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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 09:49

3-



Alors, vous seriez partis en stop en quête d’une soirée.

Tu aurais fait partie du dernier groupe composé des deux grateux

Et, bien sûr… de Juliette.

Pendant que vos deux acolytes se rouleraient une clope, vous auriez tendu le pouce, traitant de tous les noms d’oiseaux chaque conducteur dont la voiture aurait été susceptible de vous accueillir et qui, par égoïsme aurais-tu dit, contituait son chemin.

 Au bout de quelques minutes une 205 GTI aurait stoppé net… 50 mètres devant vous.

Vous auriez couru…

Tu te serais engouffré derrière, suivi de Juliette et des deux autres.

Comme vous auriez été trop serrés, Juliette aurait grimpé spontanément sur tes genoux.

Les vitres ouvertes… le vent s’engouffrant dans vos cheveux… l’air frais des nuits bretonnes rafraichissant agréablement ton visage réchauffé par l’alcool…

Il aurait fait noir.

On n’aurait distingué que des ombres et les cigarettes allumées auraient semblé de petites lucioles dans la pénombre.

Une musique apaisante dans le posteles Velvetpersonne pour souffler mot.

 

Tu aurais contemplé le ciel, grisé par la vitesse et l’air giflant ton visage.

Quand le conducteur aurait freiné un peu trop rudement, ta tête se serait affaissée contre le dos nu de Juliette et sur tes joues tu aurais senti sa peau humide perdant quelques perles de sueur tièdes.  

Dans les virages vous auriez penché de côté, Juliette aurait fait mine de tomber, alors, tes mains protectrices auraient enserré sa taille pour la retenir, effleurant, l’air de rien, le carré nu de peau entre la jupe et le débardeur

A mi-chemin, comme ça, d’un geste brusque, elle aurait pris ta main dans les siennes, tu l’y aurais laissée quelques instants immobile, puis tes doigts engourdis se seraient réveillés. Tu aurais caressé ses phalanges, la paume de sa main, ses doigts menuscomme un aveugle tu aurais jugé la grosseur de ses poignets, enfin vos doigts se seraient enlacés dans la position symbolique des amoureux.

Ce rituel simple mais qui procure à ceux qui l’ont cent fois pratiqué une sensation toujours renouvelée aurait été accompli dans la pénombre, sans regard, ni parole.

Tu l’aurais déjà presque aimé cette Juliette insaisissable, lunaire, fugitive…

Tu aurais voulu que la voiture n’arrive jamais, qu’elle roule sans fin. Toujours plus loin… pour rester avec cette étrangère, légère comme une plume sur tes genoux. Cette étrangère qui sans te demander ton avis, sans vouloir éclaircir une situation, capricieuse geôlière, aurait emprisonné une de tes mains dans les siennes.

Tes amours passés

Milena...

Tout t’aurait semblé fébrile, comme sur le point d’être accepté.

Ta revanche !

Une justification.

Juliette dans tes bras

Soudain !

 

La longue file de voitures au bord de la route.

 La portière s’ouvre, la lumière se fait et précipitamment, sans crier gare, Juliette  lâche ta main.

Tu sursautes, tu ne la retiens pas…

Au loin, le pilonement redondant, assourdissant des enceintes

Les rires rauques, le tintamarre des canettes de bières qui s’entrechoquent…

Retour à la réalité douloureux.

La fête qui bat son plein et déjà tu aurais voulu battre en retraite.

 

Juliette, alerte, t’aurait tendu une bière tandis que le gros du troupeau était rassemblé autour de deux énormes enceintes… un peu plus loin, agglutinés les uns sur les autres, se trémoussant au rythme des platines.

Pour les atteindre il aurait fallu emprunter un petit chemin.

Des deux côtés, des mecs assis en rond sur l’herbe, buvant des mixtures rougeâtres, oranges, transparentes dans des bouteilles en plastique ; se poussant virilement en hurlant à tue-tête des chansons… des couples, se tenant à l’écart… de jeunes merdaillons faisant pétarader leur scooter à l’arrêt pour impressionner de  mignonnes midinettes en minijupe et, sur le sol, une hécatombe de mecs allongés, ivres morts qui les yeux brouillés auraient cherché dans les étoiles un ultime réconfort.

 

Le feu se serait déclaré en un instant, à vingt mètres de vous.

L’herbe en cette saison de canicule aurait été haute et sèche, en quelques minutes les flammes auraient mordillé près de trente mètres carrés de terre, gagnant à chaque instant du terrain.

Sûrement, aurais-tu appris le lendemain que le jeune propriétaire qui à ce moment là s’amusait, pour impressionner la galerie, à cracher du feu, aurait utilisé intelligemment son briquet pour vérifier si son bidon contenait encore de l’essence.

Bref…

Une cohue générale s’en serait suivie !

Des fêtards dans tous les sens… se piétinant presque… des groupes de jongleurs ivres ne bougant pas, rigolant entre eux, dansant près du feu tout en vidant dessus le contenu de leur bouteille.

Juliette tout à coup se serait retournée vers toi, le visage pâle et d’une voix d’enfant autoritaire elle t’aurait dit :

-        On ne se lâche pas, hein, on reste ensemble !

Cette fois-ci, c’est toi qui l’aurait entraînée par le bras…

D’un pas rapide, vous auriez rejoint la route.

Une fois à l’abri vous vous seriez arrêtés en haut d’un petit monticule de terre et, comme lors d’un quatorze juillet, vous auriez contemplé le spectacle.

Le feu s’étirant comme un serpent, de grandes bouffées de fumée s’élevant dans les airs, formant des nuages de brumes épaissesune odeur d’herbe brûlée se mêlant au parfum de l’été aurait titillé agréablement vos narines.

Au loin, la sirène des pompiers aurait retenti, il n’aurait plus été de mise de rêvasser.

En un éclair, tu serais sorti de ta torpeur, entraînant Juliette vers un Kangoo blanc où deux types déjà s’engouffraient.

Tu leur aurais demandé sils pouvaient vous déposer.

Le conducteur n’aurait pas eu l’air de la première fraîcheur et lorgnant de ses yeux vitreux les jambes de Juliette il aurait répondu sèchement :

-        La fille oui, pas toi.

D’un air hautain Juliette aurait rétorqué :

-       C’est mon copain, on reste ensemble.

Le type aurait ricané tout en vous faisant monter derrière.

A l’arrière, en plus du bordel, deux vélos auraient occupé les trois quarts de la place.

Tu te serais assis dos contre la grille, Juliette, elle, se serait allongée contre toi.

Au bout de quelques instants, d’un air grognon le passager vous aurait adressé la parole :

_ Ca vous dit pas une fête chez une copine ?

 

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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