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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 14:46

2-

 

Alors, tu t’inventes tes petites histoires…

Tu t’imagines perché sur le pont d’un bateau…

Là, respirant l’air marin

Chaque vague te berçant d’aspirations nouvelles

Le corps léger comme une plume… Ta peau palpant les moindres rayons du soleil comme des élans de vigueur.

Milena serait loin.

Le bateau accoste sur l’île …

C’est tellement plus simple.

Tu n’aurais plus songé à Milena.  

Il y aurait eu sans doute de brefs moments d’inertie où tu te serais surpris à forcer le destin, à douter, à penser

Ta mémoire l’aurait réinventé encore différente.

Plus belle, moins agaçante 

Tu aurais voulu que votre histoire eût quelque chose de beau.

Mais comme dans les livres, tu aurais rencontré une autre fille…

Julie, Julia… Juliette ?

Juliette aurait été serveuse dans un bistrot de l’île. Tu l’aurais aperçue à un feu sur la plage.

Quand tu serais venu prendre une bière au bar, elle t’aurait posé tout un tas de questions et, bien sûr en entendant tes réponses elle aurait souri.

Bien sûr, toi, au début, tu aurais joué les timides.

Bien sûr, Juliette aurait eu deux jolis yeux verts. Deux jolis yeux couleur pêche mordillant amoureusement sa petite frange châtain clair… De longs cheveux fins  sur son cou nu et au milieu de son visage un petit nez pointu de Cléopâtre…

Un matin, tu aurais senti une main délicate se poser sur ton épaule, tu aurais su sur l’instant que c’était la sienne, elle aurait murmuré :

_Dis, tu fais quoi, toi, ce soir… Nous, on fait un petit pot de départ pour une copine, si ça te dis de venir… 

   Tu te serais informé du nom du camping, puis tu aurais répondu de manière évasive comme quand le héros fait semblant de ne pas être intéressé...

Intérieurement, tu aurais bouillonné.

Tu serais rentré, alerte comme un enfant, tu te serais douché en sifflotant L’hymne à l’amour. Après avoir enfilé ta plus belle chemise, tu aurais enfourché ton vélo, armé d’une bonne bouteille de vin, de l’espoir plein les yeux.

Tu aurais pédalé doucement, profitant pleinement de ces instants d’incertitude où les pensées s’affolent,les desseins les plus fous traversent l’esprit de celui qui s’en va le cœur battant

Tu te serais plu à réinventer le contour de ses hanches, son bassin, son tout petit nombril que tu aurais aperçu une foissa façon de parler d’un sujet sérieux, de tenir son verre, de rire quand tu lui aurais dit que tu étais écrivain. Et puis, son parfum…

Tu aurais profide ces zones d’ombre qui entourent une fille que tu idéalises car elle t’est encore inconnue.  

 L’emplacement de camping de Juliette aurait ressemblé à tous les autres emplacements de saisonniers. Des vélos entassés les uns sur les autres, un arbre parasol pour la sieste, des tentes formant un demi-cercle...

Juliette et ses amies auraient possédé une table en plastique et trois ou quatre tabourets, des rondins de bois auraient fait office de chaises. Juste à coté il y aurait eu un tapis ou une fine couverture sur laquelle on aurait disposé le réchaud, les assiettes, la nourriture, lalcool, tous les ustensiles nécessaires au repas.

Le sol, quant à lui, bien sûr, aurait été jonché d’allumettes, de mégots de cigaretteset le matin des cadavres de bouteilles somnolant encore repus de la veille sur l’herbe fraîche.

Arrivé au camping tu te serais laissé guider par les forts éclats de voix et la musique. Une bonne dizaine de personnes t’aurait accueilli, assises en rond  sur un tapis marocain, buvant de la bière, grattant des guitares, certaines roulant des joints

Au premier abord tout t’aurait agacé.

Tu aurais aperçu Juliette.

Ce soir là elle aurait porté un débardeur noir et une petite jupe blanche.

Tu aurais voulu la séduire.

Pourtant…

Après t’avoir salué de loin, elle se serait vitement détournée de toi pour reprendre une conversation ponctuée de grands éclats de rire avec un type.

Il faut toujours un autre type pour que cela soit romanesque…

Tu te serais rapproché d’eux afin d’espionner leur conversation.

-       T’écoutes quoi, toi comme musique ? 

-       Un peu de toutchanson française… les Têtes-raides, Fersen

-       Comme moi !

   Dans ton coin, tu aurais exécré cette satisfaction qu’éprouvent les êtres à avoir des goûts en communs.

Je t’entends d’ici :

-        Suffit-il d’apprécier les mêmes choses pour se ressembler et est-ce simplement parce que l’on se ressemble qu’on va baiser ?

Dépité par ce manège, tu aurais vidé ton verre, avant d’aller t’asseoir près des deux grateux, cheveux longs et joint au bec.

La mauvaise réputation

Dans une rue de Paname

Tu aurais chanté avec eux, d’un air faussement enjoué, les grands classiques de ta génération.

Tu aurais refusé le joint qu’ils t’auraient tendu en le passant à ton voisin.

Et puis, bien sûr, tu aurais pris la guitare.

L’instrument en main, tu aurais plaqué du plus fort possible un Mim, ce qui aurait attiré sur toi l’attention, avant d’entonner d’une voix forte :

« _ C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’hommetata tan.»

La chanson de Prévert, Je suis venu te dire que je m’en vais, Le Plat pays, Les vieux amants

Peu à peu les conversations se seraient tues, quelques uns se seraient rapprochés de toi, une petite brune avec une belle voix cassée t‘aurais serré de plus près, toute émoustillée de pouvoir, sur Nantes, mettre sa voix en valeur.

Tu n’aurais plus pensé à Juliette…

Amsterdam

 Une sorte de communion se serait créee entre les êtres, ceux qui se taisaient n’auraient pu s’empêcher, presque malgré eux, de glisser dans le brouhaha général quelques notes, comme portés par l’intensité de la voix du groupe.

Au fur et à mesure que la chanson se serait écoulée, le crescendo aurait grandi, tout le monde gueulant à tue-tête, quelque chose d’étrange pénétrant le cœur de chacun…

La chanson se serait terminée brusquement.

L’ambiance, l’enthousiasme des gens t’aurait soudain grisé plus que l’alcool.

Tu aurais apprécié cet instant, j’en suis sûr.

Cet instant rare tout s’oublie

Où l’on se laisse aller à être soi-même dans un lieu parsemé d’inconnus.

Tu aurais senti balbutier en toi cet être neuf, sans passé, après lequel tu cours ici sans jamais le rattraper.

Juliette

Elle n’aurait rien dit.

Tu n’aurais pas eu le temps de saisir en elle une émotion précise.

 Comme un coup de couteau dans la nuit, une voix se serait élevée, celle du proprio :

-       Vous me faites chier avec votre musique de merde !

 

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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