi, encore moins que l’on veuille te sauver.

Il est là.

Tu te demandes souvent où en serais-tu de ta vie sans l’alcool et tu culpabilises. Tu es sûr que tu aurais mieux réussi.

Tu lui reproches tous tes échecs, ça te rassure.

Parfois tu te demandes si comme le clame Bukowski, on peut être alcoolique et bien dans sa tête, si l’on peut vivre avec lui sans subir les affres de la culpabilité, cohabiter avec lui et y trouver un terrain favorable pour une vie sociale épanouie ?

Sans doute est-ce possible mais c’est une question de temps avant que le corps réagisse d’une manière hargneuse et gangrène l’esprit, dès lors c’est la chute.

Tu en es arrivé là et sans ce rapport malsain, tu n’aurais pas réagi.

Ce rapport exhaustif qui n’est que le reflet du rapport conflictuel que tu entretiens avec la vie en général.

Que ce soit au niveau de tes dépendances, tu fumes et tête de la caféine sans mesure, tu aimes sans concessions, tu te plonges dans l’écriture sans lever les yeux et bosse jusqu’à que ton corps n’en puisse plus.

Excessif en toutes choses, voilà ce qui te ronge.

Tu ne peux boire, aimer, rêver, manger, fumer, vivre faire des projets, apprendre, désapprendre, lire raisonnablement.

Dès que tu te lances dans quelque chose, il faut que tu cavales, tes désirs sont des fringales qui une fois inassouvies te donnent la nausée tant tu les a mâchées et remâchées…

 

Pendant quelques temps tu essayes de travestir ton alcoolisme, de le rendre compatible avec ta vie sociale.

Lors des soirées avec tes amis au lieu de commencer à boire à l’apéritif et de te rafraîchir la gorge tout au long de la soirée, tu te retiens.

Tu commences seulement à picoler après le repas, vers 22 heures.

Tu fermes les yeux…

La première gorgée est comme une décharge électrique ranimant un noyé, tes membres engourdis par la fatigue se réveillent, voilà l’adrénaline…

Ton corps s’épanche agréablement, tu cesses de te raidir et te laisse couler dans le fauteuil, tu ne ressens plus de nervosité, de dilemme intérieur et il te semble que tu profites enfin, pleinement, de ta soirée.

Tu tentes de boire normalement. Tu te contrôle, ne prenant à chaque fois que de petites lampées, diluées dans un laps de temps raisonné…

Tu te fixes une certaine heure pour te resservir un verre.

Tu décentres le plus possible ton esprit de l’alcool, en t’intéressant à la conversation, en mimant l’attitude des autres, pour qui, vraisemblablement, l’ivresse n’est pas une finalité en soi, mais un moyen inoffensif, maîtrisé, d’en atteindre un autre : le plaisir, une sensation de bien être, de relâchement, de décompression.

Tu te jures une énième fois que ce soir là ce sera différent…

Il faut que se soit différent, pour que ne pèse plus sur tes épaules cette épée de Damoclès qui t’empoisonne en permanence.

Il faut que ce soit différent pour que tu te sentes normal.

En même temps que tu vides ton verre, tu augmentes les doses, les gorgées…

Un désir d’action te pénètre en même temps que tu te saoules.

Tu ne te contentes plus de cette réalité sociale, tu as envie de bouger, ailleurs, là où tu penses qu’il pourra t’arriver quelque chose.

Ici, la discussion t’agace, tu te renfrognes et bois encore plus.

Tu es ivre et ça ne changera pas le cours des choses.

Tu n’as plus rien à dire, sinon à balancer des jeux de mots débiles pour amuser la galerie où à faire des allusions sexuelles…

Tu veux à tout prit du mouvement, tu lances l’idée d’aller dans un bar, personne n’est motivé.

Il te semble dès lors que seul l’alcool peut enclencher une évasion...

Mais voilà qu’il n’y en a plus !

Cette idée t’est insupportable, il faut que tu ailles en chercher, personne ne t’accompagne, ils ont tous à faire le lendemain.

Tu pars à la recherche d’une bouteille.

Et de quelques femmes fantôme de la nuit avec qui la partager.

Tu ne fais rien et ta vie sociale se résume à ça, à ces soirées qui doivent te sauver de la solitude.

Un de tes amis se porte volontaire pour t’accompagner dans une errance nocturne.

La ville.

La quête d’une épicerie ouverte pour prolonger l’espoir…

Une place.

Celle où Milena disparaîtra un jour…

Le Bar peuplé de types louches et d’amours lâches, des filles ivres qui dansent autour des tables, la solitude, le mur !

La réalité décevante, la facilité, l’oubli, le combat perdu d’avance…

Retour à la case départ.

Le canapé de l’appart, à côté de la table où ronronnent les cadavres…

Il n’y avait plus personne ici quand vous êtes revenus avec l’alcool.

Une discussion littéraire, la bouteille qui tourne, les moments de vies qui s’égrènent, les confidences, les projets…

Toujours les projets !

Tu rêves de quoi ?

Tu rêves, c’est tout.

Encore une heure, puisque le lendemain tu auras horriblement mal au crâne, puisque demain sera une journée veuve et que pour rêver il faudra boire encore !

 

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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