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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 10:11

 

 

Là, sur ce banc, surpris par le froid.

Que je crève !

 

D’un penchant platonique, pour une plate femme.

Que je crève.

 

Dans le silence lancinant d’une salle de cinéma, sans louanges.

Que je crève.

 

Cracheur de faux, voleur de vœux, frôleur de feu, sans rêves… sans trêve.

Que je crève !

 

Dans une vaine et folle atonie, les veines vagissantes, la peau crasseuse, le crâne faisandé,

dans un cul de basse fosse ou dans mon lit d’une vulgaire pneumonie.

Que je crève.

 

Laissant ailleurs ces souvenirs de cendre et cette poudre aux yeux livide, ces tessons de tendresse, ces vins désirs de chair, ces morceaux de caresses qu’on m’a promis souvent.

Que je crève !

 

Les tempes rouges de colère, l’œil noir de cambouis, le corps opalin comme un cachet d’aspirine, sous l’oeil médusé des huiles de ce monde, dans une obscène obscurité, ou dans les latrines d’un bar branché.

Que je crève.

 

D’avoir fumé quelques unes de mes folies furieuses et loufoques, d’avoir tremblé comme un trémolo, d’avoir senti dans un seul et même instant tantôt voler, tantôt vomir mon cœur dans un déhanchement de Rock’n’roll, d’avoir monnayé ma confiance à de fameux funambules brûleurs d’esprit et d’avoir marchandé des confidences à des statues glacées de glaise au visage albâtre.

Que je crève !

 

Sous les renoncements, sous les pustules de lointaines étoiles, sous le crachin nacré des bruines démentielles, sous un ciel de braise ou de satin, au bord des gouffres d’un bordel, entouré de reliques rutilantes et tonitruantes, cerclé de bocks de bières larmoyantes et de plaisirs que l’on reluque : immondes femelles blondes platines, aguicheuses, vicieuses, ensorceleuses, la poitrine béante, la figure blafarde, bouffie par la débauche, les nichons déchirés par les canines affûtées des ivrognes sans trogne, sous les lustres ambrés d’un pusillanime poison, dans ce trou de mort à rat où le luxe prolixe des salons se mêle à la sulfureuse volupté des déchets de ce monde.
Que je crève.

 

Savant illustre et adulé, tisseur de rêves riverains, aventurier mondain, grand écrivain ;

que je crève d’avoir écrit tant de romans que je ne serai plus capable de palper une réalité quelconque ; que mes héroïnes vampires, diablesses auréolées de mes inanités amoureuses, me sucent l’encre jusqu’aux os à petits feux diffus.

J’aurais parlé avec engagement, vérité, dégagement, sévérité des grandes questions qui touchent de près l’humanité, sans avoir vécu ailleurs que dans mes lignes. Que les possibilités de « moi-même», jeunes merdaillons, beaux comme des apollons, forts comme des taureaux, férus de batailles, d’exploits et d’amours splendides, m’ouvrent des mondes improbables, qu’avec eux je monte toujours plus haut, préoccupé de leur seule gloire, signe avant-coureur de ma postérité, portant au front l’orgueil organique des génies inhumains, que je conduise leurs flammes indicibles et incandescentes vers une trop fragile et respectable éternité ; à cet instant, que je retombe brûlé à vif, foudroyé d’un coup sec par mes rythmes grandioses et mes vertiges.

Que je crève ! Que je crève ! Que je crève.

 

Amèrement vainqueur d’avoir maté autant de femmes fières que mes bras ont pu en serrer,

heureux, comblé, d’avoir soumis les hommes autrement que par la force ; arrogant des beaux enfants que j’aurais eu aux quatre coins des continents ; prêchant la morale, et les valeurs patriarcales, adulé comme une idole des troupeaux idiots, étant un modèle d’intégrité pour tous, repus d’idylles et d’intrigues, chef de file des nations philosophes et des escouades scientifiques. Que je crève. Dans un lit parsemé d’édredons de soie blanche, de traversins damassés, entouré de tableaux de maîtres illustres, mes coffres remplis d’or, de grenat, de saphirs, d’escarboucles, et avec sur le torse des croix de toute les patries.

Que je crève !

 

D’erreurs et de silences comme une fausse note, le dos rompu par les coups de balai d’une mégère volage et acariâtre, que le temps a gâté, mais qui fut, un bref moment, dans ses tendres années celle que j’ai aimée.

Que je crève !

 

Sous les coups de trique d’un père méchant et alcoolique,

Etouffé par la tendresse maladive d’une mère poule.

Pour une histoire louche, sous les coups de feu d’un flic corrompu,

Pour le parfum d’une passante éphémère,

Pour une fleur de peau de chagrin,

Pour une affaire de fric, de troc, de crack, de shit,

Pour un coup de cric sur le crâne.

Que je crève !

 

Héros d’un drame antique tel un César, un Hippolyte, héros d’un drame romantique, guillotiné par peur du ridicule, ou bouffon d’une comédie humaine.

Que je crève.

 

Que je me noie dans les chutes du Niagara, dans un simple verre d’eau, dans un proverbe en prose, dans un roman en vers, dans un rêve à l’eau de rose, la pine coincée dans un massif d’épines, la gueule ensanglantée, planté par un zonard, planté sur un lit d’hôpital, mourant d’une cirrhose, bourré d’emphètes, voyant la vie en rose.

Que je crève.

 

Voleur, vaux rien, vautour, râleur, glamour, sans queue… ni tête, désossé, prenant mes jambes à mon cou. Dans un sursaut de politesse, dans un sursaut d’éternuement, dans un concert de bastonnade, dans un boui-boui, à l’opéra, dans un champ de blé, sur le champ de Mars, d’une crise cardiaque, d’une crise de rêves, d’une crise de rire, d’une clope de trop, d’une femme de trop, d’un verre de trop, d’une folie de trop, au galop ou bien au trot.

Que je crève…Enfin.

 

De faim, de vin, demain.

Que je crève.

 

Elle n’en saurait rien.


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Published by Yiannis Lhermet - dans Autodafé
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commentaires

virginie+Edensland 28/04/2009 11:04

BIENVENUE DANS MA COMMUNAUTE "trop dure la vie", bonne journée, et au plaisir de vous lire!

F. 23/04/2009 20:11

riEn d'tel qu'un bon p'tit Klassique pour bien entamer la journée!

Yiannis Lhermet 23/04/2009 22:23


Yeh Mec, ça fait plaise, mon blog Carbure du tonerre, en atteignant pas moins de 5 connexions par jour ! A plus ! Man. Peut-être sur Skype ! Je t'ai envoyé le recueil finit ?


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