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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 21:57

 

Tu en es là et tu attends.

Quoi, tu ne saurais le dire…

Une revanche !

Parfois le soir, au creux de ton oreiller tu navigues vers cet idéal.

Le troupeau des errants… De ceux qui t’ont considéré avec mépris, des femmes qui t’ont quitté, des amis qui t’ont jugé trop vite, tous ceux là tout à coup se trouvent nez à nez avec toi-même.

Tu crois que ce désir effréné de réussite qui a tant de valeur à tes yeux sera la justification de tes erreurs, de ton passé.

Alors, dis tu, tu te pardonneras d’avoir pris ce chemin car lui seul pouvait te conduire jusqu’ici.

Comment cela doit arriver ?

Tu n’en sais rien…

Mais ça doit arriver.

Il ne peut qu’en être ainsi, sinon, comment vivre autrement.

Milena partie, c’est là seule chose qui te reste.

Tu n’as pas le temps.

Tu laisses de côté le petit, tu vois les choses en grand.

Au diable l’édition à compte d’auteur, les minables petites scènes Slams locales… Réussir.

Vivre de l’écriture…

Tu ne sais rien de ce monde et ta naïveté pour l’instant t’est bénéfique.

Tu ne réfléchis pas, tu écris vite et tu envoies tes manuscrits.

Chaque réponse est un coup de couteau, mais tu es fier, encore !

Publier.

Seule justification louable à tes yeux, seule valeur de réussite, seule rédemption possible.

C’est triste, j’ai de la peine, quand j’y repense : tu n’existes qu’à travers ça.

Au soir de tes renoncements tu ratures tout d’un geste brusque.

Tes textes te paraissent atroces, sanglants, empreints de tant de mièvrerie, tu voudrais renoncer.

Il est trop tard.

Tu te persuades qu’il suffirait d’un rien, d’un seul qui croit en toi, pour lancer tout ça à la face du monde.

Alors, seulement, tu pourras te lever, bomber le torse, t’exclamer fièrement :

_ Voilà ce que j’ai fait, voilà ce que je suis !

Mais pourquoi tant souffrir de ça, de cette reconnaissance, pourquoi vouloir à tout prix se venger ?

Je sais, maintenant.

Tu n’aimes en toi que l’écrivain et tu crois que c’est lui que les autres aimeront aussi.

Tu crois qu’en accouchant de lui, tu commenceras enfin à vivre.

Mais tu te trompes.

Tu te trompes tellement !

Milena aime en toi, celui que tu lui caches, l’être sensible et non la marionnette virile,  elle aime que tu sois perdu, désorienté…

Tes amis, ton entourage… Tous, n’en ont rien à foutre de l’écrivain !

Mais tu ne le sais pas encore !

Tu lui cours après !

Tu crois sentir en toi tes émotions se diluer, ta vocation s’affermir, tu te forces à écrire pour te donner l’impression d’exister.

Tu as peur.

Peur du jugement des autres, peur que ces lignes laissent transparaître de manière trop évidente tes faiblesses.

Tu triches, tu mens, te donne le beau rôle.

Ta naïveté te sert de leitmotiv.

Tu ne sais pas combien éditer un bouquin est difficile, combien le milieu est nombriliste, je-m’en-foutiste, incroyablement méprisant.

Tu ne vas pas plus loin que ton petit monde.

Tu te racontes, persuadé de l’authenticité de ta parole.

Tu ne réfléchis pas  en terme de public, tu n’écris pas pour plaire, ta seule échelle de valeur est l’émotion que te procurent tes propres textes.

Sans concessions, tu négliges toute contrainte pratique, présentation, mise en page, esthétisme du texte, tu t’en fous, tu es obnubilé seulement par le sens.

Les Maisons d’éditions…

Tu en choisis une dizaine sur Internet, les plus fameuses bien sûr.

Tu espères…

Oh combien persuadé que ce ne sont pas quelques fautes d’orthographe qui viendront freiner ton succès !

Les réponses.

Tu les acceptes stoïquement. Tu remets tout en chantier.

Mais elles te blessent, les réponses…

Tu te laisses influencer.

Au lieu de perfectionner tes livres tu les condamnes, les rejette tu cours ailleurs, t’éparpille, écris avec acharnement de nouvelles choses.

Aujourd’hui, tu sais, je me demande si une œuvre n’est pas bonne, du moment où elle dégoûte son auteur. Où à force de s’acharner dessus celui-ci n’y trouve plus aucun intérêt. Ce qui l’a séduit au départ lui devient banal tant il a ressassé, travestie, dompté, digéré, vomi.

Chaque ligne, chaque mot, chaque sonorité…

Tout ce qu’elle lui procurait de satisfaction s’est évanoui pour grossir les quelques défauts minimes.

Souffrance d’une œuvre enfantée pour rien…

Engouements soudains, déceptions brutales, et toutes ces heures que tu jettes dans un tiroir.

Il ne fallait pas que tu sois conscient de cela, à l’époque, c’est bien de ne pas réfléchir…

Tu écris.

C’est assommant d’être un jeune écrivain.

Tu brosses les idées des autres, écris à la manière de, n’arrive jamais vraiment à te détacher de ceux que tu as dévoré.

Tu effaces, rature, abandonne, repars, tu écris 50 pages pour rien.

Tu écris, toujours.

Peu t’importe le support, le sujet, tu pars de tes propres expériences, de ta vie, et ça te ramène sans cesse au passé.

Parfois ça te pèse horriblement de t’infliger à supporter ce sac de souvenirs.

Tu comptes les pages, te réjouis, et puis soudain, sans savoir pourquoi ! Tu as peur de relire, peur de la déception, de l’inutile, peur de te sentir trop mièvre ou stupide.

Tu écris.

Mais ce n’est pas encore ton métier.

Tu t’y forces, tu t’y obliges, tu te convaincs que sans cela tu ne serais personne.

Et c’est infiniment lent, ça ressemble à ta vie.

« Songes de Lune », « Ombres chinoises », « Ossatures », tu es fier d’être poète, d’identifier ta vie à celle de tes maîtres, de te sentir parfois un gagne misère.

Tu participes à des concours, tu sèmes tes œuvres aux quatre coins de l’Hexagone mais tu ne récoltes rien.

Alors tu craches sur la poésie.

Tu décides que ce n’est pas ton mode d’expression, en tout cas pas celui qui t’apportera la notoriété.

Tu te lances.

Comédies musicales, nouvelles, poèmes en prose, maisons d’éditions parisiennes, de province, concours nationaux, locaux, cafés littéraires, tu frappes à toutes les portes sans succès.

Tu te professionnalises, te renseigne auprès d’organismes de soutien, tu accordes une part importante à la forme, voilà que tu avances !

Tu n’es plus un petit écrivaillon qui gratte dans son coin ses sensations journalières, tu réfléchis en terme de public, de rentabilité, tu écris pour vivre.

Le journalisme.

Tu entres dans la vie active de la manière qui convient le mieux sur l’instant à tes aspirations profondes.

Le choix est là.

Au placard les valeurs, la morale, le bon samaritain, la haute idée que tu te fais de toi-même. Tu courbes l’échine, pour mieux te relever un jour, tu acceptes d’écrire sur tous les sujets, dans cette forme lapidaire et édulcorée qu’est l’article de presse local.

C’est un exercice de style, de la matière, de l’expérience et surtout un entraînement quotidien à l’écriture.

Voilà.

Tu prends confiance en toi, t’épanoui, toute idée de vengeance et de publication immédiate se dilue au gré des satisfactions quotidiennes.

Tu n’es plus impatient, tu te laisses aller dans le monde des vivants.

Tout remonte, et tu poses sur toute chose un regard différent…

Ton désir de réussite te semble à présent le seul fait de l’oisiveté de ta vie d’alors.

Le charme des premières fois…

Le premier article, la première interview d’un mec connu…

L’action est là !

Dès lors, ton idéal, lui, peut bien attendre.

Tu sens cela… Que ta quête d’identité n’était autre que la quête d’un statut social.

Simplement cela, rien d’autre, comme tout le monde.

Journaliste, ça te plait, te rassure, te convient socialement…  

C’est drôle, ce que tisse l’esprit, les a priori qu’il confectionne, comme l’alcool t’empêche de vivre normalement, tu crois longtemps que le fait de ne pas être écrivain t’empêche de t’insérer dans la société, d’y assumer la fonction pour laquelle tu es fait.

Tu ne renonces pas.

Tu te rassures, après tout, ne vis-tu pas de l’écriture maintenant ? Ecrivain n’est pas un métier, en soi, mais un à côté qu’il faut nourrir d’une manière ou d’une autre.

D’une manière différente, bien sûr, mais demain !

Il faut être en contact permanent avec la vie pour l’alimenter !

Mais je ne fais pas de toi un exemple, tant d’écrivains choisissent des exemples pour en faire des généralités !

Je ne vois pas dans ton parcours ni un processus d’épanouissement, ni un voyage initiatique, je ne suis pas en quête d’une morale.

Ce n’est que le chemin d’un jeune-homme qui ne se connaît pas et qui apprend peu à peu ce qui le touche.

Trouver une place au plus près de celle après laquelle tu as longtemps couru, voilà, je me répète, je sais, mais là est l’essentiel pour avoir la confiance en soi nécessaire pour le reste.

Il est sans doute un âge où il faut vomir les engagements idéologiques pour se plonger dans l’action. Si l’on n’accepte pas de s’engager sur un chemin inconnu et  boueux on n’ atteint jamais son but.

On se fait une idée des choses, mais l’on ne sait jamais où l’on va vraiment.

Le journal…

Tu apprends au gré des articles les bases que tu as toujours négligées. La concision, l’orthographe, la ponctuation et bordel, encore et encore de la matière, le monde en mouvement, aussi éloigné que possible de ton petit moi égocentrique.

Tu découvres littéralement le monde.

Celui des chefs d’entreprises, des associations militantes, de la culture et des artistes. Tu découvres le monde et tu n’en es pas rassasié. Celui des politiques et des cocktails mondains, celui des revendications, des ouvriers et des usines… Tu entre de plein pied dans le monde des humains en action.

Tu sors enfin de toi et de tes préoccupations.

Tu transposes la pensée de ceux qui vivent et ne savent l’écrire.

Les livres t’ont chanté que l’artiste est un être à part, plus sensible, plus noble, un être incompris, sombre de près et malheureux, en marge du système car trop clairvoyant…

Enfin ce genre de conneries…

Mais ce n’est pas vrai.

Garder le cap, travailler sans cesse, laisser mûrir, aller vers la vie.

Là laisser aller son chemin paisible, c’est plus facile à dire quand on se croit sur la bonne route.

Tu ne feras jamais jaillir, sur un coup de génie, l’œuvre parfaite !

Laisse ces croyances aux enfants.

Pourtant…

J’ai confiance en toi, je sais que tu construiras des livres qui te ressemblent, petit à petit, patiemment, au fil des heures, des erreurs, des refus, des conseils de tes amis, des travestissements multiples…

Tu les adapteras aux situations, n’aie jamais peur de remanier un texte !

De l’employer différemment de sa vocation initiale.

Aime ces bouts de papiers qui n’ont pas encore pour toi de sens et qui demain feront naître un ensemble cohérent.

Ecris toujours sans te soucier de la fin.

Aime les brouillons, ils sont les esquisses sans lesquelles les tableaux ne voient pas la lumière.

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Published by Art Vertrou - dans Projections (roman)
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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 12:42



Le soleil d’hiver musarde au hasard dans les ruelles criardes bordant le petit marché de noël du Centre-ville. Quelques rayons se reflètent sur les pancartes mauves des soldes fabuleuses, exceptionnelles allant parfois jusqu’à moins 70 %.

Il doit être dix-huit heures passées, puisque la rue est prise d’assaut par toute une cohorte d’enfants alertes.

Certains, satisfaisant leur gourmandise en croquant à pleine dent dans des barres de chocolat ou des chaussons aux pommes, d’autres, subissant les premières foudres de la frustration et se contentant de lorgner dans les vitrines.

Sur ton vélo tu ironises, songeant au livre que tu viens de finir, roman bobo, simpliste, si naïvement manichéen, rien que le titre t’agace : « Comment je suis devenu idiot » d’un certain Martin Page.

Chaque paragraphe débute par une description sommaire comme celle que je viens d’esquisser, s’ornant d’inductions idéologiques, l’auteur se dirigeant peu à peu comme un automate, quoi qu’il s’en défende, vers une critique enfantine et résolument moralisante de notre société.

Sur ton vélo, fendant la foule, tu t’amuses à te mettre dans la peau du personnage.

Tu es là, toi, l’homme cultivé, l’écrivain, que dis-je, l’être pensant et tu portes en toi tes contradictions, tes limites, ta sensibilité… Tout autour, l’apparente débilité du monde en mouvement. Car il est bien question de cela dans ce livre qui dépeint, l’impossibilité d’un être supérieur, Antoine, à s’accoquiner avec la société de ses contemporains.

Tu sais que chaque ligne est un mensonge. Pourtant, il est aisé de tomber dans le panneau. Tu te tortures l’esprit assez froidement. Comment croire que tous ces gens en apparence heureux et souriants se livrent au même exercice que toi, comment croire que dans la souffrance on n’est pas exceptionnel.

Tu te dis qu’ils n’ont pas l’air aussi préoccupés que toi, qu’ils se dirigent alertes vers un endroit agréable, portant sous le bras des paquets marqués, Celio, Kookaï, la Fnac et autres Galeries Lafayette. C’est facile, Monsieur Page de réduire les êtres à leurs apparences, et puis ça rassure tellement, qui sont-ils alors ces gens, des idiots, des consommateurs, des victimes du système, à la personnalité réduite en bouillie par la télévision et les pubs. Comme Page, ce soir tu ne cherches pas plus loin. Quand on est triste on devient mauvais et on se croit tellement différent qu’on se targue d’appartenir à la minorité pensante, celle qui souffre de sa lucidité.

Mais rien n’est vrai. Peu importe cette ville, les passants… la description que j’en fait. Saisir les autres n’est pas possible, ils s’esquivent et on tombe toujours dans des clichés.

La description est inutile.

Inutile car si tu es sur ton vélo, si tout tambourine autour de toi, au fond, tu n’y fais pas attention.

Tu penses à elle.

A Milena…

Tu en veux aux autres…

Tu leur en veux et tu rejettes sur le monde, sur eux, la cause de tes échecs.

Comme dans le livre…

Antoine… Le héros.

Petit con !

Diplômé, universitaire, il n’est même pas capable de se dégoter un job ! Et monsieur considère que ce n’est pas à lui à s’adapter mais au sale monde de ne pas corner sa sensibilité.

Tu lui ressembles à cet Antoine…

Il est des jours où tu fonces droit dans le vide. Ca te prend comme ça, ça monte en toi insidieusement… Tu ressens l’inutile, l’inconsistance des choses, des actes… Les êtres fourmillant autour de toi te donnent le vertige.

Parfois, traversant la rue, ton walkman sur les oreilles, certains te font penser à de grotesques marionnettes, tu craches sur leur bonheur supposé, tout en rongeant l’os dégueulasse des blessures passées.

Alors, pour faire taire ce vacarme malsain, ces jours là, tu entres dans un bar.

Le rade est plein de monde et tu y traînes ta solitude. Tes compagnons t’accueillent sans te regarder. Là bas, il suffit de payer un verre à quelques types pour engager une conversation.

La plupart portent à toute heure de la journée le masque de l’alcool, la trogne rouge, le bide enflé, les yeux humides, l’haleine forte, les cheveux en bataille… les habits froissés de fumée.

Ils sont là, immobiles, gesticulant, debout derrière le comptoir. Ca parle fort avec des gestes, ça se tutoie et ça critique tout… n’importe quoi…

D’autres sont enfoncés dans un fauteuil en salle, seuls et déboussolés.

Tu aimes cette atmosphère virile et désabusée, ici se saouler est un lieu commun.

Tu entres.

Tu te fonds dans un petit groupe de peintres en bâtiment qui sirotent quelques Ricard. Chacun de ces gaillards est là pour une bonne raison, chacun croit ici se délester de quelque chose. Ils parlent … se livrent, se racontent, se vident...

Certains semblent par leur histoire s’excuser, justifier leur état, leur alcoolisme. Entre les lignes perce une impossibilité de réaction face à ce que la vie leur à mis dans la gueule. Ils ne s’apitoient pas souvent sur leur sort. Ils trouvent ça presque normal d’avoir perdu leur job, leur femme ou autre chose, ils ont conscience de leur renoncement, mais sans force, ils ne peuvent rien faire, et restent là, hébétés à se détruire sans regret.

Tu bois et tu écoutes.

Tu écoutes et tu bois…

Deux types discutent dans un coin…

C’est toujours les mêmes écueils, les femmes, l’argent, les deux à la fois souvent, la politique, La France !

Ils parlent…

Le petit chauve insulte le destin, tout lui est tombé dessus soudain, divorce, saisie de la maison… C’est tellement cliché d’entendre ça qu’on n’y fait même plus attention, mais écouter l’histoire de la bouche de celui qui l’a vécu c’est autre chose, comme voir un enfant mourir de faim ça vous fais prendre conscience de la tragédie. A force de s’en prendre dans la gueule, le roseau s‘est fendu, le petit chauve a jeté l’éponge, s’est fait une raison, depuis il vient ici après sa tournée à la poste. Il arrive vers midi et n’en repart pas avant quinze heures, parfois il reste jusqu’à la fermeture...

Certains soirs ils se mettent à deux ou trois pour lui prendre ses clés. Le petit chauve, lui, insulte le patron. Puis il s’en va à pied pour monter dans le dernier bus.

Mais bon…

Tous les hommes qui viennent ici ne sont pas forcément paumés, l’ambiance est plutôt conviviale et certains ne viennent que pour respirer une bouffé virile avant le repas en famille.

Reviens !

Ce soir là il est 18 heures et les enfants… Tu penses au roman de Page… Quel con cet Antoine…

Ce soir là tu n’entres pas dans un bar, tu portes ta peine et tu ne veux pas t’en défaire.

D’ailleurs, depuis que Milena est partie voilà quelques mois que tu n’y as pas remis les pieds.

As-tu changé ?

C’est autre chose…

Bien sûr que tu perds pied aussi souvent qu’avant, mais c’est ta façon de te soigner qui a changé.

Tu ne veux plus mourir… de cette petite mort salvatrice qu’est l’alcool.

Et puis, maintenant que tu as un job, tu n’as plus le temps de mourir !

 

Ce soir tu ne te sens pas bien mais tu as du boulot. Tu dois couvrir pour le Journal la prestation d’une chorale dans une église.

Quelque chose monte en toi… tu cherches des ressources pour affronter calmement ce sentiment, peut-être le comprendre, sinon, du moins, le supporter.

Tu penses à ce lieu commun que te rabâchent des amis :

_ Il faut te changer les idées !

Quand tu es triste tu trouves ça stupide. Stupide ! Puisqu’ impalpable à ton entendement.

Tu sais qu’ils ont raison…

Se décentrer de soi, déceler une image positive, humaine, permet, ça ne tient qu’à un fil, d’aller mieux un instant, de reprendre des forces, d’être sauvé alors que d’un œil sombre tu t’attaches à croquer dans un paysage urbain seulement ce qui est méprisable… Dans la tonalité de ta peine pour lui donner un sens.

Tu ne réfléchis plus, il faut y aller ! Tu entres dans l’église.

L’église…ce lieu idéologiquement condamné par la morale laïque, tu entres dans l’église et tout d’un coup tu te sens plus calme, apaisé, dépaysé.

Seul lieu ou le silence est respecté. Les colonnes hautes de 30 mètres renvoient sur les plafonds peints de visages angéliques, une musique réconfortante, l’église…

Seule sortie du dimanche, seul lien social parfois pour quelques vieux qui vont à la messe comme l’on va au théâtre où au cinéma.

Tu entres dans l’église mais tu ne cherches pas ici la paix de l’âme, ni la foi du croyant encore moins l’asile du condamné, mais parce que depuis quelques temps c’est ton job de journaliste.

A ce moment tu as en tête de boucler rapidement ton article.

Quelques chansons… une photo et hop chez toi ! 

Les pages locales c’est toujours un peu le même tralala. Prendre la photo d’assez près pour que les gens se reconnaissent mais d’assez loin pour en avoir le maximum dessus… Ecrire quelques lignes avec le nom de la chorale, du chef de chœur… égrener quelques titres, placer les bons adjectifs au bon moment et soigner sa conclusion.

Des piges pour un journal local…

Il suffit d’un rien pour aller mieux, se sentir utile ça suffit parfois.

Comme tes premiers vers, tes premiers articles ont le charme de la nouveauté, chacun d’eux te semble important.

Qu’importe qu’ils le soient, tu te sens bien.

Tu ne veux plus te détruire.

Mais tu sais que demain il te faudra plus que cela pour te satisfaire.

Pourtant…

Il te semble que tu empruntes un nouveau chemin, ce n’est pas celui de la renommée, ni de la publication soudaine qui viendra te sauver… Et puis tu le sais maintenant il te faut avancer très doucement, comme un plongeur en apnée qui franchit des paliers, pour descendre dans les profondeurs troubles.

Ce ne sont  pas les évènements qui te font changer mais c’est en changeant au fond de toi que tu regardes les évènements.

Des étapes sans lesquelles rien ne se fait : premier papier signé, première interview, première enquête… les pas de géants n’existent pas, et personne n’arrive quelque part par hasard !

Le concert n’a pas commencé.

La présidente de l’association t’as donné un programme, tu l’as interviewée pour prendre tes infos auprès d’elle, à la fin tu lui as dis :

_ Que souhaitez-vous que je mette en avant dans mon article ?

Elle t’a dit quelques phrases et tu as largement de quoi écrire… il manque juste la photo et, sans voir le spectacle, tu pourrais partir. 

Tu t’assois sur un banc au premier rang, déballe ton appareil photo prêt à flasher pour t’esquiver ensuite à pas de loup.

Ils sont en retard.

Tu repenses à tout ça.

Il t’apparait que chaque chose qui a de la valeur ne s’obtient jamais sans combattre, qu’il faut suer sans rien attendre d’autre qu’un pas minuscule vers notre idéal. On ne peut s’installer en haut d’un rêve de manière durable si l’on n’a pas vaincu nos épouvantails en chemin. Tu as une pitié infinie pour ces starlettes papillons de nuit. Soudain dans la lumière alors qu’elles ne sont que de simples chrysalides. Un mois, un an, le temps leur est compté avant qu’elles ne se brûlent et retombent brisées, vidées, dans l’anonymat, portant désormais sur leurs lèvres le goût amer d’une gloire éphémère et  sur leur visage cerné, l’image d’une potiche sans cervelle.

Le roman de Page revient te saisir.

Antoine…

Il décide tout à coup de devenir idiot, de devenir ce consommateur imbécile, caricaturé qui n’existe pas, il devient Trader, et gagne des millions, il se flagelle dans un style de vie qui ne lui convient pas, pour ensuite être sauvé lors d’une séance de spiritisme par ses amis et bien sûr en bonne conclusion : de rencontrer Clémence, une fille qui lui ressemble!

L’amour muse, banal, imaginaire, l’amour fantasmatique rabâché depuis les premiers livres des Chrétiens de Troie. Tu méprises cet Antoine, noir et blanc, si orgueilleux… Il refuse les concessions...

Ce Page si manichéen t’agace… Il est là, jugeant de sa tour d’ivoire des mondes qu’il ne connaît pas, où qu’il découvre sans doute à travers de vagues études sociologiques ou encore des Voici politiques tels que L’Express, Le Nouvel Obs et Marianne.

Ce livre tu ne le supportes pas.

Enfin… Il te semble que tu as été bien souvent en face de ce choix : te consacrer totalement à la littérature ou la renier. Mais ce choix n’existe pas, c’est la contradiction d’un enfant, et accepter de passer par des compromis pour vivre de sa plume et plus que nécessaire, c’est cela être artiste.

Peu à peu les musiciens se sont mis en place…

C’est drôle d’être aussi lunatique…

D’aiguiser ta sensibilité de telle sorte que comme un paysage selon la saison, elle change de visage aussi rapidement.

Maintenant tu es presque bien,  tu n’envies plus personne ni ne jette un œil méprisant sur tout cela.

Les intentions seules comptent !

Peut-être que ce mauvais roman n’a d’autre volonté que d’être ludique ou choquant !

Comme dit Milena, tu réfléchis trop…

Tu te concentres maintenant sur le décor.

Sur les immenses vitraux multicolores se réfléchissent un mélange d’éclairages singuliers. Des spots lumineux taquinent des dizaines de bougies fièrement posées sur des candélabres en fer forgé qui jouent à celle qui se fera la plus remarquer.

Les voilà qui arrivent !

Un instant…

Ils se mettent à chanter…

Tout en toi s’immobilise, toutes tes mauvaises pensées se brisent contre ces cinquante petites voix aiguës et enfantines qui reprennent en chœur une chanson de Balavoine.

Ce sont des enfants et ils ont l’air sérieux, ils ne jouent pas. Leurs gestes, leur timbre aiguisé, la posture de leur corps menu, n’ont rien des attitudes scéniques travaillées des musiciens professionnels…

Ils sont juste eux-mêmes.

Sans trac, sans rien, ils croient à ce qu’ils chantent, le comprennent à leur façon, de manière sensitive plus que raisonnée. Ils s’y enroulent, sortent d’eux-mêmes, évacuent de leur petit esprits polis, sociabilisés ce qu’ils ont appris… Pour aller chercher quelque chose de plus profond, d’intimement lié à l’esquisse de leur personnalité et il te semble qu’ils se dévoilent sans pudeur, livrant au public une part de leur intimité.

Tu peux les juger avec ton œil des mauvais jours… ils peuvent paraître, certes, trop enthousiastes, en quelque sorte ridicules, la situation peut te sembler clichée, mais ils forment une entité harmonieuse, soudée…

Debout, bien au chaud au cœur de la chorale, la voix du plus timide s’affirme, portée par l’ensemble.

Sans idéologie sur l’art, cette myriade de petits être forme une seule individualité homogène et disparate, s’appropriant, réinvitant une chanson. Mais la contradiction n’es pas absente du chœur, au contraire elle est mise en avant, dans leur voix, leur apparence corporelle, la manière qu’ils ont d’entonner le début de phrases musicales…

Tout à coup tu as devant toi un idéal. De manière philosophique l’idéal après lequel court notre société sans y parvenir et que sans cesse on nous rabâche dans les médias.

_ « Et je cours, je me raccroche à la vie, je me saoule avec le bruit des corps qui m’entourent… »

Ces paroles de Balavoine résonnent sous les voûtes de l’église, portées par les 50 timbres aigus des enfants et ces 50 cœurs battants en rythme au gré des souffles d’une respiration commune te pénètrent et te touchent d’une manière que tu ne saurais expliquer.

Voilà l’art !

Voilà l’émotion que tu ressens parfois en écoutant Barbara, de la musique classique, en lisant Dostoïevski, Apollinaire ou quelques-uns de tes propres poèmes. Voilà que ton être profond s’anime, que tu vibres et envoie balader toutes tes rancœurs. 

La situation, le contexte, donnent une signification soudaine à ces paroles cent fois entendues mais qui entre les lèvres des jeunes choristes prennent une signification inédite.

Ils te transmettent quelque chose…

Voilà l’art.

Les notes lacèrent d’un coup sec tes humeurs négatives pour ne laisser place qu’à un tourbillon de pensées sereines.

Assis, tu te sens bien, tu voudrais qu’ils prolongent le morceau, tu deviens lyrique, ta vie semble reprendre un sens bercée par la chaude voix des enfants. Il faut y aller, lutter, en entrant tu étais à bout de force et comme ça, gratuitement, ingénument, ces marmots te font cadeau de la leur.

Sur le banc tu navigues au fil du temps, passé, présent et avenir se confondent pour ne former qu’un instant unique : celui que tu es en train de vivre.

Milena… Tes poèmes… Tout ira bien et si ça ne marche pas, tu ne te fais plus tellement de mauvais sang, tu iras doucement, tu feras ce qu’il faut.

L’amour et l’art sont ici en face de toi, dans la simplicité et dans ce qu’ils donnent au cœur en silence à chacun, sans qu’on ait besoin d’en faire des tonnes. Sans ce besoin de reconnaissance qui te ronge.

As-tu toujours considéré ta vocation de façon malsaine, comme une vengeance, comme le moyen de tout te pardonner. As-tu jamais crée que par égoïsme, pour te protéger, as-tu un jour apporté à quelqu’un par tes écrits ce réconfort que te procurent ces collégiens ?

Voilà que tu ramènes encore tout à toi au lieu de te laisser aller…

Mais déjà ils chantent un autre morceau, une chanson de Jean Ferrat…

La vie revient comme sur un électrocardiogramme, tu oscilles entres diverses émotions, raison, sensation… mais c’est foutu !

A présent les paroles trop mièvres t’agacent, il te semble que les enfants ne comprennent pas ce qu’ils chantent, ils y mettent trop d’intention, tu ne ressens plus rien.

Tu restes assis et tu t’accroches à autre chose, tu songes à Milena.

Tu voudrais qu’elle soit ici avec toi.

Milena…

Tu lui aurais parlé simplement, sans lui mentir, sans te cacher, sans états d’âme. Tu lui aurais parlé de vous, tu l’aurais consolée, tu l’aurais rassurée et tu te serais pendu à son cou. Blottis l’un contre l’autre vous auriez regardé le spectacle sans un mot mais avec la même émotion.

Et puis tu lui aurais raconté ton boulot, elle aurait été fière de toi, de celui que tu es devenu sans elle, ses grands yeux se seraient fermés parfois pour mieux ressentir la musique.

Ensuite vous auriez applaudi avec délicatesse, sans vous montrer trop enthousiastes.

Vers 10 heures vous seriez rentrés chez toi à vélo, roulant doucement, côte à côte et papotant de la prestation des choristes. Tu aurais critiqué un peu, quelque chose, tu ne sais pas trop quoi, un peu pour l’énerver.

Et moi je n’aurais rien écris, je n’aurais pas eu besoin d’écrire.

Tu lui aurais chuchoté tout ça à l’oreille avant de t’endormir !

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 13:20



Ca fait longtemps que tu ne t’es rien  pardonné de tes faiblesses…

Tu voudrais être heureux et vivre comme ceux là que tu vois s’épanouir autour de toi.

Tu aimes ce qu’ils aiment, tu cours à perdre haleine dans une direction opposée à la tienne, sentant toujours à l’aine un point si fort qu’il te brise l’échine.

Alors tu cries à qui veut bien l’entendre que tu es écrivain et que ta vie commencera vraiment le jour où tu auras publié un bouquin.

Tu t’accroches à ça.

Tu crois dès lors que ta vie se justifiera, que tu n’auras plus rien à regretter, que de cette récompense à tes efforts s’élèvera un monde nouveau.

Dès lors !

Tu seras sûr de toi, tu n’auras ni besoin de boire ni de poursuivre Milena.

Pourtant…

Tu sais qu’écrire te fait mal, aussi.

Cette manière frénétique que tu as de t’y atteler.

Tu as renoncé souvent ces dernières années sans abandonner vraiment, comment pourrais-tu vivre, autrement.

Comment justifier cette vie de bohème à tes yeux.

Ces journées veuves à boire tes sarcasmes, à te bercer de l’illusion d’une reconnaissance future et d’une stabilité nouvelle.

Parfois, c’est vrai, tu ratures tout ça.

Tu vois dans l’art, comme dans l’alcool, les deux responsables de ta destruction. Mais ce n’est pas ça…

Il faut que tu panses ton rapport sans cesse inassouvi avec la vie !

Ce désir d’absolu qui t’habite et qui te pousse impérieusement à désirer toujours autre chose. A te fabriquer de nouvelles épreuves, de nouvelles sources d’écœurement et à ne jamais te satisfaire du chemin parcouru.

Regarde…

Tu es sur ton lit et tu réfléchis… tu te compares à un tel qui à 20 ans a déjà publié, tu l’envies et tu te remets en question… tu n’es plus sûr de rien et le vide s’avance… tu tends la main vers une canette de bière.  

Le lendemain tu te relèves et fais une croix sur l’alcool… la littérature, ça ne dure pas… c’est plus fort que toi.

Alors vas-y, putain !

Si tu as besoin de ça pour l’instant, mais ne te détruit pas !

 

Dans ces moments, tu voudrais te reposer longtemps, ne plus courir comme un Icare ! Tu épluches le temps perdu. Tu songes à une femme, une autre que Milena ! Et à des choses simples. Un cadre de vie plus sain…

Et tu replonges !

Rêve ta vie noir sur blanc mais à chaque fois ces esquisses de toi-même n’ont rien de ressemblant.

Tu écris des refrains  afin de refaire l’histoire ! Des mensonges  pour laisser à ceux qui ne t’ont pas connu une belle peinture.

Tu n’envisages pas encore de concilier l’écriture à une autre activité professionnelle.

Tu n’es pas de ceux-là !

Noir ou Blanc !

Il t’est insupportable encore d’emprunter le chemin escarpé vers le métier d’écrivain.

Tu veux la Gloire, et ce, du jour au lendemain. Par un de ces magnifiques hasards qui jalonnent la route des grandes destinées.

Tu t’imagines reconnu soudain ! De tous… te pâmant sous les feux des projecteurs… méprisant celles qui t’ont quitté !

Tu crois encore aux contes.

Tu voudrais comme un de ces fantômes de la Nouvelle Star, jaillir au grand jour, à la manière d’un champignon !

Alors, insatisfait de ton quotidien tu ne vis pas.

Tu te projettes !

Les soirs d’ivresse et d’angoisse tu en veux à la terre entière de n’avoir pas la vie que tu mérites. D’autres fois, au contraire, le cœur battant, tu es certain que les choses vont bouger ! Tu attends de l’exceptionnel !

Mais rien ne va assez vite à ton goût…

Tu tournes, vire, te débats et envoie à des maisons d’édition convulsivement une dizaine d’exemplaires d’un recueil tellement remâché qu’il te donne envie de vomir.

Tu ne songes pas le moins du monde que tu as un problème.

Poésie, théâtre, roman, chanson, tu lances mille et un projet sans les achever, tu y concentres tellement d’énergie, qu’à chaque fois tu t’y casses les dents avant de replonger dans un état léthargique.

Chacun de tes espoirs déçus te semble un échec. Les réponses des éditeurs blessent ton orgueil. Tu crois passer outre mais ça te rattrape aux heures avancées de la nuit et tu regardes jalousement ceux qui autour de toi réussissent leur vie.

Tu as hontes, tu es seul.

Tu n’as rien à quoi te raccrocher et de quoi justifier tes choix de vie. Tu prends des risques insensés avec pour seule croyance ta foi en ce qui n’existe pas encore. Tu le traînes ce statut d’écrivain et il te donne mal au ventre.

Et te voilà pour la première fois confronté au monde des adultes. Toi qui te juges avec sévérité, écoute, regarde, il faut bien de la force pour continuer.

Tu avances et tu ne t’en rends pas compte, tu avances sur des détails, la présentation de tes ouvrages, ton élocution, ta connaissance du monde de l’édition. Tu avances mais tu n’es pas prêt.

Il faut que tu combles encore bien des carences.

Comme Milena, tu as trop rêvé, bâti ton éducation, ton rapport à la vie à travers des contes pour enfants, des livres poussiéreux, les fables médiatiques et pire les on dit.

Comment en pourrait-il être autrement ?

Comment se faire une idée par sa propre expérience d’un corps de métier, d’un groupe humain, sans l’avoir pénétré.

Tu es fragile.

Tu crois tout ce qu’on te dit.

Voilà 3 ans tu as débarqué dans le paysage culturel comme un aveugle dans un cinéma.

Tu ne t’es douté de rien… des difficultés atroces, du mépris.

Tu n’étais qu’un enfant arrogant et nerveux, certain de réussir et avec pour seul C.V, l’éloge de quelques proches sur des œuvres lyriques.

 Bien sûr, tu t’en es pris plein la gueule, mais pense-y souvent, dans ce cadre de vie artistique, n’as-tu pas eu l’impression d’enfin exister ?

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:08



Au bout d’un certain temps il ne reste plus rien de celle, qu’elle devait être en vrai.

Simplement le rêve, le vécu, le rêve du vécu.

Les souvenirs déguisés, les songés aiguisés, elle est là quelque part sur terre mais elle te semble d’une autre contrée.

Le portrait véritable de Milena est un tableau volé un soir de cendres, tu ne contemples plus dans le musée de ta mémoire que les vagues reproductions. C’est vrai, l’image de loin lui ressemble, mais le style du maître n’y est pas.

Les événements passés s’emmêlent comme une pelote de laine, les sentiments se contredisent et se livrent, selon les heures du jour et de la nuit, une bataille féroce.

Parfois, tu laisses tout en désordre, comme sur une table après une soirée arrosée. D’autrefois, avant de te coucher, tu essayes  d’y mettre de l’ordre.

De trouver à tout prix une logique.

Il faut une logique !

Tout le monde veut comprendre !

Tu ressembles à ces badauds devant des œuvres contemporaines qui s’insurgent de la débilité de l’artiste. De celui qui ose leur présenter un tableau dénué de sens.

Cette soi-disant logique rassurerait ton cœur.

Ton être qui ne supporte pas de rester en suspend.

Il t’arrive de te résoudre à l’y laisser.

Tu deviens lyrique.

Il n’y aura pas comme dans les films à l’eau de rose de retournement de situation pour sauver les héros.

Il faut s’y faire.

Elle ne reviendra pas.

Mais ne t’inquiète pas ! Je ne te ferais pas mourir pour ça.

Il n’est plus de bon ton de pousser au suicide les héros romanesques.

C’’est même plus ridicule que tragique.

Je sais.

C’est cette absence de fin qui te torture.

L’espoir ingénu d’un coup de Trafalgar.

Cesse d’attendre.

Ton esprit sait tout ça.

Tu raisonnes,  tu cherches des preuves…

Tu en es là pour l’instant car trop faible encore face à tes sentiments.

Sans doute ne t’a t’elle pas fait souffrir assez, pour que tu renonces à elle complètement. Ou ne t’aie-tu pas assez mis en danger pour songer à sauver ta peau.

C’est si commun en définitive.

L’intelligence qui dit non… et le cœur où l’amour propre qui aboient.

Pourtant…

Il ne reste en toi  que l’image.

Son corps, son visage, la couleur de ses yeux, sa voix… rien… tu ne fixes désormais ta mémoire sur rien qui ne lui appartienne vraiment.

Son être est devenu cendres , pour laisser seulement l’idée que tu t’en fais à présent.

Tu ne te rends pas bien compte, c’est indéchiffrable…

Tu te trouves dans ce no man’s land étrange, entre la relation physiquement vécue et l’indifférence qui viendra un jour.

Dans cet endroit entre la fuite et la prise de conscience véritable qui engage inévitablement la disparition de l’attachement.

Pourtant…

C’est encore ton indécision, ta foi exacerbée dans les miracles qui t’empêchent de basculer dans la zone de l’indifférence.

Tu oscilles, mais tu n’as plus le choix, si ce n’est celui d’attendre.

Ce choix là... Milena l’a déjà fait.

Tu ne changeras pas le cours des choses, pas cette fois, vous êtes deux adultes maintenant.

Vous grandirez encore…

Vous ne vous verrez plus…

Vous serez différents.

Vous vous éloignerez l’un de l’autre, toujours un peu plus…

Tu sais tout ça mais tu y penses encore.

Tu sais tout ça… tu ne le ressens pas.

Tu aimes son absence, petit poète, tu aimes son absence, plus que sa présence !

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 22:55



Milena, pourquoi reviens-tu ?

Pourquoi reviens-tu toujours au dernier moment, quand tout semble fini ?

Regarde ce que tu fais…

Regarde,  le voilà qui court après toi et t’appelle !

Bien sûr, en se défendant de tenir à toi.

Ecoute…

Il ne sait pas mentir. Quand il t’insulte… Quand il me dit que mille femmes, autres que toi auraient pu lui faire tourner la tête, cela se sent bien qu’il n’en est pas franchement sûr.

Votre histoire en est là ! Il se trompe quand il rabâche qu’elle n’a pas d’importance.

Tu sais Milena, il  m’a souvent semblé que dans les livres les femmes parlaient à peine tant les romanciers sont égoïstes.

Qu’en dis-tu ?

Elles flottent ente les lignes, inanimées, simples métaphores du souffle salvateur de l’amour ou passerelles inéluctables à franchir vers la création.

Elles vivent mais on ne les saisit pas. L’autre s’en tient souvent aux seules  émotions du héros masculin, mais on ne sait rien d’elles, des femmes.

Ne me reproche rien ! 

Tu vis encore, tu n’es pas figée ni soumise au temps, tu respires, tu te rebelles et tu avances, là bas, à Paris.

Déjà tu te défends de ressembler à celle que j’ai décrite, ne te vexe pas.

Tu as raison de renier les précédents paragraphes.

Tu veux que je m’explique ?

Tu m’accuses de ne pas avoir dit toute la vérité sur toi.

Que voudrais-tu que je rajoute ?

Tu ne sais pas.

Qu’as-tu ressenti pour lui ?

Tu ne sais pas.

Tu ne sais rien et tu reviens, plus fuyante qu’avant !

Tu sais, je crois qu’il va mieux maintenant.

Ce n’est pas facile…

Tu raisonnes, encore… pour livrer à l’esprit des arguments satisfaisants… Pour lui démontrer raisonnablement que de toute manière ça n’aurait  pas pu marcher…

Tu as tes petits rituels.

Tu as changé de coiffure, tu as tué les amis qui étaient proches de lui, et tu crois encore qu’il te suffit d’effacer son numéro de téléphone pour ne pas l’appeler...

Tu ne veux plus le revoir dis-tu, prétextant que tu n’es pas prête, pas assez forte, et pas encore totalement satisfaite de ta situation.

Tu ne veux plus le revoir car tu as peur de lui !

De ce que tu pourrais ressentir ?

Tu crois naïvement que le temps fera sa besogne comme dans la chanson de Ferré.

Mais crois-tu vraiment, qu’un jour tu le croiseras dans la rue et que rien ne pèsera sur tes frêles épaules ?

Qu’en souriant, tu lui glisseras un

_  Salut.

Et puis quoi ?

Vous irez vous asseoir à une terrasse de café… 

Lui, ce n’est pas ce qu’il veut !

Il veut te revoir et se sentir faible…

Mesurer l’effet de ta présence… Explorer ses limites…

Il sait que te revoir lui fera du mal, la première fois mais il se dit qu’ensuite…

Je suis d’accord.

Jamais on ne revoit les gens sans que cela nous touche, jamais Milena, malgré que tu sois la plus heureuse du monde, tu n’éprouveras d’indifférence à son égard.

Revoir un être aimé c’est comme monter sur scène. Accepter de jouer un rôle, se maquiller, mentir, faire semblant, applaudir et disparaître quand tombe le rideau des existences, pour ensuite, pleurer, crier, regretter, se démolir une fois de plus.

Sans cela, sans l’acceptation de cet instant, l’oubli est impossible, l’imagination nous harcèle, tissant la vie de l’autre au fuseau d’un fil d’or agrémenté de voyages oniriques et d’amours à la sensualité fantasmatique.

Que te dire de plus ?

Sinon que ce serait si simple Milena que tu t’en ailles !

Milena…

Pourquoi reviens-tu toujours au dernier moment, quand tout semble fini ?

Milena !

Toi,  tu n’y es pour rien, au fond !

Tout ça… C’est que des souvenirs !

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Published by Yiannis Lhermet - dans Projections (roman)
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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 10:55


_ Qu’attends-tu des voyages ? Demandes-tu à Milena, qui sirote dans ta cuisine, sans doute pour la dernière fois, un énorme bol de thé vert.

_ Je voudrais tout recommencer… Que ma vie soit de nouveau une page blanche sur laquelle j’écrirais différemment.

Tu ne réponds rien.

Sa réponse te semble tellement convenue.

Comme s’il était possible à long de terme de se sentir différent, ailleurs ?

Bien sûr, pendant un certain temps, le charme de la découverte, le temps de s’accoutumer aux lieux… mais ses angoisses, ses comportements excessifs, tout ça… ressurgira bientôt !

Tu le sais… tu ne lui dis pas.

Le voyage en train…

L’éloignement physique… elle sentira en elle le mouvement de sa vie, son illusoire marche en avant…

Pourtant… Il te semble que seuls les voyages intérieurs sont capables de bouleverser en profondeur un être.

Enfin… Il est possible qu’ils ne s’effectuent qu’en liaison avec un voyage physique.

Les êtres s’en vont pour se trouver assurent-ils !

Parfois, ils reviennent changés, d’autres fois plus perdus qu’avant.

Qu’en sera-t-il pour Milena ?

Tu ne veux pas la retenir !

Tu ne peux pas. Quoi que tu éprouves pour elle.

Il te semble parfois que tu n’as plus besoin de Milena.

Tu te sens plus fort qu’elle !

Sûr de ton jugement  tu crois que Milena fera machine arrière !

Tu ne sais pas encore qu’une fois partie…

Tu continues le jeu.

Tu agis selon des suppositions, tu penses que Milena ne se connaît pas.

Milena…

Elle devine ce qui la fait souffrir mais ne sait pas s’en protéger, elle sait les situations qui la mettent en danger mais, n’arrive pas à les éviter, s’y engouffre…

Elle s’en va.

Elle s’en va pour ne pas t’affronter.

Elle s’en va. Et dès lors elle n’a pas de choix à faire.

Elle rêve.

C’est drôle.

Elle cherche à être heureuse sans savoir vraiment ce qui la rend heureuse.

Que veut-elle…

Une vie à elle ? Différente de celle de son entourage ?

Sans doute…

Sûrement porte-t-elle en elle, encore… bien des renoncements…

C’est tellement compliqué un être et ce qui l’anime.

Pourtant, elle refuse toujours l’action, la vie, la réalité !

Elle se fait violence, mais elle traîne toujours son mal de vivre, partout où elle va.

Lucide, elle essaye bien d’assassiner cette part d’elle-même qui toujours l’emporte étrangement, l’enroule dans la rêverie, un monde de l’abstrait et trouble son quotidien, l’empêche de s’y ancrer durablement.  

Elle essaye encore dans  l’art, d’exprimer ses angoisses…

Pourtant…

Sa personnalité trop brouillonne, hésitante, incertaine, ne possède pas la maturité nécessaire ou tout simplement son manque de confiance en elle, son trop plein de connaissance l’empêchent de produire une œuvre satisfaisante… du moins, à ses yeux.

Elle en est là, à vivre en surface, rejetant sa sensibilité au lieu de l’aimer, elle ne sait pas que cette sensibilité est le moteur de sa vie, que c’est elle qui fait que tu l’aimes. Elle veut te la cacher, que tu la prennes pour une fille normale, c’est ironique au fond qu’elle veuille détruire la chose que tu aimes le plus en elle.

Ce feu qui la consume depuis l’enfance et qui l’empêche de vivre comme les autres est ce qui fait sa force, si elle continue à le combattre, il s’en ira sûrement, s’éteindra peu à peu, s’en doute dès lors trouvera-t-elle le repos mais ressentira-t-elle toujours un manque, une sensation d'inachevé, comme un tableau auquel il manque la couleur.

Tout est là dans ce principe de résilience…

Milena… Etoile encore endormie qui attend le cortège nuptial du ciel pâle et de la nuit pour éveiller enfin celle qu’elle poursuit et que toujours elle sème en vain.

Elle s’en va trop tôt et tu ne peux rien faire.

Elle est trop près et tu ne saisis pas l’instant. Elle s’en va trop tôt et tu ne lui dis pas qu’il ne faut pas tuer ses rêves pour se sentir un jour apaisée…

Mais qu’il faut chercher pour les rêves, avec ténacité, l’endroit de la réalité le plus à même pour leur donner corps et vie.

L’endroit qui convient le mieux pour les y déposer.

 

 

Rien n’est là…

Pas plus qu’ailleurs.

Tu as toujours trouvé les adieux si grotesques…

On s’en fait toute une histoire mais il y a toujours un détail ridicule qui vient, dans ces moments que l’on veut solennels, apporter sa touche d’absurdité.

Elle est là, elle…

Et qu’attend-elle de toi debout au milieu des passants, tous ces gens qui vont traînant leurs propres plaies et qui ne se doute de rien.

Tu prends conscience de l’instant… tu cherches ici, dans cette réalité, des indices, de quoi te faire des souvenirs vivants.

Entre vous tout est consommé, mâché et remâché, voilà que vos destinées se consument.

Les mots…

Ils ne servent à rien.

Tu joues le jeu selon ses règles…

Elle doit partir ! Tu fais mine de ne pas vouloir la retenir. 

Le décor.

Ce qui te fais mal au fond, c’est qu’elle ait choisi précisément cette petite place à deux pas de chez toi. Ce lieu fermé avec seulement deux entrées : si métaphoriquement agaçantes.

Dans quelques minutes tu te retourneras, vous prendrez chacun une sortie différente, vous passerez sous le porche napoléonien et s’en sera fini !

Cette place…

Tu aimais y flâner les dimanches après-midi d’automne. Te poser à ce bar, là bas, dont tu connais bien la patronne. Ecouter les rires rauques des buveurs bavards, le silence apaisant des joueurs de tarot et même te joindre à eux de temps en temps  pour faire le quatrième. Tu venais avec des amis le soir pour jouer au billard, lancer quelques fléchettes ou voir un match… Et puis, bien sûr, l’été, tu aimais bien flâner à une table sur la terrasse pour écrire quelques trucs.

Alors, ca te met en colère qu’elle s’approprie un lieu qui t’appartient.

Qu’elle te vole cette place, la remodèle… Pour te la rendre empreinte désormais d’un souvenir douloureux.

Elle est là qui attend la dernière réplique.

C’est stupide.

Les bras ballants le long du corps, elle te regarde, ça t’énerve.

Elle est là et de ses lèvres ne s’échappent que des banalités, elle te ment, ses mots sont des fantômes qui n’ont rien de commun avec ce que son corps a déjà mille et une fois prononcé.

Rien, nada !

Tu bafouilles...

Dans cette scène où vous êtes à la fois acteurs, metteur en scène et spectateurs flotte dans l’air du soir une dramaturgie étrange, née d’un mélange insolite de passé, présent et avenir qui pèse tout à coup sur vos corps contractés par l’émotion.

Vos cœurs cadenassés se taisent.

Combien de temps dure ce dernier face à face ?

Tu ne saurais le dire précisément…

Quelques minutes, une demi-heure… Ton esprit bourlingue dans tout les sens, tu te sens mal soudain…

Tu te retournes et tu t’en vas… sans l’embrasser.

Tu fuis d’un pas rapide vers la sortie sud, s’en te retourner, tu ne veux pas te retourner, tu sais qu’elle te regarde t’en aller.

Tu n’as rien dit de plus… peut-être attendait-elle ces mots que l’on ne dit parce que la situation nous fait si mal qu’il nous faut à tout prix la clarifier, tenter quelque chose.

Tu ne te retournes pas.

Sur le moment, c’est ce que tu as de mieux à faire…

Tu lui donnes sa tragédie… car comme toutes les héroïnes Milena ne t’aime que quand tu fuis.

Tu ne te retournes pas pour qu’elle se fasse violence, qu’elle mesure enfin ce qu’elle perd, qu’elle fasse pour de bon, toute seule, le chemin vers toi.

Vers ses sentiments.

Tout s’embrouille…

Tu prends sur toi, tu continues à jouer, tu ne te retournes pas pour la blesser, lui donner une entaille  au risque de la perdre.

Tu ne te retournes pas pour lui faire comprendre, l’emmener où tu veux puisque seule elle ne peut y aller.

Et quand tu te retournes, Milena n’est plus là.


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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 09:03



Une balade à vélo…

Une embuscade savamment orchestrée par la pluie !

Un film bête et mièvre que l’on est sûr de ne pas suivre jusqu’au bout…

C’est facile.

Pendant ces quelques mois passés avec Milena ta chambre est devenue un havre de tendresse, de sensualité, s’éveillant à son arrivée et plongeant dans la pénombre après son départ.

Te décentrant de toi, combien de fois, pendant ces heures de latence où elle n’était pas là, as-tu mobilisé ton esprit ?

L’esprit que l’on bourlingue aux quatre coins d’un monde de suppositions extravagantes…

L’esprit… qui raisonne, qui veut à tout prix offrir des preuves pour le cœur.

L’acte ne vient qu’ensuite…

Elle est là près de toi et tu donnes une importance infinie à l’infime possibilité que tu te sois trompé.

Repars là bas, maintenant !

Ne t’effraie pas de sentir grandir à nouveau Milena en toi… Alors, que l’écoulement de ta vie l’a chasse peu à peu.

C’est sûr. C’est plus facile de claquer la porte… de faire comme si de rien n’était, enfouir tout ça dans un coin, quelque part !

Il est tard.

La revoilà !

Vous venez de regarder un mauvais film...

Ricanant à chaque réplique…  

Tu dis à Milena que les acteurs sont comme des automates programmés à sortir la bonne tirade au bon moment !

Mais que dans la vie…

Elle acquiesce.

Ce soir tu as fait des efforts pour ne pas penser égoïstement, réfléchir pour deux, prendre soin d’elle. Tu lui a concédé le film… tu lui as préparé de la tisane…

Elle semble bien ici, chez toi.

Pourtant…

Tu sais qu’à tout moment elle pourrait s’enfuir.

Elle n’a pas sommeil.

Elle redoute le moment de partir ou de s’endormir sur ton lit…

Vous regardez un reportage sur Brel.

L’heure s’écoule et tu voudrais que le documentaire ne s’arrête jamais, tu as peur que la réalité vous assène tout à coup son insupportable banalité. Elle est impressionnée par la présence scénique du Grand Jacques et toi tu es un peu jaloux, tu aurais aimé qu’elle te regarde de la même façon.

Pour te venger de cet imaginaire concurrent tu déploies beaucoup d’arguments à critiquer son ton trop péremptoire, son lyrisme… son accent… sa manière de s’exprimer.

Il est très tard à présent.

Sans force, Milena s’allonge en travers sur ton lit tout habillée…

Elle fait comme si elle s’était endormie. Tu as posé sur son petit corps recroquevillé comme une sardine ; une couverture…

Tu t’es allongé sur le côté, mais pas contre elle, à quelques centimètres, comme si de rien n’était.

 

Tu sais qu’elle ne dort pas… en bougeant sous le drap, elle te le fait savoir.

Tes yeux s’habituent à l’obscurité…

Sa nuque souple, dans la pénombre de la chambre, couchée sous une mèche de cheveux, te semble une chose si douce que tu voudrais déposer sur elle un doigt délicat.

C’est drôle…

Tu réfléchis.

Pourquoi ne pas faire les choses simplement ?

Pourquoi ne t’a-t-elle pas dit :

_ Ce soir je suis fatiguée… Je peux rester chez toi ?

Au lieu de ça, elle fait semblant d’être submergé tout à coup par un sommeil harassant.

C’est plus facile.

Tu t’amuses de la voir agir encore comme une gamine de 16 ans.

Tu joues le jeu.

Tu voudrais la pousser dans ses retranchements… tu lui glisses une phrase pour la provoquer :

_ Si tu veux… tu peux dormir dans la chambre de mon colloc, vu l’heure, il ne va pas rentrer.

Elle ne répond rien.

Tu la bouscule un peu… elle soupire :

_ Non… je suis bien ici…

Et à ces mots, toi tu te sens comme un enfant !

Pourtant…

Ca te pèse cet entre-deux… Juste avant le premier geste !

Vous êtes sous les couvertures… vous n’avez pas osé ôter vos vêtements…

Vous êtes là et vous ne voudriez pas être ailleurs.

Même l’acte fatidique pour embraser vos corps ne te semble pas essentiel.

Tu le feras… dans quelques instants…

Tu le feras  pour une simple raison. Rien à voir avec un désir sexuel effréné.

Tu le feras pour commencer vraiment avec Milena.

Tu crois que tout sera plus simple ensuite.

C’est étrange de découvrir tout à coup son attachement à l’autre…

Voir naître le sentiment.

Les frottis de son corps près du tiens… son pied nu tout chaud que tu effleures et sa façon qu’elle a de se tourner vers toi de manière à te faire sentir que vos visages sont dans le même sens.

Et la cascade de non-dits…

Le langage du corps... Avec ses codes, ses secrets…

Les minutes qui s’écoulent… la lutte contre le sommeil… contre l’autre, lui,  le soleil et la voix qui chuchote… toujours sur le point de s’éteindre…

L’acte est là.

Suspendu au-dessus de vous, enroulé dans la nuit… L’acte auquel tu n’as pas donné forme encore, qui flotte dans le silence…

L’acte figé par le décompte des secondes… la force concentrée dans la main qui reste volontairement immobile, le buste qui se retourne comme pour signifier qu’il abandonne, la croyance irrationnelle en un geste de sa part…

 

Parce que la situation est tellement favorable…

Parce que les sous-entendus sont si expressifs mais c’est aussi parce que tu projettes, après des mois d’incertitudes, dans cet acte une telle délivrance  que tu ne peux qu’enserrer sa taille… tendrement… la retourner vers toi… sans un mot, deviner dans l’obscurité ses paupières ouvertes qui accompagnent déjà son souffle si proche de ta bouche…

Voilà.

Déjà tu t’aventures à caresser ses hanches du bout des doigts, son bassin, son tout petit nombril, accompagnant du bout des lèvres le mouvement de ta main. Doucement d’abord, amoureusement ensuite et puis bien sûr…

Corps à corps après le combat des esprits… corps désiré, rêvé, attendu, espéré silencieusement, offert à présent. Et que tu parcours sans en voir la fin, comme un explorateur débarqué dans le nouveau monde.

Milena s’ouvre à toi.

Enfin !

L’esprit s’est tu et avec lui toutes ses horribles contradictions, Milena se laisse aller pour la première fois, un peu, pas totalement, avec une certaine retenue.

Elle a peur.

De toi, de vous, d’elle et de ce qu’elle ressent.

Peur de la suite.

Un instant…

 

La voilà qui s’enfuit avec la nuit, aux lueurs pâles du soleil.

La voilà qui s’enfuit et dans cette fuite au creux du jour, sans doute se met-elle à raisonner.

Elle cherche à justifier son attitude de la nuit, elle cherche des indices pour lutter contre ces sentiments qui la troublent.

Pourtant…

Pourquoi prendre une décision…

Elle s’enfuit et c’est tout !
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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 16:03



La Milena que tu connais n’existera jamais en dehors de toi-même !

Son caractère, sa façon d’agir, de se livrer, de se protéger, tout ça… Cet être que tu t’attaches à dépeindre depuis le début est certainement mort aujourd’hui !

Mort, en même temps que votre relation.

Bien sûr, qu’il doit y avoir quelques constantes chez elle.

Cette relation ambiguë qu’elle entretient avec l’art et les mots, indépendamment de toi, par exemple.

Milena aime les mots, les belles phrases, le théâtre classique, la poésie romantique et éprouve souvent de la difficulté à s’exprimer de vive voix, elle accorde à l’écrit une valeur presque sacerdotale. Elevée dans l’amour de la lecture, habituée à se poser dans l’herbe tout à son aise ou à s’étendre bien au chaud sous sa couette, elle vit avec ce monologue silencieux que proposent les livres.

Sous la plume des grands écrivains - Milena ne lit que des classiques - elle cherche des réponses à sa vie bancale.

Elle se tient là, hors du monde, à dépoussiérer la pensée de ces êtres sensibles qui, dit-elle, lui ressemble.

Parfois, elle souligne au crayon à papier un passage… une phrase d’un auteur à laquelle elle s’identifie, qui lui appartient… Ca la rassure de partager avec un autre son mal de vivre, son mal d’aimer.

Elle a le cœur romanesque, la paix qu’elle ne décèle pas dans sa vie de tous les jours elle va la chercher dans l’art. Pourtant, elle n’aime que les livres qui lui ressemblent et fuit comme la peste les auteurs qui la mettent en danger par des propos trop brusques, Céline et autres André Gide.

Milena réclame des livres qui répondent à sa peine et qui s’écoulent, lentement, comme une douce mélodie, égrenant un monde poétique et reposant.

Elle prend un livre comme d’autres prennent des calmants, pour fuir ou s’évader, la différence est mince.

Cinéma, littérature, peinture, ne sont pas pour elle des supports ludiques, l’art est une nécessité pour son être qui s’y abreuve. Elle y voit un langage mystérieux qui ne parle qu’au cœur des initiés, elle pense que pour vivre il est vital pour elle de le déchiffrer.

L’art… seul moyen de fuir, finalement, plus que de s’évader, mais seul moyen de trouver la solution à ses angoisses, par hasard, là, au détour d’une phrase.

 Il semble que ses valeurs, ses idées, plus généralement son rapport à l’existence, elle ne l’a pas forgé au gré des expériences mais rêvé à travers la parole artistique de quelques-uns.

Tu te demandes souvent si elle était fragile au départ ou si peu à peu, à travers ses lectures, elle s’en est persuadée ?

Tout ça tourbillonne en elle…

Idéologie, morale, raisonnements fabriqués, concepts vagues nés de sa fréquentation des lieux artistiques…

Elle croit impérieusement à ces amours préfabriqués qui fleurissent les recueils de poésies comme en été fleurissent les bars au cachet faussement autochtone dans une station balnéaire !

Elle croit à la supériorité des poètes sur le commun des mortels, à la hauteur d’âme des femmes qu’ils ont aimées, elle croit à tout ce que la littérature a de fantasmatique et d’orgueilleux…

Elle accroche son cœur à la parole de tous ces types qui ont écrit, qui ont maquillé le squelette afin de donner de l’homme une image satisfaisante !

Elle ne veut pas de du quotidien.

L’amour, pour elle ?

Deux êtres se rencontrent et tout est là.

Elle ne conçoit pas l’effort, le compromis.

Elle voit dans la relation l’œuvre finale, sans se douter que pareils à ses chers écrivains qui tournent en rond, raturent, effacent, ajoutent, tronçonnent, remanient l’ouvrage… les balbutiements d’une relation ne sont rien au départ.

Alors, Milena garde précieusement toutes les traces écrites de ses histoires : lettres, textos, mails…

Comme si les souvenirs trop vagues ne lui suffisaient pas et qu’elle voyait dans l’empreinte verbale la seule preuve tangible.

Il doit lui sembler que ces morceaux de phrases brèves ou de textes plus conséquents, mis bout à bout, savamment agencés, peuvent lui donner la solution de ce qui a été et n’est plus aujourd’hui.

Comme si dans son esprit les actes passés, les étreintes, les caresses, les paroles jetées en l’air ne comptaient pas et que les mots seuls étaient la trace vivante et palpable de ce qui fût…

Car Milena ne parle jamais de ce qu’elle ressent qu’en des termes confus.

Ce sont des métaphores, le plus souvent liées à la nature ou des comparaisons floues.

Tu te souviens ?

Elle ne te dit rien.

Ne sait pas dompter pas son émotivité… Bégaye… Et… Tout à coup, elle te serre très fort, à bras le corps…

Puis, aussitôt, elle s’éloigne et te glisse dans le cou, tout doucement :

_ Tu sais, il vaudrait mieux.

Il vaudrait mieux…

Et toi…

Tu te convaincs qu’elle n’exprime pas ce qu’elle ressent.

Alors…

Frustré, en colère, tu as envie de l’insulter, de l’écorcher et c’est ce que tu fais. Elle est blessée, prête à s’enfuir…

Tu la retiens.

Te dévoile, elle ne comprend pas, elle ne dit rien, elle revient.

Elle t’agace de plus belle, tu te mets à boire....

Il vaudrait mieux…

C’est infiniment plus simple !

La norme, la bonne ornière, la justification pour ne pas se mettre dans une situation incertaine et dangereuse.

Clouer le bec du corps pour suivre ce qu’il vaudrait mieux.

Parce qu’on en souffre moins, parce qu’on croit que notre vie est ailleurs et qu’il faudrait déployer tellement d’énergie pour construire à nouveau quelque chose. Parce que si Milena envie les héroïnes de romans, elle n’a pas la force de leur ressembler et ce n’est plus la bonne époque…

Il vaudrait mieux…

Parce que sa vie continuera alors sans fièvre, mais aussi sans douleur !

Le destin ne vous a pas fait signe, rien ne vous pousse tangiblement l’un vers l’autre, vous n’avez pas de preuves… ce qu’elle ressent pour toi ne lui suffit pas.

Il vaudrait mieux…

Parce que sinon ça serait plus facile, une évidence, un coup de foudre et patati et patata…

Il vaudrait mieux…

Parce que toi aussi tu sembles douter !

Carcans merdeux, œillères, fausses justifications…

Il vaudrait mieux… car sans doute elle ne t’aime pas.

Il vaudrait mieux, Milena a raison !

Il vaudrait mieux, mais tu n’écoutes pas…

Il vaudrait mieux… Il est trop tard…

Déjà, Milena se laisse convaincre !

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Published by Arthur Vertou - dans Projections (roman)
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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 14:37



Elle ne se pomponne pas.

Elle ne voit pas l’utilité de mettre son corps en valeur.

Son esprit est ailleurs, là bas, dans les contradictions de son être.

Crèmes de beauté et autres mascaras sont sans doute des mots barbares à son vocabulaire. Si elle peut citer par cœur dix œuvres de Manet, elle ne pourrait égrener trois marques de rouge à lèvres.

Alors, elle garde pour unique coiffure un chignon fait à la va vite et les seuls ornements qui habillent son visage sont ses pragmatiques lentilles, deux ennemies mortelles qui te l’ont enlevé souvent… ces nuits où elle avait oublié d’emporter son produit.

Milena n’aime pas ne pas voir !

Milena n’aime pas qu’on la voie.

Discussions nocturnes…

Tu t’aperçois un soir que vous avez suivi le même cours à la Fac.

Tu ne l’as jamais remarqué, Milena…

Et puis maintenant elle est là, chargée de sens, conservant tout contre son sein, bien au chaud, à son insu, un peu de ta vie… partageant ton lit et tes illusions.

Le Destin ?

Le destin est abscons !

Seul le contexte, l’enchaînement irrationnel des évènements prends son importance pour mener deux êtres l’un vers l’autre.

Tu ne t’es jamais intéressé à elle, au fond.

Milena est même de ces filles qui t’agacent en tant qu’amie.

Maintenant, bien sûr c’est différent.

C’est différent car ses petites manies, son air maussade, ses crises de larmes, son manque de lucidité, ses discours enfantins sont les prémices de moments sensuels...

Milena l’enfant !

Impérieuse, capricieuse, chiante,  gâtée, pourrie, par ses parents, voilà la Milena sociale, toujours mal dans sa peau. Elle voudrait toujours être ailleurs, il lui faut toujours autre chose : une autre sorte de thé, une autre taie d’oreiller, un autre film, livre, shampoing, coussin…

Elle te ressemble.

Elle a peur.

Elle se vexe si tu ne pèses pas exactement tes mots,  boude, fait la moue pour un rien, un détail.

Elle ne vit jamais au présent !

Elle est là…. Ange défiguré ne sachant s’envoler !

Tu la blesses sans t’en rendre compte, le monde la blesse et voilà que tu ne comprends pas pourquoi elle pleure.

 

Elle pleure…

De ne pas savoir ce qu’elle veut, de ne pouvoir exprimer son mal de vivre d’une autre manière…

Ses larmes… sont ton ivresse.

Elle cherche dans cette vie un équilibre, un rien et elle  vacille !

Qu’elle se protège tant qu’elle peut, rien n’y fait.

Le monde est là, la parasitant… la paralysant !

Pourtant…

Comme toi elle devra apprendre à l’affronter, tu as confiance en elle, tu penses, quand Milena maîtrisera ses émotions, elle deviendra celle qu’elle poursuit !

Il te semble parfois, que ce n’est pas la Milena que tu as connu que tu as aimé mais celle que tu pensais qu’elle deviendrait un jour.

Etrange, enfin…

Pour l’instant elle ne parvient pas à s’en sortir...

Toujours sur le qui-vive… un rien l’agresse ! Les pubs à la télé, les hommes dans la rue, un ami, un coup de fil de l’ANPE, des Assedic, de la fac, de sa mère, de son frère…

La voilà débordée pour ses dossiers de fac, la voilà en retard, la voilà paniquée, la voilà qui tremble et fond en larmes au milieu de la foule.

Pas d’explication plausible.

Elle est lucide Milena… mais elle ne se maîtrise pas.

Elle voudrait tellement pouvoir vivre simplement...

Elle ne sait pas.

Elle ne sait pas que cette sensibilité qui l’habite fait sa force !

Qu’une fois canalisée, maîtrisée cette énergie sera la force créative qui mènera sa vie.

Tu ne lui dis rien, tu n’en es pas sûr, encore.

Et puis elle est naïve… Ca t’amuse ! De la voir projeter la vie des autres ainsi. Milena croit de bonne foi,  que les masques que les gens portent au quotidien sont réels. Elle croit ce qu’elle voit ! Elle ne se doute pas que derrière ceux-ci naviguent des êtres torturés, en proie, comme elle, à diverses agitations.

Elle ne sait pas que tous ceux là autour se cachent tant qu’ils peuvent, pour la raison qu’elle, Milena, ne triche jamais.

 

Elle se montre faible.

Elle s’interroge, se torture, se pousse dans ses retranchements, elle dépoussière, bêche, ratisse sa mémoire, elle est en quête de sens… de logique,  à tout prix. Parfois, certains de ses raisonnements la satisfont, elle croit avoir trouvé la solution… pour vivre sans risque, elle s’en tient à ce concept, un temps, hélas, toujours, survient un évènement quelconque qui fait voler en éclat le paradigme !

Alors, elle recommence…

L’écueil de Milena c’est de rejeter comme toi, au plus profond de son être, cette part d’elle-même qu’elle juge source de ses malheurs, de son inadéquation au monde.

Au fond, peut-être ne se sent-elle en phase avec elle-même que lors de ses cours de chant, bien au chaud au cœur du chœur de sa chorale. Là, elle dit se sentir en correspondance avec les êtres qui l’entourent, leur voix répondant à ces phrases musicales, lui apportant un peu de courage… du sens.

Toi, tu apprends de Milena, tu te reflètes dans ses yeux.

Toi tu as l’alcool pour comprimer tout ça, Milena, elle, fond en larme, se prive de nourriture, moleste son corps, s’enroule de cauchemars…

Voilà qu’elle te réveille au milieu de la nuit ! Sans savoir où elle est. Discours, maux de têtes, courbatures… elle parle… sans repères… tu ne comprends rien, tu sens en elle une sensation de vide, brutale, elle n’arrive plus à respirer… tu la prends dans tes bras, elle te serre, s’accroche à toi, tellement fort !

Chut…

Cela vient de nulle part, à tout moment, la saisissant soudain, est-ce des crises d’asthme, d’angoisses…

C’est une épée de Damoclès qui pèse sur ses épaules frêles, en permanence. Aussi s’effraye-t-elle de vivre un moment heureux.

Elle s’interroge sur celui-ci, s’en éloigne, le médite et déjà pressent la crise d’angoisse qui lui fera pendant.

A-t-elle mérité ce tronçon de vie, pourquoi est-il différent, pourquoi se sent-elle bien à cet instant précis, dans ce contexte particulier et pourquoi n’arrive-t-elle pas à le prolonger ?

Milena te semble faire partie de ces êtres si bien conditionnés à un état de nonchalance, de troubles intérieurs, que pour eux, même la sensation de se sentir bien leur fait tourner la tête. Elle n’arrive pas à se laisser aller, profiter, faire le vide dans son esprit et vivre, tout simplement.

Et toi ? Pense-y, maintenant.

L’as-tu aimée parce qu’elle te renvoyait l’image de tes propres angoisses ?

Bien sûr.

Tu n’aimes pas la Milena épanouie, tu aimes en elle l’hôte funeste qu’elle ne pourra jamais tuer complètement. Tu aimes ce qu’elle ne contrôle pas, ses pulsions destructrices, sa sensibilité à fleur de peau, sa propension à exacerber ses sentiments. Tu aimes le regard qu’elle porte sur ce qui l’entoure, la faculté qu’elle a de saisir, au milieu de la foule, les non-dits.

Tu aimes Milena égoïstement. Tu plonges en elle, tu trouves en elle celui que tu as été avant de ne plus te lacérer l’esprit sans cesse, de t’en vouloir de ne pas avoir les préoccupations des autres…

Tu voudrais la sauver.

Tu voudrais lui dire tout ça mais, en larmes, elle ne t’entend pas.

Les mots ne pénètrent pas le cœur de ceux qui n’ont pas vécu.

Oui, tu aimes Milena pour celle qu’elle aura le courage de devenir, quand elle trouvera sa passerelle vers le monde.

Petit oiseau elle s’envolera à l’air libre, libérée de tout.

Mais c’est trop tard, pour vous.

Alors repense avec tendresse, sans mépris, à ses balbutiements… ses contradictions permanentes… cette lutte qui se joue dans son cœur… son dédain total pour les idées féministes, la politique, la religion… tout ce qui n’était pas de l’ordre du ressenti.

Souviens-toi cette volonté de passer inaperçue, cette faculté qu’elle avait de s’abandonner dans tes bras sans force, vide et la force qu’elle avait de repartir le lendemain à la bataille.

Elle est ta petite sœur de faïence.

Pourtant…

Et si rien n’était vrai ?

Si toutes tes suppositions n’étaient qu’un fil d’Ariane sans issue, si tout simplement Milena était ainsi car elle ne t’aimait pas.

Une Milena fabriquée, rêvée, dont tu as brossé les traits au pinceau des illusions, pour un tableau impressionniste ?

Une Milena irréelle, inventée au gré de ta lecture, forgée dans un dédale de fantômes romantiques et romanesques ?

Tu as toujours crû en la toute puissance de ton ressenti, crois y encore, bien sûr !

Peu importe, au fond…

Peu importe qu’elle soit ainsi ou autrement.

Peu importe…

La vie est là.

A la lentille des souvenirs, Milena prend mille et une apparences et se meut dans un va et vient incessant.

Ni toi, ni Milena, n’êtes des personnages de roman.

Ne renies rien de ce que vous avez été, aime la Milena que tu as cru aimer !


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Published by Arthur V. - dans Projections (roman)
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 10:21



Tu sais…

Vos destinées resteront indécises aussi longtemps qu’entre vous rien n’aura été dit.

Mais il faut te convaincre que tout ce qui fait le romanesque n’a pas droit de cité dans votre histoire.

Ne t’attend pas à un rebondissement spectaculaire !

Tout est là désormais, en vous…

Si tu ne laisses rien sortir…

Peu à peu ça disparaîtra.

Ensuite…  cela commencera à te ronger, tu projetteras mille et une illusions, et tu finiras par la détester.

C’est con !

Tu y penses moins…

Mais tu reviens vers elle les soirs où ton existence a cet impérieux besoin de combler le vide, de trouver un sens… quand tu as un peu froid… que tu es seul sous tes draps…

Bien sûr que tu rencontreras celle qui lui ressemble, mais rien ne sera réglé pour autant !

Rien ne s’oublie vraiment, c’est dur de se guérir, c’est comme l’alcool !

Ca revient toujours, un jour ou l’autre.

C’est vrai, ça s’atténuera !

Mais elle sera toujours en toi…

Que voudrais-tu lui dire ?

Que souhaites-tu régler ?

Pour qu’elle puisse enfin s’assoir quelque part… avec les autres dans un coin de ta mémoire !

Tu sais, plus tard, quand s’en sera presque fini des sentiments, tu voudras qu’elle soit fière de toi !

Et puis tu n’en auras plus rien à foutre.

Déjà… tu auras oublié sa voix, son odeur, son visage, et elle trop fluette ne pourra même pas justifier à tes yeux celui que tu es devenu sans elle.

Ce sera terminé.

Elle ne verra jamais ce que tes yeux apercevront de plus sensible, elle ne vivra pas  ces moments rares ou tu suivras fixement le chemin qui mène à toi-même…

Tu es déjà triste à cette idée…

Mais tu n’en es pas là.

Pour l’instant…

Elle te semble unique, elle te semble la seule qui te comprend.

Tu imagines à peine ta vie sans elle.

Tu crois qu’elle t’a rendu meilleur ?

C’est pour cette raison que tu t’attaches à elle ?

C’est cela que tu lui reproches ?

Regarde…

Mais regarde,  comme en parler te permet de faire le ménage.

C’est comme  écrire…

Rêver !

Etre physiquement quelque part et projeter son esprit ailleurs.

Les pensées maraudent un espace distant, une époque consommée ou en devenir.

Tu t’égares, ressent, rapièce, ravive tout ça.

Et puis tu le ratures pour soudain te projeter en avant, timidement…

Tu imagines ta vie sans elle, avec une autre…

Tout t’est permis.

Rêve la différente de Milena, pour l’être, toi aussi.

Tu as raison…

Mais j’y reviens, encore, c’est important.

Il faut d’abord saisir la fugitive.

Bien sûr avec tes mots ! Les miens… ceux des autres, aussi.

Sans vouloir débusquer la vérité !

Les êtres sont changeants… mais il est essentiel, pour toi, maintenant, d’avoir de Milena une photographie satisfaisante.

Quel est ton premier souvenir ?

Comme ça, sans réfléchir…

Une soirée…

Dans un bar ? D’accord… Milena que fait-elle ? Elle est au bras de son copain. Tu le connais ? D’accord. Et puis ? Elle ne pipe mot. Si… elle parle. Mais… tu n’entends pas sa voix. Pourquoi ? La musique. Milena parle doucement. Son cou ? Tu regardes son cou sur lequel brille un petit médaillon, elle sourit. A qui ? A toi. Tu la trouves jolie.

Tu ne vois pas son corps, juste son minois.

Elle a l’air… Chiante !

Comment ça ? Elle tire le bras de son copain, pour qu’il se décale… elle n’a pas de place… elle veut une cigarette. Son visage se déforme un peu… il semble être la seule partie de son corps capable de s’exprimer… son buste est, lui, immobile, il écoute en silence, respectueusement, cette tête d’enfant et s’étonne de lui appartenir.

Quoi d’autre ?

Elle est assise dans son coin et ses grands yeux suivent la conversation, elle n’intervient pas. Soudain elle dit quelque chose, tu n’entends pas.

Tu ne distingues pas ses seins sous son gilet.

Milena fuit comme la lèpre les tenues moulantes, les jupes qui auraient l’audace de faire mordiller ses jambes par le soleil et les méchants débardeurs pervers qui, malheur à eux, laisseraient à l’air libre son nombril.

Mais déjà elle se lève et s’en va dans la nuit.

Tu ne t’es même pas aperçu qu’elle est partie.

Tu la verras souvent sans qu’elle n’existe…

Tu la verras souvent avant qu’elle ne devienne pleinement Milena.

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