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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 10:34



Mais avant de parler de Milena, voilà qu’il te faut vomir l’âge bête, t’en extirper !

Aller plus loin…

Recracher !

Tout ce qui peu à peu t’a grignoté ces dernières années, la rancœur, l’illusion.

Tes potes, aussi…

Il n’y a pas si longtemps…

Tu ne fais rien sans eux.

Tu n’avances une idée qu’à condition qu’elle soit validée par la troupe.

Le groupe !

Cette entité étrange qui crée et détruit les valeurs, qui t’insuffle une manière de t’habiller, te met dans les oreilles telle ou telle musique, vient jusque dans ton cœur te chuchoter quel genre de fille tu dois aimer.

C’est l’époque des cheveux longs et des chants libertaires, des idées lancées sur la table africaine…

Des soirs d’ivresse !

C’est l’époque du tout ou rien et de 1984…

Des rebellions de bas étage ! Orchestrées par Arthur, Jim, Bob, Georges, John, Jimmy et Serge...

Tous ces types croyant cracher à la gueule d’une société qui roupille !

Vos vies, à vous les jeunes sont monotones….

Vous avez tous tant d’énergie à gaspiller, qu’il faut bien torturer vos corps le samedi soir !

N’aie pas honte de ta jeunesse !

Le passé ne reflète en rien celui que tu es aujourd’hui !

Il n’est que le brouillon de l’homme que tu deviendras demain.

Fais en le deuil, de ces 20 ans atroces.

Tu aurais pu mourir là bas, je sais.  Et souvent tu t’étonnes d’être arrivé ici.

Ecoute !

Tu n’as rien fait d’irréparable, c’est ce qui compte !

Et puis…

C’est l’apanage de tous les êtres un peu fragiles que de bâtir un petit nid douillet, pour leur mal de vivre.

Tous tes amis souffrent aussi.

Ils ne parlent vraiment que sous alcool, sans ça ils restent taciturnes, disent de mauvaises banalités en se cachant le visage.

Vous restez toujours entre vous !

Vous ôtez le masque autour d’une bouteille de vodka et soufflez vos renoncements dans un effluve de cannabis.

Réfléchis-y maintenant !

Tu es là entouré de tes sosies difformes !

Ta bande de potes…

Sacrée !

Ta bande avec ses codes.  Différente des autres à peu d’égard…

Aucun de tes amis ne semble vraiment épanoui, aucun n’a vraiment de lien social avec l’extérieur, la réussite professionnelle n’est pas une valeur et vos visages souriants ne sont que des déguisements...

Avec vos airs virils vous semblez tous des amputés du cœur, l’alcool, vous rend à fleur de peau.

Vous comprimez tous ça, en vain !

Vous n’avez en commun que peu de choses, au fond !

Des délires absurdes, la défonce… la musique, voilà la trinité !

Les filles ? Les filles. Les filles…

Entre rêve et réalité !

Elles animent vos discussions, vous n’en voyez que rarement. 

Vous méprisez l’idée du couple ! Vous cherchez de l’exceptionnel !

Vous méprisez les filles sûres d’elles, épanouies, qui vous tiennent têtes.

Vous aimez les filles tristes, mal dans leur peau, artistes sur les bords, les larves à l’intérieur desquelles vous projetez un papillon. 

Les autres types qui ne font pas partie de votre bande vous agacent.

Les trop sérieux, les carriéristes, ceux qui ne fument pas, ne boivent pas, n’aiment pas la chanson française…

Vous reniez les valeurs de la société, vous projetez de la changer plutôt que de vous y fondre. Vous semblez vivre dans un monde renversé !

 Je vous revois écoutant religieusement une chanson composée par l’un d’entre vous…

Je vous entends encore chanter à gorge déployée des airs bréliens, crachant quelques paroles mauvaises sur les femmes…

Les femmes… décidément elles ne vous comprennent pas !

Les quelques filles que vous connaissez vous les étouffez, elles n’ont dans votre groupe que la place de faire valoir, et semblent des potiches dans ces colloques alcoolisés.

Les filles vous effraient !

Elles mettent en danger ce petit monde.

Vous ne les connaissez en sommes qu’à travers des chansons.

Les filles que vous côtoyez ne vous satisfont pas. Elles sont toujours en dessous de celles que vous idéalisez, femmes fantômes peuplant les recueils romantiques. 

Vous aimez les garçonnes un peu artistes, jurant, crachant, buvant autant que vous, roulant des joints…

Les filles fluettes, habillées à la root’s avec un visage angélique.
Les autres… étudiantes assidues : trop gentilles, trop dans le coup, trop ci, trop ça pour être à votre goût… Pourtant, une fois ivre ça n’a plus tellement d’importance !

Ne renies rien, porte celui que tu étais !

Ce fut ainsi, tu grandissais…

Ceux que tu as croisé tout au long du chemin t’ont construit doucement…

Chacun esquissant un morceau de toi-même.

Tu as compris, à force d’expérience que ta vie n’était pas là.

Tu as couru, tu t’es enfui, tu as aimé et tu es tombé dans des trous…

L’alcool, les rêves, souvent déboussolé, tu as fait ce qu’il faut, à ta manière, pour te trouver.

L’âge fragile…

Ta vie… laboratoire d’expériences, au diable les idées !

Et comme moi tu sais qu’il n’y a pas de vérité.

Non ! Tu n’as pas perdu ton temps, tu t’es détruit pour te créer !

Va, encore, à contre sens !

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 13:49




Tes premières chansons…

Elles sont de toi, elles te satisfont.

Mais tu ignores tout, encore ! Tu te protèges… Par un certains mépris, des autres disciplines.

Ca dure un temps.

Mais qui aime l’art, qui sent en lui rugir une vocation, ne peut, s’il veut progresser, négliger ses ramifications.

Au début tu vis un peu comme un croyant extrémiste qui condamne toutes les religions différentes de la sienne, et qui pêchant par orgueil ne comprends pas que s’il s’y intéressait un temps soit peu elles renforceraient ses propres convictions.

Il en va de même pour l’art.

Qui choisit de ne se consacrer qu’à un de ses pendants, de mépriser les autres, ne peut être un artiste…

S’il en est !

Cracher sur la chanson quand on est poète…

Sur le cinéma quand on fait du théâtre…

C’est restreindre son champ de vision et ses possibilités expressives, sa créativité.

Tu ne le fais pas réellement par mépris.

Tu as peur.

Peur de cette manière de s’exprimer qui ne te parle pas encore, peur de cette sensibilité qui ne t’étreint pas ; au lieu d’y voir un apport constructif, dynamique pour ta propre discipline, tu y vois une concurrente, un ennemi, qu’il te faut rabaisser.

Tu es effrayé à l’idée de t’y essayer, d’être mauvais, de repartir à zéro, mais surtout d’être chamboulé… de te savoir en danger.

Combien de fois as-tu vu l’œil envieux et nostalgique d’un type fixer tes doigts alertes sur le manche de ta guitare, avant de te glisser :

_ Je m’y étais bien mis une fois mais… Si j’avais un peu plus de temps…

La guitare ça fascine toujours les gens, c’est comme la poésie.

Si les artistes sont tellement adulés, mystifiés, n’est-ce pas pour la raison que Monsieur Tout le Monde se rêve artiste ? Il aime à penser que ce sont des êtres supérieurs, torturés, doués dès la naissance et qui créent une œuvre, d’un coup, en un éclair de génie…

Mais Monsieur Tout le Monde va au spectacle et se pose dans son fauteuil.

Il ne veut pas voir les ratures, les brouillons, le tâtonnement incessants, tous les vilains petits canards qu’il faut pour faire un cygne.

Ni toi, ni moi… personne n’est doué, ni Rimbaud, ni un autre, ceux qui écrivent sont simplement des travailleurs animés, des artisans acharnés qui ont besoin de créer pour vivre.

Qu’importe que se soit mal ou bien, leur rapport malsain, qu’importe !

L’écriture est amère.

Si le menuisier peut admirer son meuble le soir, nous n’avons toujours à nous mettre sous la dent qu’un morceau de papier.

Et puis c’est vrai, si le verbe libère,  il nous enchaîne d’une autre manière.

 

Regarde-toi !

Combien de temps pour casser la gueule à tes maîtres ?

Tu ne comptes plus les poèmes palimpsestes…

Combien d’heures à écrire pour s’affranchir du style des écrivains crevés !

 La poésie…

Je crois, qu’éternellement,  pour la plupart, elle commencera à Hugo et s’arrêtera à Prévert.

 « Les sanglots longs… », « Demain dès l’aube »… La poésie est liée à l’enfance, à l’école, et toutes les approches modernes leurs sont inconnues ou insupportables. Aujourd’hui la poésie est un enfant dont la croissance est foudroyée par une maladie, la poésie ne grandira plus sans doute.

Tes premiers écrits…

Tu ne brodes pas des vers sur ce qui t’entoure, tu ne prends pas ton inspiration dans le monde que tu habites mais, et c’est, je crois, le travers de la plupart des apprentis écrivains, tu puises des bouffées verbales, des rythmes, des sons, au canevas de tes lectures. Les mots sont démodés, Nuits, Etoiles, Cœur, Nature, Fleur

Ca sonne, là, bien au chaud, confiné dans tes alexandrins grassouillets, mais, c’est drôle, tu ne ressens rien…

Tu te forces à t’émouvoir comme tes prédécesseurs devant un paysage, mais rien n’y fait.

Rien n’est vrai, tous ces mots peuplent ton imaginaire. Ces mots marqués au fer rouge. Tu n’a rien de moderne, tu crois que la poésie, doit être foncièrement poussiéreuse, ne peu s’étoffer du vulgaire de la réalité.

Tu vas de part la nature en quête de toi-même. Elle est là, elle a son charme apaisant, tu aimes t’y balader, mais la nature ne te parle pas, elle ne véhicule plus rien ou presque, elle ne fait plus parti de ton quotidien.

Un temps tu essayes de la magnifier en de longues descriptions. Les sonorités coulent et glissent sur le papier, majestueuses, les rimes riches papillonnent à chaque fin de vers, mais tu ne ressens rien.

Alors jeune barbouilleur de pages blanches tu t’en veux de ne pas déceler ses secrets qui, tu t’en convaincs, ne parlent qu’au cœur des initiés.

Tu fais semblant, tu feins l’émotion, mais ils sont là les autres, ils sont là et leurs œuvres pèsent sur toi.

Tu les aimes… Tu entends leur voix !

Je les aime aussi mais d’une autre manière.

Pas pour ce qu’ils disent, encore moins pour la manière fanée qu’ils ont de le dire mais pour ce qu’ils sont à une époque bien précise, dans un certain contexte.

Je les aime pour le chemin qu’ils ont tracé et qu’il faut suivre un temps pour se trouver.

Ils ne te demandent rien, eux, surtout pas que tu les imites.

Surprend-les !

Dans l’art plus peut-être que dans la vie il est infiniment difficile d’être soi-même.

Combien ont vécu comme de pâles copies, combien ont fait leur beurre sur la caricature d’un Dostoïevski, d’un Renoir ou d’un Elvis ?

Et puis il y a l’image que l’on veut donner aux autres.

Tu as peur de montrer celui que tu es réellement.

Tu te caches.

Derrière un idéal poétique.

Tu voudrais que l’on t’aime pour ce que tu écris, tu voudrais leur montrer que celui qu’ils voient tous les jours n’est que la pâle marionnette de celui qui peuple tes feuillets et qui par pudeur ne se dévoile jamais.

Te revoilà. Brossant au pinceau du mensonge le faux réquisitoire d’un amour de comptoir… puisant, ça et là, sur ta palette, quelques couleurs café au lait.

Tu mens encore car les outils dont tu te sers sont surannés et ce n’est pas le sens qui guide tes pas mais les sonorités !

D’un coup te voilà malheureux…

Après avoir employé le mot « fleur », tu n’as en tête parce que c’est joli, parce que c’est de rigueur… que le mot « pleurs »… C’est un leurre…

Tu écris pour que ce soit beau ! Que les phrases s’échouent, comme des vagues au rocher de la rime, tu écris pour séduire une étudiante… Tu refuses de te servir de mots modernes, Web Cam, P.C, relou, tous ces matériaux nouveaux, chargés de sens, d’idées, riches en sonorités, qu’y font ton époque et celui que tu es, et que tu snobes.

Alors peu à peu tu vires de bord, radicalement !

Tu veux surprendre !

Tu embrasses l’écriture automatique, le règne du signifié sur le signifiant.

Tu explores de nouvelles formes, tu coupes, cisèles, fractionnes les mots, avec plus ou moins de réussite : « l’innocence, lie nos sens ».

Tu te mets à mépriser les poèmes classiques ! Tout ce que tu as écrit jusqu’alors, comme tu le fais avec ta vie ! Tu chéris la « Lettre du voyant », t’aventures, fiévreux, sur les sentiers saillants de l’inconnu.

Pourtant…

Dans cette nouveauté, tu te perds… Ne te retrouve pas !

Mais tu avances !

Tu crois comprendre des choses…

Par exemple que l’art pour l’art est dégueulasse au cœur s’il ne raisonne pas dans l’être qui le crée.

Tu te mets à penser que rien ne sert d’écrire ce qu’aucun autre que toi n’a encore dis, mais peut-être qu’il faut poser sur le papier, ce qu’aucun être à part nous-mêmes n’aurait pu dire.

Ne pense plus à ça… pour l’instant !

C’est difficile.

Faut-il encore pour tout cela mettre du cœur à l’ouvrage, avoir le temps, l’esprit disponible, la force de descendre en nous, le courage, aussi, de ranimer ce qui est enterré, accepter les risques, savoir écrire de l’inutile.

Mais tout devient plus simple un jour, comme dit Rilke, il faut sentir que si on nous enlève ça on ne pourrait plus vivre.

Ce que j’en dis, moi ! Et bien…

Tu es moins sûr de toi dans le bon sens.

Moins vindicatif !

Moins arrogant !

Moins orgueilleux aussi...

Je te sens aussi moins timide, tu hausses les épaules quand Milena lit un de tes poèmes…

Pour la suite…

Regarde, autour de toi ce que chaque situation à de poétique.

Ecoute les conseils de tes amis sans te sentir blessé, un œil nouveau est toujours appréciable et combien de fois un de tes potes t’as aidé à améliorer un texte.

Prends le risque d’être mauvais, de construire des bâtiments qu’il faudra par la suite déglinguer ou réaménager… qui prendront un sens différent, plus tard.

Aie confiance !

Prends le risque de laisser dormir, tout ça, quelques temps, peut-être même des années pour que chaque chose que tu as écrite trouve la place qui lui convient.

Ton avenir est là.

A force de travail, les nouveaux bâtiments seront bien plus solides… Plus personnels, plus rapides à mettre en chantier et plus robustes, car édifiés  sur des fondations ancrées en toi de manière profonde.

Mais je m’emporte dans des métaphores filées, la vie revient et te ramène quant à toi vers d’autres préoccupations…

La vie…

Milena, te fais signe, là bas, de son ailleurs imaginaire, comme une enfant qui à tout prix veut attirer notre attention.

Elle est déçue.

Il lui semble déjà, qu’embarquée dans des considérations littéraires, nous ne faisons plus attention à elle.

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 11:08



Quand on demande à l’enfant ce qu’il veut, il n’a aux lèvres que des réponses vagues…

Ce ne sont pas des métiers précis…

Il se contente de dire :

_ Chercher…

Elle, l’instit, cela n’a pas l’air de la satisfaire ! Elle veut du concret, des exemples, que l’enfant s’identifie…

En vain.

Alors, l’instit s’énerve et quand elle dit :

_ Chercher, c’est bien ! Encore faut-il trouver ce qu’on cherche…

L’enfant regarde dans le vide…

Sans faire attention aux sarcasmes de l’autre.

Ca ne s’explique pas.

Mais le petit cœur de l’enfant, tu t’en souviens, ce petit cœur tout barbouillé de rêves, pressent cela.

Déjà, tu aimes l’inconnu, les énigmes… dénouer des mystères.

Tu t’intéresses aux émissions à la télé qui présentent des évènements inexpliqués, paranormaux, tu aimes les romans policiers, aussi ! Et les tours de magie…

Mais pas la littérature, encore…

Tu commences à aimer les livres le jour ou tu comprends qu’ils défrichent des parties inexplorées de ta personnalité.

Tu aimes les livres.

Là, toutes ces choses embrouillées peuplant ton esprit prennent un sens, tu aimes les livres… passerelles vers ton goût prononcé pour l’inconnu.

Mais de là à vouloir être écrivain…

Pourtant, à bien y réfléchir ton catalyseur à toi, n’est pas un grand roman, ni un poète renommé mais une chanson :  Marche à l’ombre.

Si je devais entrer dans le débat sempiternel du classement des œuvres, ce qui serait bien arrogant, je le ferais selon l’échelle de valeurs suivantes : s’il y en a qui distraient, qui font sourire, qui nous attendrissent, auprès desquelles on s’évade et d’autres qui nous serrent la gorge, nous touche en profondeur et allument en nous le créateur qui sommeille.

Sommes-nous tous amenés à devenir artistes ?

Je ne saurais le dire.

Peut-être que ceux qui passent leur vie sans créer n’ont pas rencontré, au gré du hasard de leur existence, une œuvre suffisamment expressive, intimement liée à leur sensibilité pour vivifier soudain cet élan.

Je me demande si finalement ta vocation n’est pas simplement née de certaines dispositions qui flottaient vaguement dans ton être et qui si elle ne s’était pas manifestée à l’écoute de cette chanson, était amenée à voir le jour plus tard.

Certains parlent du destin, j’aurais envie quant à moi d’y voir des penchants, de parler d’un zigzag sur un supposé droit chemin, la capacité dans un contexte favorable de se trouver sur la bonne route et de faire le bon choix.

Le bon choix… Ni absolu, ni fataliste.

A rebours, c’est facile… de se justifier.

Les indices passés de ta vie, n’apparaissent plus comme des ombres chinoises… tu peux leur donner, à présent… une cohérence.

Je suis d’accord !

Merde !

Merde, aux biographes qui font, avec leur éloquence, le destin des grands hommes 

Merde aux grands hommes qui justifient encore leur destin par un élan mystique…

Je sais.

Tu ne seras jamais un bon guitariste, ni un chanteur de talent… Tu n’as pas ce qu’il faut pour ça, ni la force, ni l’envie sans doute, d’acquérir le charisme d’un artiste de scène.

Si tu as vu rapidement tes limites, c’est pourtant par-là que tu as commencé.

Tu écris des chansons.

A la manière de… Renaud, Brel, Gainsbourg.

La chanson… c’est pour l’instant, ton seul format d’expression.

Pourtant, déjà, tu manques d’air…

Tourne en rond à l’intérieur de cette forteresse stylistique où règnent brièveté, efficacité et concision. Tu as peur de te livrer, aussi, en direct… que les autres aperçoivent ton ressenti, ta sensibilité.

C’est étrange.

De remonter là bas, vers celui qui nous semble fou, vers ces actes désordonnés !

A 8 ans, alors que le père de ton petit voisin vient d’éteindre la lumière de la chambre ou vous couchez comme de vrais hommes, tête bêche, tu jures apercevoir une ombre tapie dans un coin de la pièce qui une fois la lumière rallumée, apparaît sous les trait d’une contrebasse.

A 10 ans, tu fais un caprice pour que ton père t’achète des cordes,  dans le grenier de grand-mère tu as dégoté une vielle basse. Il te les achète, mais malgré tes efforts, tu n’arrives à les fixer dessus. Tu abandonnes, facilement.

A 13 ans, ta mère te tire par le bras et t’emmène de force à la Maison de la Musique de la ville pour prendre un cours de guitare. Tu rechignes, tu pleures, tu ne supportes pas d’être forcé, tu te braques et n’y retournes plus.

A 14 ans tu maudis le professeur de musique qui vous accompagne à la guitare plaquant quelques accords, au gré des sifflements dissolus et stridents, des trente flûtes à bec.

Au sortir du collège tu ne supportes plus les musiciens et la musique en général.

Ce ne sont que des associations de moments de ton existence, mais je crois qu’il en va ainsi de nos passions, de notre goût pour un sport ou une discipline artistique.

La musique est entrée dans ta vie plusieurs fois, le contexte, ton âge, ont fait que tu lui a tourné le dos, elle est revenue, encore, te titiller et puis un jour en écoutant Renaud, en ressentant chaque parole, c’est plus fort que toi, tu t’y attelles. 

Peut-être qu’il en va ainsi des passions, tout est là autour de nous… Comme une voisine de pallier croisée des centaines de fois et qu’on n’a pas remarqué, pour la raison que notre cœur, jusqu’alors était occupé ailleurs.

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 17:45

...




Mots biaisés, cendrés,

Ancrés au papier beige.

 

Cortège de Destinations…

 

Florilège d’hommes rêvés…

 

Et puis, bien sûr, la fresque

De quelques silhouettes romanesques…

 

Mots cendrés…

 

Pages mièvres s’amarrant aux toussotements d’un siècle industriel !

Premier jet !

Mauvais poète.

 

Mots biaisés, cendrés,

Ancrés au papier beige

D’un siècle qui s’étrangle

Sous les vergues d’une pensée exsangue.

 

Ici,

Chanson vague de l’enfance arpégée,

Agrafée sur la page beige.

 

Là,

Des mots charbons

Croqués par le Transsibérien.

 

Plus loin,

Rien…

Sinon des souvenirs défigurés par l’imagination.

 

Et puis, enfin, entre les lignes (du chemin de fer),

L’adolescent rancunier, hésitant, qui vacille

Sous la faucille de l’espace et du temps,

L’adolescent,

Dans la locomotive noire qui croque la route,

Comme l’encre sur le papier.


" Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre? "


Mais nous voilà ailleurs, déjà !

Bien plus tard et ailleurs.

Une autre  ville,

Un autre jour,

Un autre siècle,

Elle s’endort et je feuillette

Une anthologie de poésie.

 

Elle n’est pas Jeanne

Je ne suis pas lui,

Elle est moins jeune

Je n’ai rien de lyrique

Pourtant, sans doute que notre voyage à nous aussi

A quelque chose de métaphorique.


Enfin, si l’on veut…
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Published by Yiannis Lhermet - dans Autodafé
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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 17:23




Au début tu ne te rappelles de rien.

Trop d’années passées à rêver dans les livres… à te projeter dans l’avenir, à te protéger du passé, trop d’excès aussi.

A vrai dire, ton enfance c’est celle d’un autre.

Tu ne te sens pas concerné.

Si bien qu’en évoquant l’enfant tu dirais presque « il ».

Ni un paysage, ni une odeur, ni une situation, c’est un comportement, une attitude générale face au monde, aux autres, qui le définit, lui, l’enfant : une timidité exacerbée, mélangée à un manque de confiance évident.

Mais aussi une colère violente qu’il n’arrive pas à canaliser.

Comme si quand sa réalité d’enfant ne s’accordait pas à sa volonté il sentait tout à coup ses muscles se contracter si fort, qu’il fallait que ça jaillisse, d’une manière ou d’une autre.

Le voila lançant un Playmobil en plastique contre le crépi ou le brisant avec son pied.

Le voilà qui fait un caprice, pour un rien, tu ne sais plus pourquoi.

Capricieux, colérique c’est comme ça que le définissent les adultes, l’enfant, lui, il se croit ainsi.

Tu déniches encore chez ton petit Moi, une extrême difficulté à accomplir les tâches les plus simples, celles du quotidien.

Tu ne sais pas pourquoi, mais ça lui pèses, horriblement.

Tu le vois fuir.

Il veut qu’on le laisse tranquille,  faire ce qui lui plait, rien de vraiment didactique, ni livre ni activité artistique.

L’enfant aime la télé, le foot, les Playmobil…

Mais surtout toute une série de jeux qu’il invente.

Déjà il n’aime pas la réalité.

Il s’en défie.

La renie totalement.

Il rechigne à accomplir une activité collective.

Il invente un langage à lui.

Des surnoms…

Il combat les mots avec toutes sortes de néologismes...

Pour s’amuser ?

Non !

Il le fait  pour se protéger.

En sentant qu’il peut déformer à sa guise ce qui l’entoure, il pense maîtriser sa réalité, construire son individualité, être différent.

Il combat les adultes, encore.

Les adultes qui peu à peu cisèlent sa personnalité, au gré de leurs croyances légitimes.

Il se débat, résiste, lutte contre ces artistes du quotidien qui par des petites touches de « tu dois », et « tu peux », peignent le tableau de sa vie.

A force de carottes et de bâtons, l’enfant baisse les armes, laisse entrer en lui le monde, tu ne lui en veux pas, il ne peut en être autrement.

Pourtant, dès lors, l’enfant est si fragile.

Voilà l’adolescent !

Difforme…

Qui se laisse démolir par des êtres qu’il méprise.

L’adolescent se retourne toujours, il n’entamera pas de bataille car il a peur de perdre.

Il ressent mais  il se tait, ça ne fait pas partie de ce qu’on lui a enseigné.

Il essaye encore de faire comme les autres et il s’insulte de ne pas y arriver.

Tu le connais trop bien ce jeune homme aux cheveux en bataille qui ne prend jamais soin de lui.

Il porte des rêves étouffés par le présent, c’est toujours trop tard ou trop tôt pour lui, pour entreprendre, il essaye encore, sans réel plaisir avant de baisser les bras et de se diriger dans une autre direction.

Il ne fait jamais ce qu’il veut.

Les autres….

Les autres passent avant lui, leurs goûts musicaux, leurs sports favoris, il se sent tellement différent qu’il veut leur ressembler.

Il ne sait rien de Milena encore, elle ne vit pas là, mais tu en es sûr : elle lui ressemble, elle, sans tricher.

L’adolescent se renie.

Il n’est pas stupide, peu à peu il comprend comment ça marche, il joue le jeu du moi social, il adapte sa personnalité à ce qu’il croit réel. Il sait que ce n’est qu’un mirage collectif… que si certains s’y épanouissent car ils conviennent parfaitement au moule, la plupart s’y modèlent, s’acharnent, se déforment, pour y entrer.

Et puis… quoi d’autre ?

Tu ne veux pas en dire plus.

Ca te fait mal !

Dans cette illusion tu as perdu ton temps, ton énergie, ton amour propre parfois et surtout tu as voulu te détruire.

Te détruire en vivant la vie des autres, en t’ingéniant à les imiter à tout prix sans jamais y parvenir, en t’étouffant, en te tuant à coup d’alcool.

D’alcool...

Jusqu’au silence, enfin !

Le silence. 

Je ne dis rien.

Je t’écoute… encore.

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 09:17

 

   Les longs immeubles dalmatiens, immobiles, semblent parés de milliers de paupières. Chaque balcon raconte un peu sa propre histoire. Des fleurs se mêlent au bric-à-brac que pour diverses raisons on ne veut pas mettre à la cave.

   L’été, la vie y élit domicile : on entend des rires dans toute l’Ile, on se souhaite « bon appétit » d’un étage à l’autre, les femmes font la causette tout en étendant le linge, souvent, à la tombée de la nuit, des voix autoritaires prononcent le prénom d’un enfant pendant que certains règlent leur différents en s’insultant sauvagement ; le tout est d’apprendre à vivre ensemble dans ces tours de Babel

   Au milieu des immeubles trône une grande cour abritée par un chapiteau. Elle semble être, à part les jours de marché, le royaume de la jeunesse. Les filles s’assoient sur un banc, parlent de mode et de cinéma, se crêpent parfois le chignon. Les scooters pétaradent à plein tube et jouent à celui qui fera le plus de bruit. Le ballon vole dans les airs, retombe et une nuée de jeunes de tous âges se jette dessus. Et puis un plus grand arrive, vêtu d’un survêtement blanc, il prend le ballon, fait quelques jongles, dribble quelques enfants, fait sa loi et s’en va se perdre dans le parc, son walkman sur les oreilles, son sac en bandoulière.

   Bien sûr, il y a la bibliothèque où les jeunes ne vont que les jours de pluie, pour lire des BD, surfer sur Internet ou emprunter pour l’école le livre qu’ils ne peuvent s’acheter. Voilà Nadir qui rapporte L’avare de Molière. Il a aimé l’histoire « burlesque » comme dit la maîtresse, mais ce langage est si loin du quartier…

   Les vieux comme les immeubles semblent immobiles. Assis à une table ils jouent aux dominos tout en fumant la pipe, quelques-uns ont préféré la pétanque. Ils parlent fort pour se faire entendre et parfois dans leur bouche résonne un mot français. Certains, de temps en temps jettent un coup d’œil sur le banc d’en face, occupé par des jeunes, torse nu et lunettes de soleil. Ils ne comprennent plus leurs fils : leurs bousculades, les mots qu’ils ont aux lèvres, cet accoutrement rutilant qu’ils se sont fardés est en contradiction avec la sobriété naturelles des vieux... Et puis, bien sûr, cette herbe qu’ils fument à longueur de journée, ce sourire béat ou cette haine qu’ils affichent le soir au dîner...

   Une femme en tailleur traverse la cour et entre dans le centre social : c’est une étrangère… Les jeunes, les vieux la regardent avec méfiance, elle n’est pas du quartier. Fatima, seule la salue. Fatima, avec ses longs bas noirs et ses yeux de cendre, Fatima que l’on méprise et que l’on respecte...Depuis qu’elle fait ses études elle est passée de l’autre côté de la barrière, elle a un pied dans l’autre monde, celui qu’ils veulent tous conquérir. Mais pour eux pas question d’études ! C’est le sport, la musique ...ici, les enfants dès leur plus jeune âge savent dribbler comme Zidane et rimer comme Joe Star.

   Bruno ne peut s’empêcher de siffler quand il voit passer Fatima. Bruno ! Le voilà de retour. Il a fait un stage de cuisinier pendant deux mois. Il n’en dira jamais rien à personne de peur qu’on se foute de lui, mais il a ressenti quelque chose d’étrange. Il s’est senti utile, comme s’il avait des responsabilités, comme s’il avait pour la première fois de sa vie à apporter quelque chose à la société. Cela n’a pas duré…

   La cloche de l’école sonne, le quartier reprend ses droits sur ces petits êtres, les femmes donnent la main à des bambins au cartable rempli de vide. Ici personne ne croit vraiment que l’école peut changer quelque chose.

   Les « autres » passent : ils vont toujours par deux. Le plus jeune a l’air médusé comme si tout à coup le ciel allait lui tomber sur la tête, l’autre au contraire semble amusé. Tout de bleu vêtus, ils symbolisent l’extérieur, l’œil de l’Etat français, disant « attention ! Restez assis, surtout ne faites pas de bruit, respirez, contentez-vous de respirer, ne bougez pas, tout ira bien ».

   La nuit. La bibliothèque, le centre social, ne sont plus qu’un rideau de fer coloré de peinture: l’Etat français tire sa révérence ; le bistrot, la petite épicerie, le bureau de tabac en font autant, tout ce qui fait la vie s’endort. Les balcons sont déserts, des milliers de lumières suspendent la nuit et ressemblent à des lucioles.

   La nuit. Le mal de vivre s’élève…C’est le chant décousu de deux vieux ivrognes derrière les immeubles, c’est quelques voix de jeunes qui s’insultent sur un banc, c’est les voitures qui font rugir leur moteur et la musique à plein tube... on ne distingue que des ombres.

   La nuit : l’heure où certains se rendent compte de l’inutilité de leur vie, de l’avenir qui s’esquive.

   La plupart des habitants de l’île ont choisi le sommeil, quant aux autres…

   Tout à coup un brasier flambe comme une fumée de détresse, personne ne la remarque. Alors, ils en lancent des centaines. L’Etat français arrive, les voit, les éteint, envoie une petite barque sur l’île où quelques-uns s’entassent.

 

   Le France s’en va, il n’y avait pas assez de place sur le bateau pour prendre tout le monde.

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Published by Yiannis Lhermet - dans Silhouettes
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 13:58


Au Commencement... du dégout, il n’y a rien

D’autre que ce qui  saccage

Chaque jour  un peu plus

La chanson de l’enfance.

 

Ce n’est qu’après que viennent,

Pour donner forme à ce dégout,

Les sanglots étouffés

Les souvenirs sanglants,

Les paupières pendantes

Et les renoncements…

 

Ce soir, tu reviens  de la Ville,

Tu reviens

Avide de sarcasmes,

Tu  reviens

Des spasmes de la Ville,

Tu reviens

Les  idées vagues

Les idées…

Vaselines des Rêves.

D’où  le dégout s’élève… discrètement !

 

Au commencement du dégout,

Du moins, du tiens

Il y a les Artistes,

Lézards tristes à l’ânonnement pleurnichard

A l’arrogante catharsis

Qui maquillent en un engagement  fade

Une  personnalité mièvre!

 

 Ce soir tu reviens de la Ville Rêve.

La ville, d’où le dégout s’élève bruyamment !

 

Devant toi

Le soir flambe.

 

Il n’ya plus rien ici.

 

Il reste le soir.

 

Un peu d’orgueil !

 

Allez !

 

Contrairement à ce qu’ils disent

Tu n’es pas de ceux qui remorquent les souvenirs !

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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 12:16

5-



Merde !

Aux  livres… à tout ça !

Ici, personne ne viendra te sauver.

Il faut se confronter au réel, suivre les empreintes…

Milena, l’alcool !

Et alors ?

Rien.

C‘est pas grave.

Essaye encore.

N’aie pas honte, ne renies rien !

Tu voudrais raturer d’un coup le visage de celle qui, cruellement, te rappelle tant celui que tu as été…

Un être en devenir, imparfait, qui parfois devient si méprisable à tes yeux, que tu oses à peine le regarder en face.

Moi aussi il me fait mal.

Il porte tant de choses vagues, de sentiments boiteux, d’énigmes non résolues…. D’illusions dissolues peu à peu…

On ne résout rien au conditionnel !

On ne résout rien avec des histoires !

On gagne un peu de temps, c’est tout, mais il faut revenir, il faut toujours revenir !

L’échec, la honte, la rage et cet atroce besoin de vengeance qui ne verra jamais le jour. Tu voudrais leur dire aux autres tellement de saloperies, à ceux qui t’ont fait mal, tu voudrais les voir se casser la gueule, crever la gueule ouverte…

Alors, tu aurais ta revanche ?

La vie est là.

Tu détestes le passé.

Il t’écœure, je sais…

Pourtant…

Cesse de fuir en tissant des histoires.

Viens avec moi. 

Viens. Non pas pour justifier ta vie à mes yeux, y trouver un sens profond mais juste pour voir ce qu’il y a sous les strates.

Je ne réécris rien pour toi.

Juliette ne sera jamais…

A quoi ça sert de fantasmer sa vie et de l’offrir à des inconnus ?

A quoi ca sert de déposer entre tes lèvres, délicatement, des tirades exutoires, cent fois réinventées à l’adresse de celles qui... de celles.

Je le pourrais…

Tout m’est permis ici !

Mais il faut savoir se résoudre à ne pas s’épargner...

De quoi souffres-tu ?

Franchement on en n’a rien à foutre de noms.

Les noms sont si insignifiants, les êtres qui les portent te sont devenus  tellement inutiles…

Là n’est pas l’important.

Seuls les sentiments ont à présent droit de cité.

Les sentiments…

Je sais.

Pas ceux que l’on nomme aisément mais ceux qui tourbillonnent, qui te serrent la gorge, qui te prennent aux tripes, soudain !

Ceux qui s’entrechoquent et se confondent, ceux que tu ne saisis pas, ceux qui te rendent amorphe, qui te font tomber à la renverse ; desquels s’élève un marasme diffus,  un limon qu’il faut assainir pour ne plus trébucher, encore.

Ne plus boire et ne plus perdre le contrôle.

Là, réside, dans cette incompréhension, les derniers soubresauts d’un amour gâté.  

Celui que tu voudrais abandonner car tu l’a tellement abîmé.

Tu le laisse en plan, pas vrai ?

Mais tu ne cesses de vouloir le comprendre.

Pour toi, égoïstement, parce que dans le raisonnement réside ton salut.

Rien.

Tu te trompes.

Déjà, tu ne réfléchis plus par toi-même ni en fonction de ton bien être.

Tes pensées se téléportent dans son esprit à elle.

Tu déterres d’un acte évasif, d’une parole, la plus dérisoire soit-elle, une foule de projections, de ressentis 

Et voilà qu’elle t’attaque en esquivant chaque coup que tu lui portes.

Tu hais la nuit et le réveil, tu hais ce qu’avec Milena tu aimais… Car la musique, les films, les phrases, les lieux, lui appartiennent.

Tu laisses en plan tout ce qui lui ressemble, tous ceux qui la connaissent.

Tu t’emballes, tu plonges encore…

C’est ta façon de faire.

Je ne suis plus là, tu ne sais plus qui tuer pour renaître.

Tu rêves vengeance et situations favorables, tu crois que lui faire du mal te la ramènera…

Tu fuis encore !

Ceux qui prononcent sont nom, ceux qui par un mot de trop lors d’une conversation quelconque  t’écornent le cœur.

Et puis tu justifies… ses choix, les tiens… mais tu restes là ; toujours sans avenir, espérant l’ultime rebondissement.

Juliette ne viendra pas.

Tu t’en rends compte, alors.

Tu ne supportes pas ça. 

Tu en viens à te faire mal, à toi.

Tu prends rarement soins de toi.

Allez…

Tu as une peur affreuse du commun, mais tu devras t’y résoudre.

Tout te semble inutile à présent !

Tout est inutile pour la simple raison que, malgré tous tes efforts, tu n’arrives encore à faire évoluer la seule chose qui te mutile : ton émotivité.

Ton émotivité.

Au moindre courant d’air, elle vole en éclat !

 

 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 16:35

4-


La copine en question aurait possédé une immense villa en bordure d’océan, une de ces maisons perdues au milieu des terres sauvages que le touriste aperçoit au hasard, de loin,  lors d’une randonnée sur les chemins côtiers.

Une vingtaine de voitures garées sur la chaussée.

Après dix bonnes minutes d’une marche taciturne  avec pour seule lumière la maigre flamme des briquets vous serriez enfin arrivés.

De dehors, vous auriez entendu à plein tube un vieux rock des années soixante-dix.

A l’intérieur, la bousculade

Tout le monde n’aurait parlé que du feu, chacun des invités ayant sa propre version, son anecdote, son point de vue à donner.

Tous auraient piaillé en même temps.

Un grand mec blond genre surfeur aurait fait le cador, affirmant qu’il avait été à deux doigts d’être brûlé… quil avait pris l’initiative d’appeler les pompiers… que d’ailleurs…

Juliette aurait connu ici la majorité des gens, auxquels elle t’aurait présenté comme écrivain.

Tu aurais acquiescé de la tête.

Et puis elle se serait mise, toute frétillante, à discuter avec trois ou quatre personnes à la fois en ne faisant plus attention à toi.  

Tu l’aurais quitté, pour déambuler dans la maison.

Tu aurais erré en quête d’un visage connu ou d’une occupation quelconque.

Au bout d’un moment, tu serais tombé sur ta voisine au camping.

Avec trois ou quatre mecs elle aurait joué aux dés.

Le concept du jeu : si tu perds, tu bois.

Tu te serais assis avec eux.

Après quelques mauvais lancers tu aurais commencé à être saoul, saoul et heureux, d’une ivresse différente de celle à laquelle tu t’es habitué là bas.

Ici, tu n’aurais eu  aucune raison de te rembrunir.

Au contraire, ton esprit se serait mis à naviguer, à divaguer aussi… des pensées…

Tu aurais justifié ton ivresse de la sorte, tout en te dirigeant à nouveau vers le salon…

Un bal disco

Une quinzaine de personnes sur la piste et… Juliette se déhanchant, entourée de plusieurs types…

 Ca t’aurait pris à la gorge, comme ça, d’un coup, le sentiment de jalousie.

Au point d’avoir envie d’aller la chercher, de l’emmener ailleurs, dehors, loin d’ici.

Tu n’aurais pas osé…

Tu te serais contenté de vider ton verre et de rallumer nerveusement ta cigarette.

Affalé dans ton fauteuil, tu l’aurais suivie des yeux, un désir brutal se serait emparé de toi.

Tu en aurais rejeté la cause sur l’ivresse mais tu n’aurais jamais vu de fille, de femme aussi jolie, aussi harmonieuse, aussi épanouie qu’elle à cet instant.

Chacun de ses gestes, le déhanchement de son bassin, le balancement de son buste, les figures géométriques qu’ auraient esquissé ses bras dans les airs, te seraient apparu comme tant de mouvements artistiques et raisonnés.

Rien à voir avec Milena.

Juliette aurait maîtrisé parfaitement la moindre parcelle de son corps.

Elle n’aurait eu, pour séduire un danseur, aucun besoin de sourire, de le toucher, encore moins de lui parler ; son corps entier aurait semblé comme un aimant dégageant une sorte d’aura.

Tu te serais senti tout à coup trop faible  pour lutter contre Juliette.

Tu aurais détourné les yeux…. poursuivant une discussion entamée quelques minutes plus tôt avec une de ces culs pincés qui vient de réussir l'agreg de lettres modernes.

Il aurait été question de Céline et du Voyage.

La fille, elle aurait détesté Céline, lui préférant Proust, bien sûr.

Tu t'en serais foutu complètement

Mais, juste pour la faire chier, tu serais rentré dans son jeu.

Considérations de stylebeauté de l'écriture Proustienne par rapport à l'écriture oralisée de Celineelle en serait venue à lâcher cette phrase merdique :

-       De toute façonCélinen'était qu'un antisémite !

Tu aurais eu  envie de la giffler.

Tu n’aurais rien dit.

Te contentant d’un simple rot.

Tu aurais essayé de concentrer à nouveau ton attention sur Juliette, mais ça aurait été plus fort que toi, tu te serais tout à coup retourné vers cette fille :

-    Ce qui me fait gerber chez Proust c'est son lyrisme de midinetteLa Recherche transpire l'égocentrisme… c’est son oisiveté maladive qui à fait de lui un être amorphe, ses promenades de merde du coté de Guermantes on n'en a rien à foutre ! On n'en a rien à foutre qu'il se soit aperçu qu'il a vieilli, rien a foutre de sa vocation pour l'écriture ! Ca me fait gerber moi cette putain de littérature qui se prend pour objet !

La fille aurait eu un mouvement de recul, elle aurait ouvert la bouche au ralenti… tu ne l’aurais pas laisser répondre :

-   Mais, puisque tu veux de l'analyse, de l'analyse littéraire, je vais t'en donner ! En quatre cent pages, Céline me touche autrement que Proust en trois milles. C'est à cause de mecs comme lui que plus personne ne lit, de ce culte à la fois effrayé et respectueux qui plane sur ces soi-disant grands auteurs. Les écrivains sont devenus si arrogants, si individualistes qu'ils croient que toutes leurs petites pensées de merde sont bonnes à lire… Et ses gros cons se prennent pour exemple, faisant des généralités de leur petite expérence de vie minable. Et ils déploient des phrases qui commencent par Nous ! Nous sommes… Il nous arrive… Pour nous… Merde !

On n'en a rien à foutre ! Moi, je veux des histoires…  Des histoires qui m’apaisent, des histoires pour m'évader, des histoires qui me ressemblent. Et puis, pourquoi ce penchant farouche à toujours vouloir comparer, juger, noter des œuvres !

 Elle n’aurait rien su répondre, sinon :

 _Ouais, bonchacun ses goûts.

Rien à dire.

Voilà.

Baragouinage de conneries…

Puis l’inébranlable « Chacun ses goûts », merde !

Tu te serais retrouvé là.

Bourré, énervé, crevé, ta seule envie aurait été de partir de cette soirée, d’aller dormir.

C'est ce moment qu’aurait choisi Juliette pour s'enquérir de ton état.

 Elle se serait assise, légère à côté de toi et d'une voix à la fois languissante et enrouée :

-   Alors ça va, toi?

Ca t’aurait énervé, tu aurais voulu lui dire une vacherie :

_Tu connais Céline?

Elle aurait répondu:

_La Céline qui bosse au Casino ?

_Non, Céline… Céline, l'écrivain !

_Non !

_Dans un roman, il a écrit cette phrase: l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches...Qu'en penses-tu, toi, mademoiselle Juliette?

Et tu aurais fait sonner en insistant sur le hiatus chaque syllabe de son prénom.

 

C’est là que les grands yeux de Juliette auraient sondé ton corps de haut en bas, qu’elle t’aurait souri sans répondre

C’est là qu’elle aurait pris ta cigarette d’une main, de l’autre ton verre, vidant d’un trait le contenu de celui-ci

C’est là, qu’elle t’aurait soufflé au visage une grosse bouffée de fumée.

Puis que, lestement, elle aurait tiré la langue et qu’elle se serait affalée sur toi dans le fauteuil, comprimant sa respiration pour laisser échapper de sa gorge quelques petits soupirs.

 C’est là qu’elle aurait ensuite posée sa tête sur ton épaule, qu’elle aurait éteint ta cigarette dans le fond du verre et qu’elle t’aurait pris par la main.

C’est là que toi, tu n’aurais rien compris, rien, sinon qu'elle se moquait de toi… C’est là que tu aurais voulu retirer ta main… qu’elle l’aurait serré plus fort.

C’est là qu’enfin elle t’aurait répondu !

Sa réponse ?

Sa réponse… aurait fait qu’à cet instant tu aurais pu faire, pour elle n'importe quoi.

Cette réponse t’aurait parue si simple, infiniment simple

Juliette aurait frotté sa joue sur ton épaule tenant prisonnière une de tes mains dans les sienne…

A l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches...

Juliette aurait répondu :

-       Ouaf, ouaf.

 

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 09:49

3-



Alors, vous seriez partis en stop en quête d’une soirée.

Tu aurais fait partie du dernier groupe composé des deux grateux

Et, bien sûr… de Juliette.

Pendant que vos deux acolytes se rouleraient une clope, vous auriez tendu le pouce, traitant de tous les noms d’oiseaux chaque conducteur dont la voiture aurait été susceptible de vous accueillir et qui, par égoïsme aurais-tu dit, contituait son chemin.

 Au bout de quelques minutes une 205 GTI aurait stoppé net… 50 mètres devant vous.

Vous auriez couru…

Tu te serais engouffré derrière, suivi de Juliette et des deux autres.

Comme vous auriez été trop serrés, Juliette aurait grimpé spontanément sur tes genoux.

Les vitres ouvertes… le vent s’engouffrant dans vos cheveux… l’air frais des nuits bretonnes rafraichissant agréablement ton visage réchauffé par l’alcool…

Il aurait fait noir.

On n’aurait distingué que des ombres et les cigarettes allumées auraient semblé de petites lucioles dans la pénombre.

Une musique apaisante dans le posteles Velvetpersonne pour souffler mot.

 

Tu aurais contemplé le ciel, grisé par la vitesse et l’air giflant ton visage.

Quand le conducteur aurait freiné un peu trop rudement, ta tête se serait affaissée contre le dos nu de Juliette et sur tes joues tu aurais senti sa peau humide perdant quelques perles de sueur tièdes.  

Dans les virages vous auriez penché de côté, Juliette aurait fait mine de tomber, alors, tes mains protectrices auraient enserré sa taille pour la retenir, effleurant, l’air de rien, le carré nu de peau entre la jupe et le débardeur

A mi-chemin, comme ça, d’un geste brusque, elle aurait pris ta main dans les siennes, tu l’y aurais laissée quelques instants immobile, puis tes doigts engourdis se seraient réveillés. Tu aurais caressé ses phalanges, la paume de sa main, ses doigts menuscomme un aveugle tu aurais jugé la grosseur de ses poignets, enfin vos doigts se seraient enlacés dans la position symbolique des amoureux.

Ce rituel simple mais qui procure à ceux qui l’ont cent fois pratiqué une sensation toujours renouvelée aurait été accompli dans la pénombre, sans regard, ni parole.

Tu l’aurais déjà presque aimé cette Juliette insaisissable, lunaire, fugitive…

Tu aurais voulu que la voiture n’arrive jamais, qu’elle roule sans fin. Toujours plus loin… pour rester avec cette étrangère, légère comme une plume sur tes genoux. Cette étrangère qui sans te demander ton avis, sans vouloir éclaircir une situation, capricieuse geôlière, aurait emprisonné une de tes mains dans les siennes.

Tes amours passés

Milena...

Tout t’aurait semblé fébrile, comme sur le point d’être accepté.

Ta revanche !

Une justification.

Juliette dans tes bras

Soudain !

 

La longue file de voitures au bord de la route.

 La portière s’ouvre, la lumière se fait et précipitamment, sans crier gare, Juliette  lâche ta main.

Tu sursautes, tu ne la retiens pas…

Au loin, le pilonement redondant, assourdissant des enceintes

Les rires rauques, le tintamarre des canettes de bières qui s’entrechoquent…

Retour à la réalité douloureux.

La fête qui bat son plein et déjà tu aurais voulu battre en retraite.

 

Juliette, alerte, t’aurait tendu une bière tandis que le gros du troupeau était rassemblé autour de deux énormes enceintes… un peu plus loin, agglutinés les uns sur les autres, se trémoussant au rythme des platines.

Pour les atteindre il aurait fallu emprunter un petit chemin.

Des deux côtés, des mecs assis en rond sur l’herbe, buvant des mixtures rougeâtres, oranges, transparentes dans des bouteilles en plastique ; se poussant virilement en hurlant à tue-tête des chansons… des couples, se tenant à l’écart… de jeunes merdaillons faisant pétarader leur scooter à l’arrêt pour impressionner de  mignonnes midinettes en minijupe et, sur le sol, une hécatombe de mecs allongés, ivres morts qui les yeux brouillés auraient cherché dans les étoiles un ultime réconfort.

 

Le feu se serait déclaré en un instant, à vingt mètres de vous.

L’herbe en cette saison de canicule aurait été haute et sèche, en quelques minutes les flammes auraient mordillé près de trente mètres carrés de terre, gagnant à chaque instant du terrain.

Sûrement, aurais-tu appris le lendemain que le jeune propriétaire qui à ce moment là s’amusait, pour impressionner la galerie, à cracher du feu, aurait utilisé intelligemment son briquet pour vérifier si son bidon contenait encore de l’essence.

Bref…

Une cohue générale s’en serait suivie !

Des fêtards dans tous les sens… se piétinant presque… des groupes de jongleurs ivres ne bougant pas, rigolant entre eux, dansant près du feu tout en vidant dessus le contenu de leur bouteille.

Juliette tout à coup se serait retournée vers toi, le visage pâle et d’une voix d’enfant autoritaire elle t’aurait dit :

-        On ne se lâche pas, hein, on reste ensemble !

Cette fois-ci, c’est toi qui l’aurait entraînée par le bras…

D’un pas rapide, vous auriez rejoint la route.

Une fois à l’abri vous vous seriez arrêtés en haut d’un petit monticule de terre et, comme lors d’un quatorze juillet, vous auriez contemplé le spectacle.

Le feu s’étirant comme un serpent, de grandes bouffées de fumée s’élevant dans les airs, formant des nuages de brumes épaissesune odeur d’herbe brûlée se mêlant au parfum de l’été aurait titillé agréablement vos narines.

Au loin, la sirène des pompiers aurait retenti, il n’aurait plus été de mise de rêvasser.

En un éclair, tu serais sorti de ta torpeur, entraînant Juliette vers un Kangoo blanc où deux types déjà s’engouffraient.

Tu leur aurais demandé sils pouvaient vous déposer.

Le conducteur n’aurait pas eu l’air de la première fraîcheur et lorgnant de ses yeux vitreux les jambes de Juliette il aurait répondu sèchement :

-        La fille oui, pas toi.

D’un air hautain Juliette aurait rétorqué :

-       C’est mon copain, on reste ensemble.

Le type aurait ricané tout en vous faisant monter derrière.

A l’arrière, en plus du bordel, deux vélos auraient occupé les trois quarts de la place.

Tu te serais assis dos contre la grille, Juliette, elle, se serait allongée contre toi.

Au bout de quelques instants, d’un air grognon le passager vous aurait adressé la parole :

_ Ca vous dit pas une fête chez une copine ?

 

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