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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 13:49




Tes premières chansons…

Elles sont de toi, elles te satisfont.

Mais tu ignores tout, encore ! Tu te protèges… Par un certains mépris, des autres disciplines.

Ca dure un temps.

Mais qui aime l’art, qui sent en lui rugir une vocation, ne peut, s’il veut progresser, négliger ses ramifications.

Au début tu vis un peu comme un croyant extrémiste qui condamne toutes les religions différentes de la sienne, et qui pêchant par orgueil ne comprends pas que s’il s’y intéressait un temps soit peu elles renforceraient ses propres convictions.

Il en va de même pour l’art.

Qui choisit de ne se consacrer qu’à un de ses pendants, de mépriser les autres, ne peut être un artiste…

S’il en est !

Cracher sur la chanson quand on est poète…

Sur le cinéma quand on fait du théâtre…

C’est restreindre son champ de vision et ses possibilités expressives, sa créativité.

Tu ne le fais pas réellement par mépris.

Tu as peur.

Peur de cette manière de s’exprimer qui ne te parle pas encore, peur de cette sensibilité qui ne t’étreint pas ; au lieu d’y voir un apport constructif, dynamique pour ta propre discipline, tu y vois une concurrente, un ennemi, qu’il te faut rabaisser.

Tu es effrayé à l’idée de t’y essayer, d’être mauvais, de repartir à zéro, mais surtout d’être chamboulé… de te savoir en danger.

Combien de fois as-tu vu l’œil envieux et nostalgique d’un type fixer tes doigts alertes sur le manche de ta guitare, avant de te glisser :

_ Je m’y étais bien mis une fois mais… Si j’avais un peu plus de temps…

La guitare ça fascine toujours les gens, c’est comme la poésie.

Si les artistes sont tellement adulés, mystifiés, n’est-ce pas pour la raison que Monsieur Tout le Monde se rêve artiste ? Il aime à penser que ce sont des êtres supérieurs, torturés, doués dès la naissance et qui créent une œuvre, d’un coup, en un éclair de génie…

Mais Monsieur Tout le Monde va au spectacle et se pose dans son fauteuil.

Il ne veut pas voir les ratures, les brouillons, le tâtonnement incessants, tous les vilains petits canards qu’il faut pour faire un cygne.

Ni toi, ni moi… personne n’est doué, ni Rimbaud, ni un autre, ceux qui écrivent sont simplement des travailleurs animés, des artisans acharnés qui ont besoin de créer pour vivre.

Qu’importe que se soit mal ou bien, leur rapport malsain, qu’importe !

L’écriture est amère.

Si le menuisier peut admirer son meuble le soir, nous n’avons toujours à nous mettre sous la dent qu’un morceau de papier.

Et puis c’est vrai, si le verbe libère,  il nous enchaîne d’une autre manière.

 

Regarde-toi !

Combien de temps pour casser la gueule à tes maîtres ?

Tu ne comptes plus les poèmes palimpsestes…

Combien d’heures à écrire pour s’affranchir du style des écrivains crevés !

 La poésie…

Je crois, qu’éternellement,  pour la plupart, elle commencera à Hugo et s’arrêtera à Prévert.

 « Les sanglots longs… », « Demain dès l’aube »… La poésie est liée à l’enfance, à l’école, et toutes les approches modernes leurs sont inconnues ou insupportables. Aujourd’hui la poésie est un enfant dont la croissance est foudroyée par une maladie, la poésie ne grandira plus sans doute.

Tes premiers écrits…

Tu ne brodes pas des vers sur ce qui t’entoure, tu ne prends pas ton inspiration dans le monde que tu habites mais, et c’est, je crois, le travers de la plupart des apprentis écrivains, tu puises des bouffées verbales, des rythmes, des sons, au canevas de tes lectures. Les mots sont démodés, Nuits, Etoiles, Cœur, Nature, Fleur

Ca sonne, là, bien au chaud, confiné dans tes alexandrins grassouillets, mais, c’est drôle, tu ne ressens rien…

Tu te forces à t’émouvoir comme tes prédécesseurs devant un paysage, mais rien n’y fait.

Rien n’est vrai, tous ces mots peuplent ton imaginaire. Ces mots marqués au fer rouge. Tu n’a rien de moderne, tu crois que la poésie, doit être foncièrement poussiéreuse, ne peu s’étoffer du vulgaire de la réalité.

Tu vas de part la nature en quête de toi-même. Elle est là, elle a son charme apaisant, tu aimes t’y balader, mais la nature ne te parle pas, elle ne véhicule plus rien ou presque, elle ne fait plus parti de ton quotidien.

Un temps tu essayes de la magnifier en de longues descriptions. Les sonorités coulent et glissent sur le papier, majestueuses, les rimes riches papillonnent à chaque fin de vers, mais tu ne ressens rien.

Alors jeune barbouilleur de pages blanches tu t’en veux de ne pas déceler ses secrets qui, tu t’en convaincs, ne parlent qu’au cœur des initiés.

Tu fais semblant, tu feins l’émotion, mais ils sont là les autres, ils sont là et leurs œuvres pèsent sur toi.

Tu les aimes… Tu entends leur voix !

Je les aime aussi mais d’une autre manière.

Pas pour ce qu’ils disent, encore moins pour la manière fanée qu’ils ont de le dire mais pour ce qu’ils sont à une époque bien précise, dans un certain contexte.

Je les aime pour le chemin qu’ils ont tracé et qu’il faut suivre un temps pour se trouver.

Ils ne te demandent rien, eux, surtout pas que tu les imites.

Surprend-les !

Dans l’art plus peut-être que dans la vie il est infiniment difficile d’être soi-même.

Combien ont vécu comme de pâles copies, combien ont fait leur beurre sur la caricature d’un Dostoïevski, d’un Renoir ou d’un Elvis ?

Et puis il y a l’image que l’on veut donner aux autres.

Tu as peur de montrer celui que tu es réellement.

Tu te caches.

Derrière un idéal poétique.

Tu voudrais que l’on t’aime pour ce que tu écris, tu voudrais leur montrer que celui qu’ils voient tous les jours n’est que la pâle marionnette de celui qui peuple tes feuillets et qui par pudeur ne se dévoile jamais.

Te revoilà. Brossant au pinceau du mensonge le faux réquisitoire d’un amour de comptoir… puisant, ça et là, sur ta palette, quelques couleurs café au lait.

Tu mens encore car les outils dont tu te sers sont surannés et ce n’est pas le sens qui guide tes pas mais les sonorités !

D’un coup te voilà malheureux…

Après avoir employé le mot « fleur », tu n’as en tête parce que c’est joli, parce que c’est de rigueur… que le mot « pleurs »… C’est un leurre…

Tu écris pour que ce soit beau ! Que les phrases s’échouent, comme des vagues au rocher de la rime, tu écris pour séduire une étudiante… Tu refuses de te servir de mots modernes, Web Cam, P.C, relou, tous ces matériaux nouveaux, chargés de sens, d’idées, riches en sonorités, qu’y font ton époque et celui que tu es, et que tu snobes.

Alors peu à peu tu vires de bord, radicalement !

Tu veux surprendre !

Tu embrasses l’écriture automatique, le règne du signifié sur le signifiant.

Tu explores de nouvelles formes, tu coupes, cisèles, fractionnes les mots, avec plus ou moins de réussite : « l’innocence, lie nos sens ».

Tu te mets à mépriser les poèmes classiques ! Tout ce que tu as écrit jusqu’alors, comme tu le fais avec ta vie ! Tu chéris la « Lettre du voyant », t’aventures, fiévreux, sur les sentiers saillants de l’inconnu.

Pourtant…

Dans cette nouveauté, tu te perds… Ne te retrouve pas !

Mais tu avances !

Tu crois comprendre des choses…

Par exemple que l’art pour l’art est dégueulasse au cœur s’il ne raisonne pas dans l’être qui le crée.

Tu te mets à penser que rien ne sert d’écrire ce qu’aucun autre que toi n’a encore dis, mais peut-être qu’il faut poser sur le papier, ce qu’aucun être à part nous-mêmes n’aurait pu dire.

Ne pense plus à ça… pour l’instant !

C’est difficile.

Faut-il encore pour tout cela mettre du cœur à l’ouvrage, avoir le temps, l’esprit disponible, la force de descendre en nous, le courage, aussi, de ranimer ce qui est enterré, accepter les risques, savoir écrire de l’inutile.

Mais tout devient plus simple un jour, comme dit Rilke, il faut sentir que si on nous enlève ça on ne pourrait plus vivre.

Ce que j’en dis, moi ! Et bien…

Tu es moins sûr de toi dans le bon sens.

Moins vindicatif !

Moins arrogant !

Moins orgueilleux aussi...

Je te sens aussi moins timide, tu hausses les épaules quand Milena lit un de tes poèmes…

Pour la suite…

Regarde, autour de toi ce que chaque situation à de poétique.

Ecoute les conseils de tes amis sans te sentir blessé, un œil nouveau est toujours appréciable et combien de fois un de tes potes t’as aidé à améliorer un texte.

Prends le risque d’être mauvais, de construire des bâtiments qu’il faudra par la suite déglinguer ou réaménager… qui prendront un sens différent, plus tard.

Aie confiance !

Prends le risque de laisser dormir, tout ça, quelques temps, peut-être même des années pour que chaque chose que tu as écrite trouve la place qui lui convient.

Ton avenir est là.

A force de travail, les nouveaux bâtiments seront bien plus solides… Plus personnels, plus rapides à mettre en chantier et plus robustes, car édifiés  sur des fondations ancrées en toi de manière profonde.

Mais je m’emporte dans des métaphores filées, la vie revient et te ramène quant à toi vers d’autres préoccupations…

La vie…

Milena, te fais signe, là bas, de son ailleurs imaginaire, comme une enfant qui à tout prix veut attirer notre attention.

Elle est déçue.

Il lui semble déjà, qu’embarquée dans des considérations littéraires, nous ne faisons plus attention à elle.

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Published by Arthur Vertrou - dans Projections (roman)
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commentaires

estel siliab 20/08/2009 08:06

salut,
Belle écriture, belles écritures, on y sent un tempo marqué, une musique, j'adhère.
Je me permet de te mètre en lien, pour les autres et pour moi, pour visiter, pour la balade.

Yiannis Lhermet 21/08/2009 10:28


Salut,

Ok, c'est sympa pour lien.
Merci.
A bientôt.
Y.L


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