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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 10:55


_ Qu’attends-tu des voyages ? Demandes-tu à Milena, qui sirote dans ta cuisine, sans doute pour la dernière fois, un énorme bol de thé vert.

_ Je voudrais tout recommencer… Que ma vie soit de nouveau une page blanche sur laquelle j’écrirais différemment.

Tu ne réponds rien.

Sa réponse te semble tellement convenue.

Comme s’il était possible à long de terme de se sentir différent, ailleurs ?

Bien sûr, pendant un certain temps, le charme de la découverte, le temps de s’accoutumer aux lieux… mais ses angoisses, ses comportements excessifs, tout ça… ressurgira bientôt !

Tu le sais… tu ne lui dis pas.

Le voyage en train…

L’éloignement physique… elle sentira en elle le mouvement de sa vie, son illusoire marche en avant…

Pourtant… Il te semble que seuls les voyages intérieurs sont capables de bouleverser en profondeur un être.

Enfin… Il est possible qu’ils ne s’effectuent qu’en liaison avec un voyage physique.

Les êtres s’en vont pour se trouver assurent-ils !

Parfois, ils reviennent changés, d’autres fois plus perdus qu’avant.

Qu’en sera-t-il pour Milena ?

Tu ne veux pas la retenir !

Tu ne peux pas. Quoi que tu éprouves pour elle.

Il te semble parfois que tu n’as plus besoin de Milena.

Tu te sens plus fort qu’elle !

Sûr de ton jugement  tu crois que Milena fera machine arrière !

Tu ne sais pas encore qu’une fois partie…

Tu continues le jeu.

Tu agis selon des suppositions, tu penses que Milena ne se connaît pas.

Milena…

Elle devine ce qui la fait souffrir mais ne sait pas s’en protéger, elle sait les situations qui la mettent en danger mais, n’arrive pas à les éviter, s’y engouffre…

Elle s’en va.

Elle s’en va pour ne pas t’affronter.

Elle s’en va. Et dès lors elle n’a pas de choix à faire.

Elle rêve.

C’est drôle.

Elle cherche à être heureuse sans savoir vraiment ce qui la rend heureuse.

Que veut-elle…

Une vie à elle ? Différente de celle de son entourage ?

Sans doute…

Sûrement porte-t-elle en elle, encore… bien des renoncements…

C’est tellement compliqué un être et ce qui l’anime.

Pourtant, elle refuse toujours l’action, la vie, la réalité !

Elle se fait violence, mais elle traîne toujours son mal de vivre, partout où elle va.

Lucide, elle essaye bien d’assassiner cette part d’elle-même qui toujours l’emporte étrangement, l’enroule dans la rêverie, un monde de l’abstrait et trouble son quotidien, l’empêche de s’y ancrer durablement.  

Elle essaye encore dans  l’art, d’exprimer ses angoisses…

Pourtant…

Sa personnalité trop brouillonne, hésitante, incertaine, ne possède pas la maturité nécessaire ou tout simplement son manque de confiance en elle, son trop plein de connaissance l’empêchent de produire une œuvre satisfaisante… du moins, à ses yeux.

Elle en est là, à vivre en surface, rejetant sa sensibilité au lieu de l’aimer, elle ne sait pas que cette sensibilité est le moteur de sa vie, que c’est elle qui fait que tu l’aimes. Elle veut te la cacher, que tu la prennes pour une fille normale, c’est ironique au fond qu’elle veuille détruire la chose que tu aimes le plus en elle.

Ce feu qui la consume depuis l’enfance et qui l’empêche de vivre comme les autres est ce qui fait sa force, si elle continue à le combattre, il s’en ira sûrement, s’éteindra peu à peu, s’en doute dès lors trouvera-t-elle le repos mais ressentira-t-elle toujours un manque, une sensation d'inachevé, comme un tableau auquel il manque la couleur.

Tout est là dans ce principe de résilience…

Milena… Etoile encore endormie qui attend le cortège nuptial du ciel pâle et de la nuit pour éveiller enfin celle qu’elle poursuit et que toujours elle sème en vain.

Elle s’en va trop tôt et tu ne peux rien faire.

Elle est trop près et tu ne saisis pas l’instant. Elle s’en va trop tôt et tu ne lui dis pas qu’il ne faut pas tuer ses rêves pour se sentir un jour apaisée…

Mais qu’il faut chercher pour les rêves, avec ténacité, l’endroit de la réalité le plus à même pour leur donner corps et vie.

L’endroit qui convient le mieux pour les y déposer.

 

 

Rien n’est là…

Pas plus qu’ailleurs.

Tu as toujours trouvé les adieux si grotesques…

On s’en fait toute une histoire mais il y a toujours un détail ridicule qui vient, dans ces moments que l’on veut solennels, apporter sa touche d’absurdité.

Elle est là, elle…

Et qu’attend-elle de toi debout au milieu des passants, tous ces gens qui vont traînant leurs propres plaies et qui ne se doute de rien.

Tu prends conscience de l’instant… tu cherches ici, dans cette réalité, des indices, de quoi te faire des souvenirs vivants.

Entre vous tout est consommé, mâché et remâché, voilà que vos destinées se consument.

Les mots…

Ils ne servent à rien.

Tu joues le jeu selon ses règles…

Elle doit partir ! Tu fais mine de ne pas vouloir la retenir. 

Le décor.

Ce qui te fais mal au fond, c’est qu’elle ait choisi précisément cette petite place à deux pas de chez toi. Ce lieu fermé avec seulement deux entrées : si métaphoriquement agaçantes.

Dans quelques minutes tu te retourneras, vous prendrez chacun une sortie différente, vous passerez sous le porche napoléonien et s’en sera fini !

Cette place…

Tu aimais y flâner les dimanches après-midi d’automne. Te poser à ce bar, là bas, dont tu connais bien la patronne. Ecouter les rires rauques des buveurs bavards, le silence apaisant des joueurs de tarot et même te joindre à eux de temps en temps  pour faire le quatrième. Tu venais avec des amis le soir pour jouer au billard, lancer quelques fléchettes ou voir un match… Et puis, bien sûr, l’été, tu aimais bien flâner à une table sur la terrasse pour écrire quelques trucs.

Alors, ca te met en colère qu’elle s’approprie un lieu qui t’appartient.

Qu’elle te vole cette place, la remodèle… Pour te la rendre empreinte désormais d’un souvenir douloureux.

Elle est là qui attend la dernière réplique.

C’est stupide.

Les bras ballants le long du corps, elle te regarde, ça t’énerve.

Elle est là et de ses lèvres ne s’échappent que des banalités, elle te ment, ses mots sont des fantômes qui n’ont rien de commun avec ce que son corps a déjà mille et une fois prononcé.

Rien, nada !

Tu bafouilles...

Dans cette scène où vous êtes à la fois acteurs, metteur en scène et spectateurs flotte dans l’air du soir une dramaturgie étrange, née d’un mélange insolite de passé, présent et avenir qui pèse tout à coup sur vos corps contractés par l’émotion.

Vos cœurs cadenassés se taisent.

Combien de temps dure ce dernier face à face ?

Tu ne saurais le dire précisément…

Quelques minutes, une demi-heure… Ton esprit bourlingue dans tout les sens, tu te sens mal soudain…

Tu te retournes et tu t’en vas… sans l’embrasser.

Tu fuis d’un pas rapide vers la sortie sud, s’en te retourner, tu ne veux pas te retourner, tu sais qu’elle te regarde t’en aller.

Tu n’as rien dit de plus… peut-être attendait-elle ces mots que l’on ne dit parce que la situation nous fait si mal qu’il nous faut à tout prix la clarifier, tenter quelque chose.

Tu ne te retournes pas.

Sur le moment, c’est ce que tu as de mieux à faire…

Tu lui donnes sa tragédie… car comme toutes les héroïnes Milena ne t’aime que quand tu fuis.

Tu ne te retournes pas pour qu’elle se fasse violence, qu’elle mesure enfin ce qu’elle perd, qu’elle fasse pour de bon, toute seule, le chemin vers toi.

Vers ses sentiments.

Tout s’embrouille…

Tu prends sur toi, tu continues à jouer, tu ne te retournes pas pour la blesser, lui donner une entaille  au risque de la perdre.

Tu ne te retournes pas pour lui faire comprendre, l’emmener où tu veux puisque seule elle ne peut y aller.

Et quand tu te retournes, Milena n’est plus là.


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