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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 08:25


Le lendemain, tu te retrouves à nouveau seul.

Journées veuves.

Désir d’écrire, de se sortir de là, écrire pour se sauver.

Les yeux d’ivresse.

Sans ça tu as peur de poser la moindre ligne sur le papier.

Peur de ce que tu pourrais dire, découvrir.

Tu peins de mauvais tableaux, les seuls présentables à tes yeux.

Le silence.

Les heures désœuvrées  à cliquer devant ton ordinateur.

Musique… jeux en ligne… tout ce qui peut t’éloigner d’une réflexion.

Tu te lèves.

Visage fiévreux, cheveux emmêlés.

Au réveil, la première gorgée est atroce, elle remue les restes de la veille, te donne un haut le cœur, tu rotes… tu es sur le point de vomir…

Elle s’engouffre dans ta carcasse, tu la sens couler le long de ton corps vers ton foie.

Tu souris.

Tu comprimes ta gorge…

Tu souris à nouveau.

Tu n’aimes pas l’alcool. Tu n’en bois d’ordinaire ni à table, ni en soirée, seulement quand tu as mal, quand tu veux tout balayer, quand cette sensation de vide vacille autour de ta vie et vient vomir à ton esprit une trop réaliste absurdité.

Tu es là.

Tu te demandes encore comment tu es arrivé à te remettre à picoler.

Aucune issue, aucun moyen de t’en sortir…

D’accommoder tes rêves au présent…

Onze heures !

Journée morte !

Tu te balances sur ta chaise en consumant un bout de mégot de la veille. Il va falloir racheter des clopes, et puis, bien sûr, quelques canettes.

Trop tard pour le café ou l’aspirine, tu ne veux pas aller mieux qu’hier...

Simplement oublier.

Fatalisme pur ! L’alcool ingurgité te donne un élan de vigueur qui durera quelques heures encore… Tu jettes quelques pensées sur ton ordinateur.

Même la poésie aujourd’hui a un goût de cendre.

Tout t’emmerde !

Les journées défilent…

Tu as passé parfois dix jours cloitré chez toi. Dix jours de brume, à te détruire sans y parvenir et sans vraiment attirer l’attention.

Tu remontes, tout seul.

Pourquoi l’alcool ?

Par hasard… Sans doute est-il le premier remède qu’on t’a présenté.

Une timidité exacerbée, des études sans réel plaisir et ton cœur égorgé par quelque amour boiteux. Tu as toujours cru qu’on viendrait te sauver. Qu’il suffirait d’un geste, d’un évènement heureux pour arrêter tout ça…

L’alcool est ton miroir. Tu puises en lui comme en toi une semence qui t’excite et te dégoûte à la fois.

Il t’est insupportable.

Te faire du mal, t’infliger des punitions pour tes échecs, te faire souffrir autant qu’il est possible, voilà ce que tu cherches.

Tu ne t’aimes pas.

Il faut que tu te fasses payer la moindre de tes faiblesses.

Tout  t’échappe, tu ne supportes pas ce qui t’échappe, tu le noies dans l’alcool.

L’alcool… Pour ne rien affronter !

L’alcool… Pour se sentir déboussolé, pour balayer tout ce qui pèse.

L’alcool !

Pour une fille, pour jouer de la guitare en public, être à l’aise avec les autres, pour une fille, pour faire semblant, pour le sexe, pour justifier tes erreurs, pour te sentir écrivain, ne plus penser trop fort, pour ne plus croire, pour dire merde,  croire à nouveau, pour un poème, pour un roman, pour passer le temps, pour voyager, écrire, mais pour sentir… surtout !

L’alcool encore ! pour l’illusion, le vide, pour ne pas aller au boulot, ne pas regarder en arrière, ne pas regarder en avant, ne pas regarder trop loin, trop près, décentrer ton regard.

Et puis… pour Milena, contre Milena, avec Milena, sans Milena, pour ne pas la laisser partir, la rattraper, la faire revenir, la retenir, la laisser s’en aller, pour la convaincre, l’aimer, lui cracher à la gueule, l’insulter, la convaincre de te quitter, de te détruire.

L’alcool enfin… sans timidité, sans rien, sans Milena, sans rien…

L’alcool pur et seul.

Le seul qui reste debout à la fin du massacre, le seul vainqueur à qui tu dois faire allégeance.

L’alcool.

Ce fut ainsi !

Et tu sais bien que c’est loin d’être fini.

Parle moi encore...

Je suis là.

Je l’étais aussi, quand tu te  levais, le cerveau bouillonnant, le cœur en bandoulière plein des remords de la veille. Ce mal au crane horrible… ce gouffre vers lequel tu me tirais, j’y suis tombé aussi, tu sais.

Plus d’avenir.

Rien pour se battre, une destinée injuste pour seule rancœur et un pied de nez au destin : ta vie.

Dans tes rares moments de clairvoyance tu arrives encore à te secouer. Je te prends par la main, t’emmener ailleurs, quelque part. Tu connais la route… Tu me suis, tu marches presque devant moi parfois, mais tu retombes inexorablement.

Je comprends.

Tu veux aller trop vite, rattraper le temps perdu, courir comme si tu avais quelque chose à te faire pardonner.

Je te pousse, tu rechignes à avancer, trop de montées… tu stoppes net ! Décapsulant une cannette.

Voilà.

Tu rebrousses chemin…

Suis-je si dur à suivre ?

C’est n’est pas ça !

Tu es trop fier pour marcher avec moi !

Tu as honte, comme un enfant qui a peur d’être vu au cinéma avec sa mère.

Honte de ce que je fais pour continuer d’avancer.

Tu préfères, toi, rêver de gloire dans ton coin.

Reconnaissance dis-tu ?  C’est ce que tu cherches…

Sans rien faire pour la gagner !

Tu joues tout sur ton talent, tu en as, je ne dis pas le contraire, mais pour le reste, tout le reste, tu es si mauvais !

A quoi te sers d’écrire à en crever et de planquer tout ça dans tes tiroirs ?

Petit ego.

Tu es si sûr de ton style.

Tu craches sur ce qui se fait de moderne.

Tu craches sur tous ces types qui font un mauvais premier roman, sur tous ces types qui déclament sur un ton peu assuré de la poésie dans les bars.

Le petit te rebute.

La seule chose qui te convienne c’est le Mercure de France, Gallimard, et pourquoi pas  l’Olympia !

Je ne suis pas méchant, tiens toi tranquille, j’essaye simplement d’être réaliste.

Tu n’acceptes aucune critique, dirais Milena.

Tu ne vois rien du monde, encore.

Tu ne veux surtout rien voir.

Tout ce qui ne te touche pas directement t’est futile.

Et puis merde !

L’alcool n’est rien d’autre que ton miroir aux alouettes…

Tu en fais le bouc émissaire de tes renoncements, de toutes tes faiblesses, de tous ces  trous au ventre creusés au fil des années et que tu n’arrives pas à combler…

Pour la simple raison que tu les fuis en te saoulant.

Bidon percé !

L’alcool n’est que la corde.

Reviens !

Comme on revient d’un rêve sordide au réveil.

Débroussaille !

Bien des réponses resteront  en suspend…

Qu’importe !

Peu à peu, nous les éclaircirons.

Mais il faut que tu te pardonnes tout ça, d’abord !

Chut…

Ne dis plus rien.

Ecoute… ta sensibilité parler.

Je sais que souvent tu t’y enroules et que ça te fait peur, qu’elle fait battre ton cœur tellement fort que tu ne te maîtrises plus.

Tu te sens faible, seul, perdu !

Mais laisse la parler.

Essaye de la comprendre.

Je dirais presque de la dresser !

Aime ta sensibilité, organise ta vie autour d’elle !

Après, tu verras…

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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