Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /Avr /2009 14:10

D’après le livre Putain d’usine de Jean-Pierre Levaray

 

 

 

 

D’où vient ce mot ? Il n’en saura jamais rien.

Mais ce qu’il sait, c’est qu’il y a le mot « usure » dedans.

 « Le pouvoir aux ouvriers…».

C’est une belle utopie qui fait trembler les patrons… S’ils savaient !

Au fond, ce qu’ils veulent, les ouvriers, c’est simplement ne plus travailler.

   L’aube... le brouillard épais... de loin on entend déjà le bruit des machines, régulier, abrutissant, qui s’égrène comme une musique infatigable.  Les hommes sont là, fidèles au poste, en bleu. Chacun connaît sa tâche : comment pourraient-ils ne pas la connaître ? Elle est la même depuis vingt ans !

   La chaîne avance, elle ne s’arrêtera jamais. A part, bien sûr, si quelqu’un se prend le doigt dans un des rails. Depuis vingt ans, ils sont nombreux à s’être estropiés. Un accident, enfin, pas toujours…

   La chaîne avance…Le contrôle... la soude du circuit électronique, le contrôle encore... l’ajustage du joint, c’est con, il n’y a pas à réfléchir.

   Alors, debout, lui et les autres pensent à leur vie qu’ils perdent, qu’ils gaspillent pour gagner leur croûte.

   L’usine c’est un lieu cruellement masculin.

Ici, même les femmes ressemblent aux hommes, elles parlent comme eux.

Un lieu asexué, les ouvriers en bleu, les contrôleurs en jaune.

   A midi, tout est bon pour boire un coup : un anniversaire, un départ à la retraite... et puis il n’y a pas besoin de raison, l’usine suffit.

 L’évasion…

Les premières gorgées d’alcool…la vie reprend le dessus, les rêves, les illusions.

Les machines se taisent, la parole est aux hommes.

   Ils parlent fort avec des gestes. Parfois on en vient aux mains. L’alcool…

   Et puis il y a la lutte qui résonne comme un cri dans la nuit.

La manifestation, l’impression de force, de tous ces corps serrés les uns contre les autres et qui entonnent d’une même voix des chants auxquels ils croient encore, mais plus vraiment… La lutte, histoire de prendre du bon temps, de s’accorder quelques jours de congé à l’usine.

   Ils installent des tables.

La télé a depuis longtemps remplacé les jeux de cartes, plus conviviaux…

Les hommes se remplissent la panse pour vider leur esprit.

   La lutte...

La chaîne avance,

La lutte…

Une éclipse dans une vie de travail qui toujours reprend le dessus.

   « L’usine »d’où vient ce mot ? il n’en sait rien.

   Dans un tiroir de son bureau, il regarde souvent ce petit bout de papier où il a écrit sa démission.

 

Un jour il s’en ira, ou peut-être que l’usine fermera ses portes avant ?

Par Yiannis Lhermet et photo d'Hélène Katz - Publié dans : Silhouettes
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Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 17:23



  

   La petite fille fluette poursuit dans la cour de l’école un garçon blond qui, dès qu’il l’aperçoit, prend la poudre d’escampette pour rejoindre ses copains qui jouent au ballon.

   La fillette s’assoit et avec ses copines regarde la partie. Elles sourient, se chuchotent des choses à l’oreille. De temps en temps, l’une d’entre elles appelle le garçon qui se garde bien de venir entendre ces secrets de Polichinelle. Alors, un de ses camarades s’y colle : il arrive nonchalamment, et entouré par les fillettes, après mille et une messes basses, il s’écrie :

   - Julie est amoureuse de Mathieu ! Julie est amoureuse de Mathieu !

   Le blondinet devient tout rouge, il fait comme si de rien n’était, tandis que ses copains reprennent en cœur :

   - Ils vont faire l’amour, ils vont faire l’amour !

   Une fillette haute comme trois pommes avec de petites nattes blondes, se faisant l’émissaire de l’Amour décide d’aller voir Mathieu. Elle ne le regarde pas dans les yeux, ses pieds esquissent sur le sol des ronds minuscules, et ses lèvres murmurent :

   - Et toi t’es amoureux de qui ?

   Le gaillard se détourne et va se perdre dans la cohue de la cour. 

   Plus loin, assise sur une balançoire, une petite fille aux cheveux courts se laisse pousser par un plus grand à la peau d’ébène, qui, parfois, lui enserre la taille et pose sa tête contre son cou. Puis, à son tour, il s’assoit sur une autre balançoire, ils se prennent la main et leurs mains réunies se mélangent à l’image du  jour et de la nuit. Tous deux se laissent bercer, rêveurs, par la caresse des alizés.

   Ils regardent un petit brun qui poursuit une grande rousse et qui, quand il l’atteint, l’énerve, la chamaille, la pousse… La fillette se débat, lui mord le bras : le garçon se met à pleurer, il va se plaindre au surveillant, l’instant d’après ils recommencent la bagarre.

   Le surveillant est entouré d’un essaim de petites abeilles, qui zézayent autour de lui :

   - Est-ce que t’as une fiancée toi ?

   -Tu sais, j’ai vu que tu rougis à chaque fois que tu fais l’appel avec Andréa.

   -Ben moi d’abord mon amoureux eh bien, il a treize ans !

  

   Le surveillant répond complaisamment, en souriant, et il contemple de loin ce tableau étrange, cette nuée de petits êtres, qui dans la cour tissent chacun à sa manière les prémices de leurs amours.

Par Yiannis Lhermet et photo d'Hélène Katz - Publié dans : Silhouettes
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 10:11

 

 

Là, sur ce banc, surpris par le froid.

Que je crève !

 

D’un penchant platonique, pour une plate femme.

Que je crève.

 

Dans le silence lancinant d’une salle de cinéma, sans louanges.

Que je crève.

 

Cracheur de faux, voleur de vœux, frôleur de feu, sans rêves… sans trêve.

Que je crève !

 

Dans une vaine et folle atonie, les veines vagissantes, la peau crasseuse, le crâne faisandé,

dans un cul de basse fosse ou dans mon lit d’une vulgaire pneumonie.

Que je crève.

 

Laissant ailleurs ces souvenirs de cendre et cette poudre aux yeux livide, ces tessons de tendresse, ces vins désirs de chair, ces morceaux de caresses qu’on m’a promis souvent.

Que je crève !

 

Les tempes rouges de colère, l’œil noir de cambouis, le corps opalin comme un cachet d’aspirine, sous l’oeil médusé des huiles de ce monde, dans une obscène obscurité, ou dans les latrines d’un bar branché.

Que je crève.

 

D’avoir fumé quelques unes de mes folies furieuses et loufoques, d’avoir tremblé comme un trémolo, d’avoir senti dans un seul et même instant tantôt voler, tantôt vomir mon cœur dans un déhanchement de Rock’n’roll, d’avoir monnayé ma confiance à de fameux funambules brûleurs d’esprit et d’avoir marchandé des confidences à des statues glacées de glaise au visage albâtre.

Que je crève !

 

Sous les renoncements, sous les pustules de lointaines étoiles, sous le crachin nacré des bruines démentielles, sous un ciel de braise ou de satin, au bord des gouffres d’un bordel, entouré de reliques rutilantes et tonitruantes, cerclé de bocks de bières larmoyantes et de plaisirs que l’on reluque : immondes femelles blondes platines, aguicheuses, vicieuses, ensorceleuses, la poitrine béante, la figure blafarde, bouffie par la débauche, les nichons déchirés par les canines affûtées des ivrognes sans trogne, sous les lustres ambrés d’un pusillanime poison, dans ce trou de mort à rat où le luxe prolixe des salons se mêle à la sulfureuse volupté des déchets de ce monde.
Que je crève.

 

Savant illustre et adulé, tisseur de rêves riverains, aventurier mondain, grand écrivain ;

que je crève d’avoir écrit tant de romans que je ne serai plus capable de palper une réalité quelconque ; que mes héroïnes vampires, diablesses auréolées de mes inanités amoureuses, me sucent l’encre jusqu’aux os à petits feux diffus.

J’aurais parlé avec engagement, vérité, dégagement, sévérité des grandes questions qui touchent de près l’humanité, sans avoir vécu ailleurs que dans mes lignes. Que les possibilités de « moi-même», jeunes merdaillons, beaux comme des apollons, forts comme des taureaux, férus de batailles, d’exploits et d’amours splendides, m’ouvrent des mondes improbables, qu’avec eux je monte toujours plus haut, préoccupé de leur seule gloire, signe avant-coureur de ma postérité, portant au front l’orgueil organique des génies inhumains, que je conduise leurs flammes indicibles et incandescentes vers une trop fragile et respectable éternité ; à cet instant, que je retombe brûlé à vif, foudroyé d’un coup sec par mes rythmes grandioses et mes vertiges.

Que je crève ! Que je crève ! Que je crève.

 

Amèrement vainqueur d’avoir maté autant de femmes fières que mes bras ont pu en serrer,

heureux, comblé, d’avoir soumis les hommes autrement que par la force ; arrogant des beaux enfants que j’aurais eu aux quatre coins des continents ; prêchant la morale, et les valeurs patriarcales, adulé comme une idole des troupeaux idiots, étant un modèle d’intégrité pour tous, repus d’idylles et d’intrigues, chef de file des nations philosophes et des escouades scientifiques. Que je crève. Dans un lit parsemé d’édredons de soie blanche, de traversins damassés, entouré de tableaux de maîtres illustres, mes coffres remplis d’or, de grenat, de saphirs, d’escarboucles, et avec sur le torse des croix de toute les patries.

Que je crève !

 

D’erreurs et de silences comme une fausse note, le dos rompu par les coups de balai d’une mégère volage et acariâtre, que le temps a gâté, mais qui fut, un bref moment, dans ses tendres années celle que j’ai aimée.

Que je crève !

 

Sous les coups de trique d’un père méchant et alcoolique,

Etouffé par la tendresse maladive d’une mère poule.

Pour une histoire louche, sous les coups de feu d’un flic corrompu,

Pour le parfum d’une passante éphémère,

Pour une fleur de peau de chagrin,

Pour une affaire de fric, de troc, de crack, de shit,

Pour un coup de cric sur le crâne.

Que je crève !

 

Héros d’un drame antique tel un César, un Hippolyte, héros d’un drame romantique, guillotiné par peur du ridicule, ou bouffon d’une comédie humaine.

Que je crève.

 

Que je me noie dans les chutes du Niagara, dans un simple verre d’eau, dans un proverbe en prose, dans un roman en vers, dans un rêve à l’eau de rose, la pine coincée dans un massif d’épines, la gueule ensanglantée, planté par un zonard, planté sur un lit d’hôpital, mourant d’une cirrhose, bourré d’emphètes, voyant la vie en rose.

Que je crève.

 

Voleur, vaux rien, vautour, râleur, glamour, sans queue… ni tête, désossé, prenant mes jambes à mon cou. Dans un sursaut de politesse, dans un sursaut d’éternuement, dans un concert de bastonnade, dans un boui-boui, à l’opéra, dans un champ de blé, sur le champ de Mars, d’une crise cardiaque, d’une crise de rêves, d’une crise de rire, d’une clope de trop, d’une femme de trop, d’un verre de trop, d’une folie de trop, au galop ou bien au trot.

Que je crève…Enfin.

 

De faim, de vin, demain.

Que je crève.

 

Elle n’en saurait rien.


Par Yiannis Lhermet - Publié dans : Autodafé - Communauté : vos poèmes
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 09:06
Par Yiannis Lhermet - Publié dans : Musiques
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 08:46

Par Yiannis Lhermet et cougg - Publié dans : Ratures - Communauté : vos poèmes
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